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Le 1er mai, Aix-en-Provence recevait la visite d’Eric Zemmour, aux frais de la mairie, c’est-à-dire des habitantes et habitants, et avec sa bénédiction tacite. Terre d’extrême droite, le pays aixois accueille tout ce que la fachosphère fabrique de groupuscules identitaires, violents et xénophobes. Mais c’est sans compter sur la mobilisation de l’UCL et des collectifs locaux.

Entre la ville d’eau et le protégé de Bolloré, c’est une histoire d’amour qui se confirme. C’est d’abord sur le cours Mirabeau, l’artère emblématique de la ville, que les Chemises blanches accrochent son portrait en 4 × 3 mètres, dominateur, légèrement menaçant. La banderole pend, sans un mot d’explication, deux semaines avant le début de la campagne présidentielle.

Ce groupe, mené par un certain Morgan Trintignant (petit neveu de l’acteur pourtant sympathisant libertaire), et formé de petits commerçants et autres «  apartisans  », «  plus d’Artagnan que Léonidas  » s’était déjà fait remarquer en peignant une ligne rouge de 800 mètres en référence à Axelle Dorier traînée sur cette distance par des chauffards en juillet 2020, et dont le groupuscule met en avant les origines maghrébines…

Galaxie fasciste aixoise

Le Prytanée militaire local, prépa aux écoles d’officiers de l’armée française, alimente également le terreau de tout ce que la ville compte de formations fascisantes : Action française, Tenesoun (ex-Bastion social), Génération identitaire, Uni, la Cocarde… Toutes se sont plusieurs fois distinguées pour voies de fait, dans la rue, jusque dans les amphis de l’université. Avant d’être dissoute, Génération identitaire par exemple, a fait l’objet de plusieurs condamnations. La plus récente concerne Jérôme Piano, l’une de ses figures locales, pour incitation à la haine et à la discrimination, dans le cadre d’une campagne d’affichage en 2020.

Ce même Jérôme Piano qui affectionne décidément les collages, a tabassé le 10 avril deux jeunes étudiants «  gauchistes  » après les avoir poursuivis en voiture. Ils étaient deux, les fachos… vingt  ! Et le collage était pour … Zemmour. Le personnage plastronne sur Instagram quelques instants avant les faits avec sa fine équipe. Pendant toute la campagne présidentielle dont la barre est à l’extrême droite toute, des jeunes militant-es de Solidaires, des JC, du Comité de Lutte étudiant, du collectif antifa inter-orga sont victimes de tabassages, poursuites dans les rues, agressions physiques multiples.

Déjà inquiété à la fac et à diverses occasions (manifs, prise de parole) depuis maintenant deux ans, le militantisme local voit les fachos sévir en toute impunité à Aix-en-Provence, qu’ils et elles[Némésis est un groupe soi-disant féministe lié à Génération identitaire.]] considèrent comme leur fief, et contre lesquels la mairie et les flics ne font et ne disent rien, pas plus que les partis classiques, notamment «  de gauche  » tels le PCF et autres groupuscules «  socialistes  » qui s’indignent un peu, par tract interposé, sans jamais remettre en cause les équilibres électoraux, ou les prébendes.

Zemmouriens ratonneurs …

Aux manettes de la Mairie d’Aix  : la dynastie Joissains. Trois générations, avec assez de casseroles pour monter une droguerie, et la maire sortante frappée d’inéligibilité à plus de 80 ans, cédant le fauteuil à sa fille, qui trouve tout de même que Mélenchon, c’est l’extrême gauche, mais que les violences d’extrême droite n’émeuvent pas assez pour qu’elle ne s’exprime jamais sur ces questions. Elle donne alors son accord pour que le parti de Zemmour organise, dans l’espace public d’un parc municipal, un pique-nique privatisé. La date prévue est donc le premier mai.

Le groupe local UCL, le Colle-C3, et des camarades de la Zap [1] toute proche [2], décident de ne pas laisser passer le camouflet. On s’organise, et on rend visite aux Zemmouriens. Le hasard fait que leur chef ait choisi de leur faire l’honneur de sa présence. Empêché·es évidemment d’aller jusqu’au pique-nique par la Bac et la municipale, les protestataires sont suffisamment près néanmoins pour entendre le discours de Zemmour qui remercie la Mairie d’avoir permis, «  pour une somme dérisoire  » (ce sont ses mots) la privatisation de l’espace… public. Les «  gauchistes, crasseux, débraillé·es  » feront les honneurs des colonnes de Valeurs actuelles et du Figaro, notre organisation étant nommément citée. La presse quotidienne régionale – La Provence et La Marseillaise – avait été dûment alertée du rassemblement, et informée également de notre exigence de justice vis-à-vis des violences d’extrême droite.

La violence, la menace et l’impunité

Zemmour, repoussé de Marseille, chahuté à Aix, ira finalement planter ses gaules à Saint Tropez… Pour l’heure, cette mairie favorable à la pluralité des expressions lorsqu’il s’agit d’un candidat d’extrême droite plusieurs fois condamné par la justice, montre moins d’empressement à protéger ses étudiants, ses lieux de culte musulmans (tags racistes), ou ses manifestations contre les violences d’extrême-droite attaquées par les «  natios  ».

La violence, la menace et l’impunité sont de plus en plus tangibles. Indifférence de la population bourgeoise, pouvoirs publics clairement sympathiques envers la droite dure et extrême, confusion, paresse ou lâcheté des PS et PCF, les collectifs de lutte locaux trouvent néanmoins un écho favorable lors d’actions dans les quartiers populaires, réunions publiques, initiatives d’éducation populaire.

Cet accueil nous encourage à persévérer dans cette voie, mais aussi, «  à m’ment donné  » comme on dit ici, à envisager de manière sérieuse et froide le recours à l’autodéfense populaire. Car dans un pays qui n’a plus besoin de faire la preuve de son recours exclusif à la violence d’État pour régler tous les problèmes qu’il a provoqué en détruisant tout le système social français, il va de soi que la possibilité de résoudre les problèmes n’existe qu’à l’intérieur du mouvement social lui-même et par lui-même.

UCL Aix-en-Provence




Source: Unioncommunistelibertaire.org