Mai 11, 2022
Par Le Poing
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A l’approche des élections législatives, Le Poing revient sur les programmes proposés par l’extrême-droite française, à travers les interventions en réunion publique du groupe montpelliérain Autodéfense et Révolution.

En cette période préélectorale, il est important de parler de ce que proposent les candidats et d’en faire une analyse critique. Quels que soient les résultats des élections à venir, les difficultés seront là, les luttes seront nécessaires.

Immigration, social et répression

Un certain nombre de propositions du programme de Zemmour et de sa formation, Reconquête, se retrouvent également chez d’autres candidats. C’est qu’une hégémonie idéologique s’est installée sur un certain nombre de sujets économiques, sociaux et sécuritaires. Celui qu’on pense parfois hors-système se révèle en réalité un candidat comme un autre pour le grand capitalisme français.

Zemmour présente une France au bord de l’implosion. On dirait un épisode de Batman où le Joker va tout détruire : explosion des homicides, explosion des vols, chute du PIB… rien ne va, c’est la catastrophe… Chez Zemmour, cette France au bord de l’implosion est toujours liée à deux thématiques qui sont en réalité les deux thèmes principaux de son programme : l’immigration africaine et les charges sociales en général.

Sans surprises, Zemmour suit la ligne de l’extrême droite française : si la France va mal c’est à cause de l’immigration africaine. La thématique du grand remplacement est très présente dans son discours raciste. Son programme vise à montrer (statistiques et schémas tronqués à l’appui) que la France subit une invasion par des gens inemployables aux penchants criminels et qui en plus nous coûteraient cher à travers l’Aide Médicale de l’Etat (AME), destinée aux étrangers, ou l’hébergement dans les centres. Cette vision délirante du monde est pour les zemmouriens ce qui rendrait l’union des droites possible et nécessaire. Le fait est que le concept de grand remplacement a été explicitement repris pendant les présidentielles par la candidate Les Républicains Valérie Pécresse, qui affirme qu’il existe “en France des zones de non-France.” 

En terme de programme économique et social, les propositions de Zemmour représentent une option néo-libérale d’une rare violence. Le candidat présente nos charges comme les plus élevées d’Europe, ce qui ferait décrocher la France. Pourtant les charges sociales sont une partie du salaire versé par les patrons sous forme de cotisations remplissant les caisses de l’assurance chômage, de la sécurité sociale etc… Et elles ont déjà été baissées drastiquement sur les salaires compris entre 1 et 1,6 le SMIC. Sur un SMIC elles n’existent déjà quasiment plus.

Ses solutions sont très similaires à celles de Trump. Pour rendre la France à son lustre d’antan, il faudrait un programme vraiment raciste, ultra sécuritaire et ultra libéral. Et là encore il y a deux thématiques qui reviennent dans les solutions : virer les étrangers et diminuer les charges sociales. Le sécuritaire et le judiciaire sont mis en avant, avec des constats et solutions similaires dans les deux domaines, puisque leur relative séparation serait encore dégradée par Zemmour, qui juge la justice trop laxiste. Un écho aux manifs de flics organisées sous le mot d’ordre “le problème de la police, c’est la justice”… 

Le programme de Zemmour propose aussi l’expulsion des squatteurs en 72 heures.  La mise en avant du concept de “défense excusable” fait froid dans le dos. Il s’agit de permettre aux policiers et citoyens de se défendre sans passer par la case prison. Articulé à ses propos visant les criminels, associés à l’étranger africain, la proposition est redoutable.

La surenchère sécuritaire sert également de prétexte à une diminution des “aides sociales” (la partie de nos salaires qui nous revient en cas de difficultés). Zemmour propose la suppression des “aides sociales” ou l’expulsion des logements sociaux  pour les parents des enfants mineurs délinquants.

Le point “immigration” de son programme est clairement lié au point “justice et criminalité”. On le constate dans la sous-partie du programme de Reconquête intitulée “renvoyer tous les étrangers indésirables” qui regroupe diverses propositions déjà listées dans le point “justice et sécurité”. Il y a quelques autres points qui vont s’ajouter : la fin du regroupement familial, du droit du sol, la fin de l’AME pour les étrangers (une absurdité sanitaire et financière, les maladies transmissibles n’étant pas aussi regardantes que l’équipe Zemmour sur la couleur de peau et/ou la nationalité) ainsi que la suppression d’autres aides sociales. Cette volonté de suppression des différentes aides sociales se greffe à la haine des pauvres et de la redistribution des richesses. L’universalité injuste des allocations familiales quel que soit le revenu, proposée par Reconquête, en est un exemple de plus.

Dans son point ” pouvoir d’achat”, Zemmour présente des solutions d’ordre individuel, du type “travailler plus pour gagner plus” via des primes au mérite ou des heures sup’. Le montant des allocations familiales par enfants serait doublé, pour inciter à en faire et résoudre les problèmes de vieillissement de la population française sans l’apport de l’immigration. Le slogan pétainiste, “Travail Famille Patrie”, construit le programme zemmourien.

Sur les huit mesures qu’il propose dans le point “pouvoir d’achat”, cinq seraient encouragées par la diminution ou la suppression de diverses taxes (diminution des impôts de redistribution des richesses, charges sociales etc…)

On retrouve chez Zemmour, comme dans le programme d’autres candidats comme Pécresse, Macron, Marine Le Pen , la suppression de la taxe TV et la privatisation de la télévision publique. Cette privatisation serait très bénéfique pour certains milliardaires. Zemmour est aussi un candidat du capital.

La carotte de la réindustralisation de la France

Zemmour, en plus d’être une crevure raciste qui ne s’en cache même pas, est avant tout un candidat faisant campagne pour le grand capitalisme français. La suppression des impôts de production sort du lot de toutes ses propositions économiques. Il présente la mesure comme son point phare pour réindustrialiser la France, ce qui caractérise son idéologie de classe, au service des possédants.

Quand on parle des impôts de production, ce n’est pas quelque chose de clair parce que c’est une catégorie des impôts qui n’existe pas officiellement. En réalité, c’est le gouvernement Macron qui en 2021, dans le cadre du plan de relance post-covid, a baissé de dix milliards par an trois impôts. Ces trois impôts groupés sont appelés les impôts de production pour des raisons un peu floues, chacun peut mettre ce qu’il veut là-dedans. Ces trois impôts sont : la CVAE, la CFC et le CET.

Cette baisse d’impôts est un conseil donné par l’institut Montaigne. Qu’est-ce que c’est que cet institut ? C’est un institut qui fait du lobbying libéral. Il est financé par quatre-vingt entreprises parmi les plus grandes de France (Air france, Bouygues, Vinci, Total, Veolia). Son directeur est un bon pote à Macron qui avait fait campagne pour lui notamment pour les premières présidentielles. Zemmour pour sa part annonce une baisse de trente milliards d’euros de ces même impôts.

Cette mesure est une pure complaisance envers certains groupes économiques et également une décision de classe. Très loin du but affiché de réindustrialiser la France, cette mesure servira surtout d’autres secteurs que ceux de l’industrie. Le coût de ces impôts est infime pour la plupart des entreprises : le versement moyen est de 623 euros par an pour les entreprises. Ce ne sont que les très grosses entreprises qui payent cher ces impôts. Les dix plus grosses entreprises françaises, financières essentiellement, mais aussi du luxe et du secteur extractif comme Total, payent 10% de la totalité de cet impôt. En grattant un peu plus, on se rend compte que le secteur qui en profiterait le plus est le secteur financier, suivi par celui de l’industrie extractive. Soit une baisse d’impôts pour les banques et les entreprises les plus polluantes !

Un économiste de Mediapart semble très pertinent à ce sujet : “Derrière ce discours magique de la baisse des impôts de production, il y a d’abord et avant tout une politique de classe car il ne faut pas s’y tromper, ces impôts ne seront pas compensés par d’autres puisqu’ils sont tous aux yeux du capital, injustifiables. Ils seront financés par des réformes et des économies. C’est ici qu’on verra la future austérité prendre pied et finalement ce sont les infrastructures nécessaires pour le bien de la population qui seront les victimes d’une politique qui n’aura de bénéficiaires que les détenteurs du pouvoir financier”

L’union des droites

Dans l’organigramme de Zemmour, la plupart des cadres sont proches de Marion Maréchal Le Pen. Tous ces gens sont pour l’union des droites autour d’un programme nationaliste, libéral et sécuritaire. Le numéro 2 de Zemmour est un très bon ami de  Marion Maréchal Le Pen. En observant l’organigramme (ici et ici) de son école, l’ISSEP, l’école de science Po qu’elle a fondé à Lyon, on se rend compte que tous les postes clés occupés dans la campagne de Zemmour sont des membres de l’ISSEP. Pour une bonne partie de l’extrême droite organisée en dehors du RN, qui redoute d’y perdre son influence et son vernis social, on est dans le moment propice pour la création de ce bloc large regroupant la droite et extrême droite, dont le ciment serait le “grand remplacement”. Pour eux, le grand remplacement est le point de convergence qui va permettre le rassemblement de la droite et de l’extrême droite derrière un programme nationaliste extrêmement virulent.

Thibault Monnier, co-fondateur de l’école de l’ISSEP, cadre dans la campagne de Zemmour, affirme dans un journal de droite : « Je crois que tous les protagonistes de l’union des droites sont tellement fatigués de l’échec de cette possibilité qu’aujourd’hui il y a un effort évident de la part de chacun. Nous partageons tous l’enjeu principal : l’identité française et la sauvegarde de la civilisation. Quand on a compris qu’on est en danger et que le danger devient de plus en plus imminent avec le grand remplacement, le reste s’efface mécaniquement et devient secondaire devant tous les défis qui nous attendent. C’est la raison pour laquelle les forces ont cristallisé derrière lui.  Ce qui est neuf par rapport aux autres tentatives c’est qu’on se rapproche de plus en plus au point de tension qui nous oblige à nous rassembler » Tout ça peut nous sembler un peu chimérique mais il faut garder en tête que pour eux c’est aussi ce qui est en train de se jouer pour l’ensemble de l’extrême droite. Quand on regarde les journaux d’extrême droite qui ont un tirage assez important, on remarque qu’ils ont tous pris fait et cause pour cette union des droites. Si on prend l’exemple de chez nous, les mecs de Jeunesse Saint Roch, ils vont aller coller des affiches de Zemmour, vont faire office de gardes du corps lors de la distribution des tracts… La Ligue du Midi est également derrière Zemmour. Un édito de Roudier sur leur site demande l’union des droites. Ils veulent la chute du Rassemblement National de Marine Le Pen parce qu’ils croient que le parti ne mène à rien.

Ce projet ne se fera jamais tant que le RN sera la force principale de l’extrême droite. A droite les couteaux sont tirés et malheur aux vaincus. Finissons par une citation de Valeurs Actuelles, dans un édito dédié à Maréchal Le Pen : « Maintenant il s’agit de démultiplier et de viser juste. Il ne s’agit pas de blesser l’adversaire mais de le tuer. De buter les républicains, de buter le RN. Si négociation il doit y avoir, il faut pouvoir la mener en position de force, en mode poutinien, reddition ou élimination ».

La seconde partie de la présentation d’Autodéfense et Révolution portera sur le programme de Marine Le Pen et du Rassemblement National.




Source: Lepoing.net