Novembre 24, 2022
Par Socialisme Libertaire
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Manifestation de solidarité à Montréal pour les femmes iraniennes, 22 octobre 2022.

♀ Le voile est sexiste. 
Soutien aux Iraniennes et aux Afghanes. 

 

« Une femme refusant de porter le voile peut ĂȘtre tuĂ©e, emprisonnĂ©e, agressĂ©e, menacĂ©e, stigmatisĂ©e et/ou rejetĂ©e par son groupe d’appartenance comme : impie, impure et dĂ©vergondĂ©e. Comment dĂ©fendre le port du voile, alors que certaines bravent l’interdit en faisant acte de courage en refusant de le porter au risque de leur vie et de celle de leur entourage. Le voile islamique porte des enjeux multiples : religieux, culturels, politiques. Ce code vestimentaire a Ă©tĂ© imposĂ© aux femmes par les religions patriarcales, par des hommes, qui ont lĂ©galement sexualisĂ© le corps des femmes, c’est un symbole de sexisme et de violence. Est-ce que la dĂ©fense du port du voile n’est pas un communautarisme ? 

« Le voile islamique est un signe religieux, un signe politique, un signe de mĂ©pris qui porte atteinte Ă  la dignitĂ© de la femme et remet en question les lois et principes de la RĂ©publique. C’est un vĂ©ritable drapeau » disait GisĂšle Halimi (1927-2020) en 1989. 

Le voile, hijab, burqa, sont imposĂ©s aux femmes, le voile est devenu un voile de l’Islamisme. Le voile, hijab c’est l’effacement de la femme, la burqa c’est l’effacement total de la femme : c’est une prison dans la sociĂ©tĂ©. La dĂ©shumanisation. 

Le voile n’est pas une LibertĂ© ! 

Dans bien des pays : Egypte, Iran, Arabie saoudite dans les annĂ©es 1970, les femmes n’étaient pas voilĂ©es, ce n’est qu’avec l’arrivĂ©e au pouvoir des fondamentalistes religieux que le port du voile sera imposĂ©. Kahina Balhoul (1), rappelle que le voile n’a pas toujours Ă©tĂ© la norme dans les sociĂ©tĂ©s musulmanes « Il n’y a absolument rien qui indique qu’il faut se couvrir la tĂȘte ou les cheveux. » « Ce sont les courants islamistes qui en ont fait le sixiĂšme pilier de l’islam et presque son symbole principal ».

La laĂŻcitĂ©, c’est le libre choix de pratiquer la religion que l’on veut, sans l’imposer aux autres, c’est la libertĂ© de conscience. En France c’est le principe de sĂ©paration de la sociĂ©tĂ© civile et de la sociĂ©tĂ© religieuse. La libertĂ© d’opinion permet de critiquer, d’ĂȘtre critique sans discriminer. La laĂŻcitĂ© n’est pas liberticide. En ne reconnaissant pas les religions, on a le droit aux blasphĂšmes. C’est un droit absolu et la libertĂ© d’expression. Les religions sont patriarcales. Dans les religions monothĂ©istes, les femmes sont les servantes des hommes. Les institutions religieuses ont Ă©tĂ© l’exploitation et la soumission des femmes. Si toutes et tous portaient le voile, sans connotations religieuses, cela serait totalement diffĂ©rent Ă  dĂ©fendre. Mais, libre aux gens de se voiler sans rien n’imposer et sans faire de prosĂ©lytisme. On est loin de se voiler pour des raisons de climats, ce qui Ă©tait la premiĂšre utilitĂ©. Le hijab est de plus en plus portĂ© en occident, alors que c’était marginal il y a encore quelques annĂ©es. De grandes marques surfs sur ce marchĂ© et en font la promotion. Des petites filles sont voilĂ©es. Une aberration.
      
Quelque soit l’opinion sur le voile, on ne peut pas traiter les personnes “d’islamophobes”, et l’on ne peut pas rejeter, agresser ou tuer des personnes sous le prĂ©texte du voile. Ce qui est prescrit aux femmes et imposĂ© par la pression sociale et/ou la violence, ne peut ĂȘtre librement choisi. Le consentement est le contraire du choix.  

Le fĂ©minisme est une idĂ©e rĂ©volutionnaire disant que les femmes ne sont pas des ĂȘtres infĂ©rieurs aux hommes. L’inĂ©galitĂ© entre les hommes et les femmes est l’une des formes les plus anciennes et les plus rĂ©pandues dans le monde, et n’aurait jamais du exister. Tout le monde est d’accord pour dire que les inĂ©galitĂ©s ne sont pas normales ni tolĂ©rables, mais pourtant existantes Ă  bien des degrĂ©s. Le fĂ©minisme est une lutte qui nous concerne tous. Il n’y a pas de fĂ©minisme islamiste. Le fĂ©minisme est un mouvement appelant Ă  l’égalitĂ© des droits sociaux, politiques, juridiques et Ă©conomiques entre les femmes et les hommes.

Des milliers de femmes dans le monde ont le courage de se dĂ©voiler, au risque de leur vie. Certaines sont condamnĂ©es Ă  la prison pour oser cette libertĂ©. 

Le 21 fĂ©vrier 1994, Homa Darabi s’immolait la place Tajrish, aprĂšs avoir dĂ©chirĂ© le tchador qu’elle portait et s’ĂȘtre aspergĂ©e d’essence, criant : « Mort À la tyrannie ! Vive la libertĂ© ! Vive l’Iran ! Â».

Nasrin Sotoudeth, avocate des iraniennes en lutte contre le voile obligatoire a Ă©tĂ© condamnĂ©e Ă  33 ans de prison et 148 coups de fouet pour avoir dĂ©fendu la libertĂ© des femmes en Iran ayant dĂ©fiĂ© les lois de la RĂ©publique Islamique en se dressant sans voile dans l’espace public. 

En 2014, Marzieh Ebrahimi Ă©tait attaquĂ©e Ă  l’acide Ă  Ispahan part un bassidji (milicien du gouvernement islamique), qui avait rĂ©pondu Ă  l’appel de l’Imam Yousef Tabatabai-Nejad, de punir les femmes qui ne portaient pas le hijab.  

Le 27 dĂ©cembre 2017, Vida Movahed grimpait sur une boĂźte utilitaire Ă  TĂ©hĂ©ran, enlevant symboliquement son hijab, l’agitant au bout d’un bĂąton pour protester contre le port obligatoire du voile. Elle sera emprisonnĂ©e, son geste fut symbole de rĂ©sistance et avait Ă©tĂ© repris par des centaines de femmes. Cette date est devenue JournĂ©e internationale contre le hijab obligatoire. En 2019, Jamila Benhabib invitait les femmes Ă  poster une photo d’elles avec un foulard suspendu Ă  un bĂąton, en signe de renoncement au port du foulard.

Des manifestations ont Ă©clatĂ© dans tout l’Iran aprĂšs la mort de Mahsa Amini (5), le 16 septembre 2022 aprĂšs avoir Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e par la police des mƓurs pour ne pas avoir portĂ© correctement le hijab.
Les Iraniens sont dans la rue pour protester contre ce meurtre barbare. De nombreuses iraniennes, dĂ©vastĂ©es et en colĂšre se coupent les cheveux et brĂ»lent leur voile, et disent “Merde aux Mollahs“. Elles appellent les femmes et les hommes du monde entier Ă  faire preuve de solidaritĂ©.

Masha est devenue le symbole.

Masih Alinejab (6), elle a appelé les femmes du monde entier à se couper les cheveux en signe de soutien aux femmes iraniennes.

« Femme, Vie, Liberté !!! » Devient le slogan de la révolution.

Cela va bien au-delĂ  du voile. RĂ©gime islamiste autoritaire, corruption, chĂŽmage de masse, travails prĂ©caires et oĂč le mĂ©tier ne permet pas de vivre dignement


Les Afghanes essaient de faire de mĂȘme, elles Ă  qui on a supprimĂ© toutes formes de libertĂ©.
Nous devons les soutenir dans leur quĂȘte de libertĂ© et d’égalitĂ©.

Continuons de lutter contre toutes formes d’obscurantismes !

Soutien Ă  toutes les femmes du monde, aux Iraniennes, aux Kurdes, aux Afghanes, aux Ukrainiennes
 qui se battent pour la libertĂ© et l’égalitĂ©.

LibertĂ© ! Â»

Florence Jacquet, fĂ©ministe, abolitionniste, militante lgbt, fondatrice d’Alternatif World.

[ Texte publiĂ© avec l’accord de l’autrice, que nous remercions ! ]

NOTES :

(1) PremiĂšre femme imame en France. “Il faut arrĂȘter de faire du voile un symbole de l’islam“, paru dans Le Monde du 22/09/2022.

(2)  Article 1er de la loi de 1905 relative Ă  la sĂ©paration des Églises et de l’État.

(3) En France, Samuel Paty est mort pour avoir Ă©tĂ© accusĂ© d’islamophobie. 

(4) IncarcĂ©rĂ©e en 2018 aprĂšs avoir dĂ©fendu une femme arrĂȘtĂ©e pour avoir manifestĂ© contre l’obligation faite aux Iraniennes de porter le voile. Elle-mĂȘme refusa de porter le voile. CondamnĂ©e Ă  5 ans de prison, puis Ă  nouveau condamnĂ©e en 2019 Ă  12 ans de prison, « pour avoir encouragĂ© la corruption et la dĂ©bauche ». Elle sera condamnĂ©e Ă  33 ans d’emprisonnement et 148 coups de fouet. RelĂąchĂ©e en 2020 pour des raisons de santĂ©.

(5) Jeune femme kurde iranienne de 22 ans. 

(6) NĂ©e le 11 septembre 1976 Ă  Babol, Iran. 




Source: Socialisme-libertaire.fr