La semaine dernière, Serge Quadrupanni publiait dans nos colonnes un article polémique et à charge contre les opérations menées sur le plateau des Millevaches par le « lobby citoyen » La Bascule. Pour être plus précis, contre un projet de méga-festival pseudo-écologique baptisé « l’an 0 », que l’auteur n’hésite pas à comparer aux grands raouts de SOS racisme dans les années 80 (qui visaient alors à pacifier les luttes de quartiers). Aux dernières nouvelles, ce projet de faire converger les nouvelles passions écologiques dans une grand foire ouvertes aux entreprises, aux stars comme aux perspectives électoralistes, n’a pas encore été annulé… En tout cas les ambitions et le vocabulaire de la French Social Tech auxquels Quadrupanni associe la Bascule et son leader Maxime de Rostolan, ont inspiré l’un de nos lecteurs, qui nous a fait parvenir ce dialogue fictif.

— Bonjour Monsieur, je vous laisse prendre le soin de vous asseoir… Je suis à votre écoute.

— Voilà, je suis con et je voudrais gagner beaucoup d’argent, très vite.

— Je vois. Avez-vous une idée ? Est-ce qu’elle est conne ?

— Absolument. Elle est vraiment conne.

— Bien. Cette idée, il va falloir la transformer en concept. Ensuite, vous pourrez la commercialiser et gagner beaucoup d’argent grâce à votre connerie. Vous allez donc créer une start-up.

— Est-ce que ça va me permettre de déjeuner avec le président Macron et Xavier Niel ?

— Bien sûr. Dès que vous avez créé votre start-up, et à condition que cette start-up développe un concept qui soit vraiment con, vous êtes assuré de pouvoir rencontrer le président et Xavier Niel. En tout cas, les bases de votre projet sont solides, vous avez l’air vraiment très con.

— Merci. Bon, je vous parle de mon idée ?

— Je suis à votre écoute.

— Voilà, je me suis rendu compte, en discutant avec des collègues et des amis, que les gens n’ont pas d’idée quand on leur demande s’ils veulent créer une start-up pour gagner beaucoup d’argent.

— Ce que vous me dîtes-là est très alléchant. Je sens que vous allez me dire quelque chose de sacrément con.

— Ah, vous aussi, vous trouvez que c’est vraiment con, comme idée. Vous me faites plaisir.

— Effectivement, j’ai rarement entendu quelque chose d’aussi crétin. Bon, allez-y, développez.

— En fait, mon idée consiste à créer un booster d’idée en ligne. Les utilisateurs renseignent des cases et, grâce à mon site, ils mettent au point un concept vraiment débile pour créer leur start-up.

— Très bien ! Très franchement, vous me surprenez, c’est encore plus con que ce que je pensais. Question essentielle : avez-vous un algorithme ?

— …

— Vous n’en avez pas ?

— Non. C’est absolument nécessaire ?

— C’est indispensable. Pas d’algorithme, pas de start-up. Mais à ce stade de développement de votre projet, je peux vous venir en aide. Regardez ; j’ai ici toute une gamme d’algorithmes, tous plus inutiles les uns que les autres. Mais ils sont tous en mesure de transformer en cash n’importe quelle idée stupide. Compte tenu des inepties qui sont sorties de votre bouche, je vous conseille celui-ci. Il est un peu cher, mais son rapport qualité/prix, autrement dit son rapport connerie/cash, est parmi les meilleurs.

— Il est à combien ?

— 35.000 euros. Entre nous, je le propose à mes clients les plus cons. Je dois dire que vous faites partie des happy-few.

— C’est quand même une somme…

— Attention, Cher Monsieur, considérez une chose : pour vous, il s’agit d’un investissement. Le retour annuel, au regard de la connerie potentielle de votre projet, devrait être de 25 à 40% ! Vous êtes auto-entrepreneur ?

— Bien sûr.

— Dans ce cas, les portes de la réussite vous sont grandes ouvertes. Vous avez mis toutes les chances de votre côté. Vous avez un plan de financement ou vous réglez comptant ? J’accepte les chèques ou mieux, les espèces car, comme j’ai l’habitude de le dire, la connerie en ligne n’attend pas.

— Très bien, vous m’avez convaincu. A vrai dire, je doutais un peu de moi, je ne pensais pas être aussi con. Comme quoi on a besoin d’un avis d’expert pour pouvoir exprimer toutes ses possibilités… Sinon, vous pensez que je vais pouvoir rencontrer Xavier Niel rapidement ?

— Bon, vous savez que Xavier Niel a beaucoup de mains de cons comme vous à serrer. Son agenda est très rempli. Mais votre projet m’a séduit, il est d’une connerie à couper le souffle. Je vais faire tout mon possible. A moins que vous ne souhaitiez voir le président Macron avant. Ça, c’est beaucoup plus simple à organiser. Il est souvent en déplacement en région en ce moment, il rencontre pas mal d’abrutis comme vous.

— Non, non, ma priorité, c’est Xavier Niel. D’ailleurs j’ai quelques idées à lui soumettre…

— Je suis sûr qu’il vous prêtera une oreille attentive. Il a une sorte de sixième sens pour détecter et faire fructifier les projets les plus cons… Let’s get in touch, cher Monsieur, je vous tiens au courant et vous reverrai avec le plus grand plaisir. Signez-là, s’il vous plaît… A très vite, cher Monsieur.

J.L. Puricelli – Juin 2019


Article publié le 23 Juin 2019 sur Lundi.am