Pendant qu’au Québec les nationalistes revanchards écrasent les minorités avec des lois liberticides et xénophobes au nom d’une soi-disant majorité nationale, que les nationalistes canadiens et québécois fêtent plus de 400 ans de colonialisme en « Amérique du nord », que certain.e.s s’offusquent qu’un quartier de Montréal n’ait pas suffisamment fait mention de la Fête nationale dans son festival du solstice d’été, que les politicien.ne.s, commentateurs et commentatrices politiques débattent ou s’offusquent de l’emploi du terme génocide dans le rapport de  la Commission d’enquête sur les femmes autochtones assassinées et disparues, les polémistes au Journal de Montréal baignent  dans la fiction historique.  
« L’expansion européenne en Amérique », cette belle formule employée par Bock-Côté pour nier le colonialisme, ne s’est pas fait sur un continent vierge, mais bien au détriment des peuples autochtones. Les puissances coloniales (dont la France, l’Angleterre, l’Espagne et le Portugal) ont justifié leur domination avec des motifs religieux [1] et par  le fait que les peuples en présence n’étaient pas constitués en état. Bref, parce qu’ils et elles étaient « des sauvages ». Comme nous le rappel Francis Dupuis-Déri et Benjamin Pillet dans L’anarcho-indigénisme : « … l’état, la bourgeoisie et même la classe ouvrière se sont constitués en partie grâce à la destruction des Premières Nations, à la dépossession de leurs territoires, l’extorsion de leurs ressources et au colonialisme de peuplement. » (p.35)
Le colonialisme de peuplement
Roxanne Dubar-Ortiz, professeure émérite à l’Université d’État de Californie, souligne dans un entretien paru dans le livre L’anarcho-indigénisme que : « le colonialisme est un système particulier tributaire du capitalisme. Dans le colonialisme de peuplement, les puissances européennes exportent des personnes en promettant des terres et de la propriété privée, de sorte que la terre elle-même devient la principale marchandise dans le processus d’accumulation primitive… ». Dans sa défense de la civilisation occidentale, Bock-Côté oublie de mentionner que cette dernière a érigé sa puissance et sa domination actuelle en spoliant les ressources et les terres des Premières Nations tout en exploitant les corps africains. « Cette forme de colonialisme a bien sûr permis aux monarchies européennes, puis aux États qui leur ont succédé, d’amasser d’immenses richesses, en plus de jeter les fondements des structures d’un commerce mondial inéquitable qui sont encore en place aujourd’hui. »  (p.76)
Qu’est-ce que l’anarcho-indigénisme ?
Il ne suffit pas d’admettre la violence du colonialisme et de reconnaître son actualité. Nous devons aussi prendre en compte nos privilèges en tant qu’allochtone et être solidaire, voire complice des luttes anticoloniales. Selon Dupuis-Déri et Pillet : « L’anarcho-indigénisme n’est pas tant un mouvement ou un courant politique qu’un projet de rencontre, voire de solidarité et de complicité, entre les anarchistes et les communautés autochtones en lutte décoloniale » (p.7) Cette démarche fait en quelque sorte écho à la récupération un peu superficielle de symboles associés aux peuples autochtones par les autonomes et les anarchistes (mohawks, pseudonymes, nom de groupe, etc.) depuis les années 1970 (p.8). C’est une invitation à dépasser « les  déclarations gratuites de solidarité sans prise de risque » (p.10) et à éviter dans nos rapports entre allochtone et autochtone au sein des mouvements de décolonisation : « l’invisibilisation des personnes autochtones ou la récupération de leur voix, le recours à des Autochtones de service, l’imposition de choix tactiques et stratégiques ou encore une attitude générale de déculpabilisation pour se donner bonne conscience » (p.10)
[1] « Les lois fédérales actuelles qui encadrent la vie des peuples autochtones au Canada et aux États-Unis se fondent encore sur la doctrine de la découverte qui tire ses origines de bulles papales du XVème siècle . [L’édit de 1494] Ces déclarations papales ont justifié la domination chrétienne et la soumission des peuples non chrétiens  en invalidant ou en ignorant la possession du territoire par les autochtones… » (p.198 )

Article publié le 29 Juin 2019 sur Ucl-saguenay.blogspot.com