Novembre 10, 2021
Par Dijoncter
159 visites


Le thriller de survie de Netflix Squid Game met en lumiĂšre les horreurs de l’inĂ©galitĂ© et de l’exploitation en CorĂ©e du Sud aujourd’hui, dĂ©boulonnant le mythe capitaliste selon lequel le travail acharnĂ© garantit la prospĂ©ritĂ©.

Au mois d’octobre, j’ai publiĂ© une analyse de la sĂ©rie Squid Game. Je suis trĂšs heureux de constater que des anarchistes grecs ont eu la mĂȘme envie d’écrire sur ce sujet pour en tirer les mĂȘmes conclusions. Cependant, leurs angles d’attaques et leurs rĂ©fĂ©rences sont diffĂ©rents, trĂšs enrichissant…

La lutte est internationale, vive l’Anarchie !

Loral Aitken

Article paru sur Rosa.gr et traduit du grec par le collectif Rempart Noir ([email protected]).

Squid Game fait ressortir le cauchemar capitaliste contemporain

Le thriller de survie de Netflix Squid Game met en lumiĂšre les horreurs de l’inĂ©galitĂ© et de l’exploitation en CorĂ©e du Sud aujourd’hui, dĂ©boulonnant le mythe capitaliste selon lequel le travail acharnĂ© garantit la prospĂ©ritĂ©.

Si de nombreux EuropĂ©ens et AmĂ©ricains sont entrĂ©s en contact avec l’industrie du divertissement de la CorĂ©e du Sud principalement par le biais de la K-Pop, ces derniĂšres annĂ©es, une sĂ©rie de films et de sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es corĂ©ens ont attirĂ© l’attention internationale. Les productions cinĂ©matographiques commencent Ă  aborder la sinistre rĂ©alitĂ© de la vie quotidienne en CorĂ©e tantĂŽt de maniĂšre directe, tantĂŽt allĂ©gorique.

L’entrĂ©e la plus rĂ©cente dans ce genre est le drame-thriller de survie dystopique Squid Game de Netflix, qui est en passe de devenir la sĂ©rie la plus regardĂ©e sur la plateforme. Comme Parasite, le film oscarisĂ© de Bong Joon-Ho en 2019, et Extracurricular, le drame de Netflix en 2020, Squid Game reflĂšte le mĂ©contentement croissant d’une partie importante de la sociĂ©tĂ© corĂ©enne face aux inĂ©galitĂ©s et aux impasses du capitalisme.

L’économie de la CorĂ©e du Sud, qui Ă©tait autrefois dĂ©signĂ©e comme l’un des quatre « tigres asiatiques Â», a connu d’énormes changements au cours des derniĂšres dĂ©cennies. En 1960, le revenu par habitant de 82 dollars de la CorĂ©e du Sud la plaçait derriĂšre une longue liste de pays Ă©conomiquement faibles et pauvres comme le Ghana, le SĂ©nĂ©gal, la Zambie et le Honduras.

Ce n’est qu’avec l’arrivĂ©e au pouvoir du dictateur Park Chung Hee en 1961 que la CorĂ©e a commencĂ© Ă  connaĂźtre une Ă©norme croissance Ă©conomique – toujours en termes de « croissance capitaliste Â». La CorĂ©e du Sud est passĂ©e d’un pays Ă  faible revenu Ă  l’une des Ă©conomies les plus importantes et les plus dynamiques du monde en quelques dĂ©cennies seulement.

La sociĂ©tĂ© du stress et le contrĂŽle oligarchique de l’économie

Bien que la croissance économique ait permis de faire évoluer le niveau de vie moyen, beaucoup ont été laissées pour compte.

Le taux de suicide en CorĂ©e du Sud est l’un des plus Ă©levĂ©s au monde, dont prĂšs de 50 % des personnes vivaient sous le seuil de pauvretĂ©. Les jeunes ont leurs propres luttes et dĂ©sillusions, notamment la conscription obligatoire et les tensions continues liĂ©es aux relations avec la CorĂ©e du Nord, l’intensification de la pression acadĂ©mique et le chĂŽmage Ă©levĂ© (en 2020, le taux de chĂŽmage des jeunes Ă©tait de 22 %).

Alors que des millions de CorĂ©ens luttent pour survivre, l’élite du pays maintient un contrĂŽle absolu sur l’économie. L’économie corĂ©enne fonctionne sur la base des chaebols [1], des conglomĂ©rats d’entreprises appartenant Ă  un petit groupe de familles riches et puissantes. Autrefois louĂ©s pour avoir « sorti la nation de la pauvretĂ© Â», comme les dirigeants politiques ont coutume de le souligner, les chaebols sont l’incarnation du capitalisme monopolistique en CorĂ©e du Sud, trempĂ©s dans la corruption et sans aucun contrĂŽle de la part de leurs dirigeants. Parmi les plus grands chaebols du pays figure Samsung, dont le PDG Lee Jae-Yong a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© de prison en aoĂ»t 2021 aprĂšs avoir purgĂ© la moitiĂ© de sa peine de deux ans pour corruption et dĂ©tournement de fonds. Pour justifier sa libĂ©ration, le gouvernement du pays a invoquĂ© « l’importance de Lee pour l’économie du pays Â».

InĂ©galitĂ©s extrĂȘmes et dĂ©sillusions du capitalisme

L’extrĂȘme inĂ©galitĂ© de la CorĂ©e du Sud est le thĂšme central de Squid Game, dont le trait dominant est l’adhĂ©sion sans dĂ©tours Ă  la dimension de classe de l’inĂ©galitĂ©.

Le pays a une longue histoire de pratiques anti-ouvriĂšres, souvent extrĂȘmes et parfois violentes.

Pas plus tard que le mois dernier, le prĂ©sident de la plus grande confĂ©dĂ©ration syndicale du pays, la ConfĂ©dĂ©ration corĂ©enne des syndicats (KCTU), a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et emprisonnĂ© sous prĂ©texte d’avoir enfreint les rĂšgles de sĂ©curitĂ© pour le coronavirus lors d’un rassemblement de travailleurs dans la capitale, SĂ©oul. Comme il dĂ©nonce lui-mĂȘme, il a Ă©tĂ© ciblĂ© parce son militantisme ouvrier a inquiĂ©tĂ© le gouvernement. Il est le 13e prĂ©sident consĂ©cutif de la KCTU Ă  ĂȘtre emprisonnĂ©.

Bien que Squid Game fasse rĂ©fĂ©rence Ă  la derniĂšre grĂšve de Sangyong Motors en 2009, la lutte des classes violente traverse l’histoire de la CorĂ©e depuis des dĂ©cennies.

En 1976, par exemple, les travailleuses de l’usine textile Dong-Il ont lancĂ© une lutte pour des Ă©lections syndicales Ă©quitables et dĂ©mocratiques qui a durĂ© prĂšs de deux ans, oĂč elles ont dĂ» faire face Ă  une vague de violences policiĂšres et Ă  des attaques brutales de briseurs de grĂšve.

La lutte a culminĂ© avec l’attaque des miliciens soutenus par la RG corĂ©enne, qui ont jetĂ© des excrĂ©ments sur les travailleuses qui tentaient de voter aux Ă©lections syndicales.

Dong-Il est l’un des exemples majeurs de rĂ©pression dans l’histoire contemporaine du travail en CorĂ©e et une rĂ©fĂ©rence pour les politiques Ă©tatiques anti-ouvriĂšres, la guerre du capital contre les travailleurs et la violence contre les femmes.

L’idĂ©al de la mĂ©ritocratie a une rĂ©sonance particuliĂšre dans la culture corĂ©enne, qui puise ses rĂ©fĂ©rences dans le confucianisme. L’idĂ©e que le travail acharnĂ© est payant reste courante en CorĂ©e du Sud, mĂȘme si de plus en plus de jeunes CorĂ©ens qui ont suivi le « bon chemin Â» du systĂšme Ă©ducatif corĂ©en, extrĂȘmement concurrentiel, sont aujourd’hui confrontĂ©s au chĂŽmage, Ă  la domination des chaebols et aux inĂ©galitĂ©s.

Les messages portĂ©s par Squid Game sont importants, la sĂ©rie provoquant des « fissures Â» dans le mythe capitaliste du pays.

Article provenant du site collaboratif Rosa




Source: Dijoncter.info