Mars 25, 2020
Par Indymedia Nantes
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publié
le mardi 24 mars 2020 à 02:22 |

Des syndicalistes ayant participé au Collectif syndical contre l’Aéroport et son monde (nov. 2016 – sept. 2018)


Nous avons fait le choix de nous organiser collectivement, c’est-à-dire de nous syndiquer, afin de contribuer à ce que notre classe sociale prenne conscience de sa force et de ses capacités à changer ce monde. C’est un choix contre l’individualisme, pour un autre partage des ressources et une première forme d’organisation collective.

L’abandon du projet d’aéroport a été une très belle victoire. Une victoire contre le monde marchand, arrachée grâce à une lutte longue de plusieurs décennies, à de multiples épisodes intenses, divers : manifs, chaînes humaines, grèves de la faim pour certains, occupation de la ZAD, jusqu’aux affrontements directs, en forêt ou à Nantes.

Pour nous, cette victoire n’est qu’une étape vers un nouveau monde, un monde de solidarité, de partage…

Nous connaissons l’employeur Vinci, qui a imposé des cadences infernales et des conditions de travail déplorables à l’aéroport de Nantes-Atlantique depuis sa reprise de la concession début 2011.

Mais Vinci ne détruira pas la zone naturelle et vivante autour de Notre-Dame des Landes ; non Vinci n’exploitera pas de salariée·s sur cet aéroport (qu’ils avaient prévu « moderne », c’est-à-dire largement automatisé). Vinci et l’État ont reculé.

Nous étions souvent des dizaines de milliers, jusqu’à 40 000 un certain 8 octobre 2016, jour de levée de charpente du Hangar de l’avenir, près de la ferme de Bellevue…

Cette victoire a été gagnée ensemble, dans une composition hétéroclite de paysan.ne.s historiques, de zadistes, de naturalistes, de militant.e.s anti-capitalistes, de syndicalistes, de simples citoyen.ne.s, etc. Après l’abandon du projet, des personnes ou associations engagées dans le combat contre le projet d’aéroport se sont en partie désengagées de l’avenir de la zad. Mais, acquise collectivement, c’est collectivement que l’après-victoire se doit d’être assumée.

Or, très rapidement, un clivage est né entre un certain nombre d’habitant.e.s acceptant de négocier avec l’État – afin de préserver la possibilité qu’une partie importante de ces terres reviennent à celles et ceux qui les avaient défendues du bétonnage – et d’autres habitant.e.s refusant ces négociations – faisant fi du déséquilibre des forces. Ce clivage n’a fait que s’accentuer, au fil des rancoeurs et des conflits non résolus.

Nous avions alors fait le choix de ne pas nous exprimer, partant du principe que, de la même manière qu’une grève appartient aux grévistes, une telle lutte sur un territoire aussi vaste appartient à celles et ceux qui y habitent. Cela d’autant plus que le choix d’organisation de vie sur la zad est un choix engageant les habitants 24 heures sur 24. Nous y voyons tous les projets qui s’y développent et l’énergie qui s’y déploie. Nous, qui en tant que salariés subissont souvent des hiérarchies et des contraintes incohérentes, apprécions cette manière de travailler et de faire. D’autre part nous comprenons aussi le fait que des gens puissent vouloir vivre sur la Zad sans avoir de « projet », autre que celui de se tenir loin d’un monde coercitif et inhumain.

Avec le temps, l’équilibre entre ces différentes manières de vivre sur la zone ne tient plus. Qui produit la nourriture et pour qui ? Les chiens peuvent-ils se promener n’importe où ? Que se passe-t-il s’ils effraient les moutons ? Qui décide, qui juge, qui fait respecter les règles ? Se retrouver en législateur, juge ou gendarme : comment accepter ces contradictions ? Et pourtant, il faut bien vivre au quotidien.

C’est dans ce contexte que nous avons appris la tentative de destruction du Hangar de l’avenir de Bellevue.

Nous réprouvons cet acte de vengeance stérile, qui ne peut qu’alimenter une escalade violente, et qui aurait pu se terminer par un drame bien plus grave.

Nous invitons à réfléchir sur le fait que l’on ne vit pas sur des terres extirpées du monde marchand, de la même manière qu’on les a « squatté » hier. Ces terres, issues de la lutte, sont devenues communes aux paysans, aux habitant.e.s de la Zad, aux naturalistes, etc. Elles nécessitent d’être prises en charge collectivement ; c’est l’objet de l’assemblée des usages. Celle-ci joue-t-elle suffisamment son rôle, c’est peut-être une question à se poser. Des conflits non résolus ont probablement été sous-estimés.

Certains veulent rester intransigeants sur la liberté de s’installer où ils veulent, comme cela se passait pendant l’occupation de la zone. Or le contexte a changé, ce qui était possible hier ne l’est plus aujourd’hui, et c’est probablement difficile à vivre pour certain.e.s. (L’histoire fourmille d’autres exemples… pendant la seconde guerre mondiale, les maquis étaient souvent ravitaillés gratuitement par les paysans. Évidemment dès la guerre finie, il devint problématique d’aller se servir dans les champs comme on voulait. Cette vie collective dans les maquis avait aussi laissé des traces et beaucoup de jeunes eurent du mal à reprendre la vie « civile »). Il y a un peu de cela sur la zad.

Construire une autre société, une autre organisation de vie, c’est un sacré défi, autrement plus difficile que de s’opposer à un projet.

Il est urgent de sortir de la nostalgie, des rancoeurs, des déclarations et des actes haineux.

Il y aurait une contradiction fondamentale à ce que ces terres, libérées du monde marchand, soient communes quant à leur régime de propriété, et qu’elles renvoient chacun dans un certain individualisme, un certain « libéralisme »… dans leur mode de gestion.

Nous apportons notre soutien aux habitant.e.s ayant à cœur de prendre en charge ces terres collectivement. Nous réprouvons les propos haineux diffusés sur les réseaux sociaux, et relayés sur des médias sans se soucier des conséquences possibles de ces propos.

A bientôt dans les luttes camarades !

Des syndicalistes ayant participé au Collectif syndical contre l’Aéroport et son monde (nov. 2016 – sept. 2018)




Source: Nantes.indymedia.org