Toutes les discriminations ont un point commun : le rejet collectif de la différence et la construction sociale du stigmate. En bref, construire les inégalités à partir des différences. Ici, avec l’aide de Naruto-kun, on aborde le concept de retournement du stigmate d’Ervin Goffman. Construction d’une identité marginale, lutte sociale, culturelle et politique, et affirmation de soi !

A qui profite les stigmatisations ? Diviser pour mieux régner, lutte des classes et défense des intérêts bourgeois !

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Ici, nous présentons le concept de stigmate d’Erving Goffmann en prenant soin de comprendre l’ensemble des discriminations à travers ce processus d’exclusion. Qu’elle soit corporelle, morale ou tribale, la mise à l’écart d’un individu ou d’un groupe d’individus se construit toujours par un rapport hostile à la différence, à l’altérité et un positionnement par rapport à la norme admise socialement.

Ainsi, par ce que le sociologue appelle l’interactionnisme symbolique (c’est-à-dire que le monde social est un théâtre et nos interactions sont régies par des réflexes, des automatismes de comportement et de pensée), on comprend comment nous renforçons collectivement toutes les discriminations et la force des stigmates déployés.

Mais attention, ne tombons pas dans une responsabilisation simpliste de l’individu : si les humains relaient les marques d’infamie prononcées à l’égard des individus, il n’en reste pas moins qu’ils sont largement subordonnés, déterminés, influencés par des structures de pouvoir d’où partent les assignations dépréciatives. Pour le dire plus simplement, les individus stigmatiseraient-ils autant les chômeurs si les gouvernements successifs n’étaient pas autant enclins à criminaliser politiquement la précarité et le chômage, si la presse locale et nationale n’entreprenaient pas des campagnes de stigmatisation des « assistés » en tout genre. Les gens auraient-ils autant d’hostilité à l’égard des musulmans si Manuel Valls n’avait pas fait croisade contre eux, si les plateaux de télévision ne participaient pas quotidiennement à mettre la question de l’islamisme politique au centre des préoccupations ?

Vous l’avez compris ! Les structures sociales créent du rejet et ces postures sont intériorisées par les agents du social. Alors difficile de séparer le rôle des individus de celui des structures qui les entourent qu’elles soient médiatiques, culturelles, politiques ou scientifiques (tout ça est imbriqué).

Mais sur le temps long, le stigmate peut être retourné et le rapport de force inversé : Black Panthers et mouvement pour les droits civiques des Noirs, communauté queer et revendication assumée de leur différence, réappropriation du stigmate du banlieusard et de la « racaille »…

Après un mouvement de contre-attaque, les différences pointées du doigt peuvent se muer en fierté et force identitaire d’un groupe ou d’une personne.

Enfin, nous posons la question : à qui profite le crime de la stigmatisation ? Quels intérêts peuvent être servi par la division et la fragmentation du corps social, finalement des classes populaire ? Aussi bien pour des raisons économiques qu’idéologiques, le plateau de CNews préférera statistiquement traiter du burkini et du port du voile plutôt que des dividendes astronomiques reversés aux actionnaires du CAC40… Idem pour les gouvernements !

Coïncidence ? Mmh sûrement !


Article publié le 05 Juin 2020 sur Dijoncter.info