Mars 3, 2022
Par Zone À Défendre
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Alors qu’aujourd’hui la classe politique et les medias semblent unanimes dans l’idée de soutenir l’Ukraine contre la Russie, l’Etat français continue à criminaliser celles et ceux qui sont allés lutter au Kurdistan, pour la révolution sociale et contre l’Etat islamique. Nous relayons la lettre, écrite en détention par Libre Flot, en grève de la faim depuis le 27 février pour exiger sa libération.

On peut lui écrire via les comités de soutien locaux :

– Comité812 Toulouse : Itinéraire Bis – 22 rue Périole – 31500
Toulouse ou PumBat, 34 rue Brouardel, 31200 Toulouse
– Comité812 Rennes : CNT 35 , BP 30423, 35004 RENNES Cedex
– Comité812 Paris : L.A.P. 393 rue de Vaugirard 75015 PARIS

Pour se tenir informé :
https://soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org/

Pour joindre ses soutiens et nous tenir informé des initiatives locales :
laisseznousdanser[at]riseup[point]net (clé pgp :
https://keys.openpgp.org/search?q=3CC551B54D708A5ADD89C43AF499FA4FF85A247B
)

Début de la Grève de la Faim de Libre Flot

POURQUOI JE FAIS LA GRÈVE DE LA FAIM

Cela fait plus de 14 mois que je réfute cette infâmante et diffamatoire
accusation d’association de malfaiteurs terroriste.

Cela fait plus de 14 mois que la DGSI m’a expliqué que je n’étais pas
arrêté pour ce qu’elle voulait me faire croire, à savoir mon engagement
auprès des forces kurdes contre Daech au Rojava.

Cela fait plus de 14 mois que rien ne valide la thèse élaborée de toutes
pièces par la DGSI alors même que pendant au moins 10 mois j’ai été
suivi, tracé, sous écoute 24 heures sur 24 dans mon véhicule, mon lieu
de vie, espionné jusque dans mon lit.

Cela fait plus de 14 mois que je comprends que ce sont mes opinions
politiques et ma participation aux forces kurdes des YPG dans la lutte
contre Daech qu’on essaie de criminaliser.

Cela fait plus de 14 mois qu’on reproche une association de malfaiteurs
à 7 personnes qui ne se connaissent pas toutes les unes les autres.

Cela fait plus de 14 mois à répondre aux questions d’un juge
d’instruction utilisant les mêmes techniques tortueuses que la DGSI : la
manipulation, la décontextualisation, l’omission et l’invention de
propos et de faits afin de tenter d’influencer les réponses.

Cela fait plus de 14 mois que je subis les provocations de ce même juge
d’instruction qui, alors que je croupis dans les geôles de la
République, se permet de me dire que cette affaire lui fait perdre son
temps dans la lutte contre le terrorisme. Pire encore, il se permet la
plus inacceptable des insultes en se référant aux barbares de l’État
islamique comme étant mes« amis de chez Daech ». Bien que verbal, cela
reste un acte inouï de violence. C’est inadmissible que ce juge
s’octroie le droit de m’injurier au plus haut point, tente de me salir,
et crache ainsi sur la mémoire de mes amis et camarades kurdes, arabes,
assyrien.ne.s, turkmènes, arménien.ne.s, turc.que.s et
internationaux.les tombé.es dans la lutte contre cette organisation.
J’en reste encore aujourd’hui scandalisé.

Cela fait plus de 14 mois d’une instruction partiale où contrairement à
son rôle le juge d’instruction instruit uniquement à charge et jamais à
décharge. Il ne prend pas en considération ce qui sort du scénario
préétabli et ne sert qu’à valider une personnalité factice façonnée de A
à Z par la DGSI, qui loin de me représenter ne reflète que les fantasmes
paranoïaques de cette police politique. Ainsi, je suis sans cesse
présenté comme « leader charismatique » alors même que tout mode de
fonctionnement non horizontal est contraire à mes valeurs égalitaires.

Cela fait plus de 14 mois que sans jugement on m’impose la détention
dite provisoire que je subis dans les plus terribles conditions
possibles : le régime d’isolement (voir les lettres de mars 2021 et juin
2021) considéré comme de la « torture blanche » et un traitement
inhumain ou dégradant par plusieurs instances des droits humains.

Cela fait plus de 14 mois que je suis enterré vivant dans une solitude
infernale et permanente sans avoir personne à qui parler, à juste
pouvoir contempler le délabrement de mes capacités intellectuelles et la
dégradation de mon état physique et ce, sans avoir accès à un suivi
psychologique.

*

Après avoir sous des airs faussement neutres fourni à l’administration
pénitentiaire des arguments fallacieux pour s’assurer de mon maintien à
l’isolement, le juge d’instruction demande le rejet de ma demande de
mise en liberté, tout comme le parquet national antiterroriste. Pour ce
faire, ils reprennent presque en copier / coller le rapport de la DGSI
du 7 février 2020, base de toute cette affaire dont nous ne savons pas
d’où viennent les informations et dont la véracité n’a pas été
démontrée. On est en droit de se demander à quoi ont servi les écoutes,
les surveillances, les sonorisations et ces deux ans d’enquête
judiciaire et d’instruction puisque sont occultés les faits qui
démontrent la construction mensongère de la DGSI.

Le parquet national antiterroriste et le juge d’instruction n’ont de
cesse d’essayer d’instiller la confusion et de créer l’amalgame avec des
terroristes islamistes alors même qu’ils savent pertinemment que j’ai
combattu contre l’État islamique, notamment lors de la libération de
Raqqa, où avaient été planifiés les attentats du 13 novembre.

Le juge d’instruction prétend craindre que j’informerais des personnes
imaginaires de ma situation alors que celle-ci est publique notamment
parce que la DGSI ou le PNAT eux-mêmes ont fait fuiter l’information dès
le premier jour. Il prétend ainsi empêcher toute pression sur les
témoins, les victimes et leurs familles alors même qu’il n’y a ni
témoin, ni victime puisqu’il n’y a aucun acte. C’est ubuesque. Est aussi
évoquée sa crainte d’une concertation entre coinculpé.es et complices
même si toutes et tous les coinculpé.es ont été mis.es en liberté, qu’il
n’a plus interrogé personne d’autre que moi depuis octobre 2021, et que
j’ai attendu patiemment qu’il ait fini de m’interroger pour déposer
cette demande de mise en liberté.

Il aurait pu être comique dans d’autres circonstances de constater
l’utilisation à charge de faits anodins comme : jouir de mon droit à
circuler librement en France et en Europe, de mon mode de vie, de mes
opinions politiques, de mes pratiques sportives, de mes goûts pour le
rap engagé ou les musiques kurdes.

Le juge d’instruction s’en prend à ma mère en la désignant comme n’étant
pas une garantie valable pour la simple raison qu’elle n’a pas empêché
son fils âgé de 33 ans à l’époque de rejoindre les forces kurdes des YPG
dans la lutte contre Daech. Encore une fois, c’est ma participation dans
ce conflit qu’on criminalise. Il lui reproche également l’utilisation
d’applications cryptées (WhatsApp, Signal, Télégram…) comme le font des
millions de personnes en France. Enfin, il dénigre tout d’un bloc toutes
les autres options de garanties (travail, hébergement…) sans rien avoir
à leur reprocher alors même que les personnels du SPIP dont c’est le
métier ont rendu un avis favorable.

*

Comment alors comprendre qu’après avoir ordonné ces enquêtes de
faisabilité signifiant la possibilité de me remettre en liberté avec
bracelet électronique, le juge des libertés et de la détention malgré le
rendu refuse ensuite de la mettre en place ? Nous sommes nombreux et
nombreuses à constater que dans toute cette affaire la « justice » viole
ses propres lois et est soumise à l’agenda politique de la DGSI.

J’ai récemment appris de la bouche même du directeur des détentions de
la maison d’arrêt des Yvelines (Bois d’Arcy), que je remercie pour sa
franchise, que mon placement et mon maintien à l’isolement étaient
décidés depuis le premier jour par des personnes très haut placées et
que quoi je dise ou que lui-même dise ou fasse, rien n’y ferait, que
cela le dépasse, le dossier ne sera même pas lu et je resterai au
quartier d’isolement et que de toute façon rien ne pourrait changer
avant les élections présidentielles.

*

Puisque l’on cherche à criminaliser les militants et militantes
ayant lutté avec les Kurdes contre Daech,

Puisque l’on utilise la détention soi-disant provisoire dans le but
de punir des opinions politiques,

Puisque cette histoire n’existe qu’à des fins de manipulation
politique,

Puisqu’aujourd’hui on ne me laisse comme perspective que la lente
destruction de mon être,

Je me déclare en grève de la faim depuis le dimanche 27 février 2022 à
18 heures, je ne réclame à l’heure actuelle que ma mise en liberté en
attendant de démontrer le côté calomnieux de cette honteuse accusation.

Libre Flot.


Parce que notre ami Libre Flot croupit toujours à l’isolement depuis
plus de 14 mois et qu’il a choisi d’engager la riposte par une grêve de
la faim, ne le laissons pas seul dans ce sale jeux politique. C’est
maintenant qu’il est nécessaire de marquer notre soutien, en diffusant
sa parole et par tous les moyens possibles !

Nous n’attendrons pas, sans réactions, la fin des élections pour
qu’enfin ils le libèrent !




Source: Zad.nadir.org