Juillet 22, 2014
Par Tribune Syndicaliste Libertaire
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Déclaration de l’Assemblée Générale des postiers grévistes des Hauts-de-Seine
Après avoir infligé une défaite à La Poste par la grève, nous continuons
le combat

Avec une durée de 173 jours, nous venons de mener le conflit le plus long
de l’histoire de La Poste, et malgré toutes les difficultés, nous sommes
fiers de dire que nous avons infligé une défaite à La Poste.
Pourtant la direction de La Poste avait proclamé que « les grévistes
pouvaient bien faire grève 300 jours, cela ne changerait rien ». La
détermination des grévistes a fini par démentir ces propos arrogants.

La grève est partie de Rueil-Malmaison pour exiger le renouvellement d’une
collègue en contrat d’insertion que La Poste avait honteusement mis à la
porte après l’avoir exploitée pendant des mois. Nous avons au final gagné
la titularisation de 3 de nos collègues précaires.
La grève s’est étendue sur La Garenne-Colombes, Bois-Colombes, Courbevoie,
Gennevilliers contre les suppressions d’emplois. C’est en agrégeant les
forces de ces différents bureaux que la grève a acquis sa force. Des
collègues d’autres bureaux se sont mis en grève minoritaire même si leur
centre n’était pas directement touché par une restructuration. Leur
implication dans la grève, l’expérience des conflits auxquels ils avaient
participé auparavant ont joué un rôle fondamental dans la construction de
la grève.
Le taux de grève ultra-majoritaire qu’a connu La
Garenne-Colombes/Bois-Colombes pendant plusieurs mois a permis la
réduction de moitié du nombre de suppressions d’emplois initialement
prévu, ainsi que la non-intégration de la partie sécable au casier.
Les conditions de travail et de rémunération des rouleurs sont améliorées,
à Courbevoie à La Garenne-Colombes/Bois-Colombes et au Centre de Tri et
d’Entraide Départemental (CTED).
Des reports des restructurations de 8 à 12 mois ont été obtenus sur
l’ensemble de ces centres. De report en report, les grèves menées ces
dernières années dans notre département ont permis d’empêcher la mise en
place de restructurations à un rythme effréné. Alors que la norme fixée
par La Poste est de restructurer chaque centre tous les deux ans, l’écart
entre deux réorganisations est en moyenne de 5 ans sur le 92. Et
Rueil-Malmaison n’a pas subi de suppressions de tournées depuis plus de 15
ans !

Aujourd’hui, nous avons conscience qu’il ne suffit plus de résister. Ne
serait-ce que pendant notre conflit, des grèves reconductibles se sont
déclenchées dans plusieurs régions. La colère existe mais elle s’exprime
de manière dispersée. La multiplication des grèves postales ces derniers
mois prouve qu’il existe une disponibilité à l’action collective de la
part d’une partie significative des postiers. Dans le cours de ce conflit,
nous avons cherché à notre échelle à faire en sorte que cette colère
latente puisse déboucher sur une action qui fédère plusieurs bureaux,
plusieurs métiers et même plusieurs départements : grèves communes avec
les guichetières de Rueil Jaurès, grève reconductible conjointe avec la
PFC de Gennevilliers, interventions en direction des bureaux de
distribution parisiens, du 91, du Cher, de Corse. C’est en additionnant
les revendications, en agrégeant les forces que la voix des postiers peut
se faire entendre.
Gel de salaires, suppressions d’emplois, précarité : ce que nous vivons
dans notre entreprise entre en résonnance avec ce que vivent beaucoup
d’autres, et ce sont les mêmes qui nous font subir cette politique
d’austérité à savoir le patronat et le gouvernement qui s’est mis à son
service. C’est pourquoi nous nous sommes tournés vers les autres secteurs
en lutte : autour de la question de la précarité, nous avons mené
plusieurs actions communes avec les intermittents et précaires, et cette
alliance imprévue nous a permis de sortir de l’isolement et nous a aidés à
faire reculer la direction. Cortèges de lutte intersyndicaux et
interprofessionnels avec les cheminots, blocage de centres postaux avec
les intermittents, actions de popularisation de la grève par des usagers
en colère… cela rompt avec le rituel des manifs purement symboliques et
des logiques de repli du « chacun dans son cortège syndical ». A l’inverse
de simples actions de témoignages, le point commun des différentes grèves
postales qui se sont coordonnées ces dernières semaines, c’est que
l’objectif des grévistes était de gagner, sur la question de l’emploi ou
sur des projets qui dégradent radicalement les conditions de travail des
agents. Et la direction ne s’y est pas trompée, elle a à chaque fois
adopté la même attitude face aux grévistes : tenter de les écraser et
laisser pourrir les conflits.

C’est bien parce que nous avons mené cette politique de convergence des
postiers, de convergence des secteurs en bagarre que la direction a mis si
longtemps à s’asseoir à la table des négociations et qu’elle a fait preuve
d’un acharnement répressif sans précédent : procédures de licenciements,
convocations au commissariat, gardes-à-vue, paies à zéro, ordonnances
interdisant aux grévistes de se rendre dans les centres… La direction a un
problème : l’équipe militante qu’elle avait face à elle avant ce conflit
est toujours là, elle est même en passe de se renforcer. Nous serons
présents dès cet été et à la rentrée dans les mobilisations contre la
répression dans le 92 et ailleurs. Même si la direction n’est pas parvenue
à nous éradiquer, comme elle se l’était initialement fixé, le combat pour
empêcher licenciements et révocations est pour l’essentiel devant nous.
L’esprit revanchard de La Poste a poussé la direction à nous imposer des
conditions de reprise difficiles, certes meilleures que celles arrachées
par les grévistes des autres départements, mais en recul par rapport à
celles que La Poste avaient envisagé de concéder il y a quelques semaines.
Nous avons prévu de continuer à alimenter la caisse de grève dans les mois
qui viennent, à la fois pour pallier au coût de la grève, pour maintenir
les salaires des collègues réprimés et en prévision des futurs conflits.

Il y aura un avant et un après cette grève. Il sera nécessaire de tirer
les bilans du rôle des organisations syndicales à La Poste, de discuter de
quelles priorités se donner pour faire face à la politique d’attaque
systématique contre les droits des postiers de la part de la direction.

La reprise du travail aujourd’hui suite à la satisfaction de nos
principales revendications ne veut pas dire l’arrêt de la lutte. Au
contraire : le comité de grève élu en Assemblée Générale continuera à se
réunir, afin de faire en sorte que les postiers du 92 prennent toute leur
part dans la lutte contre la direction de La Poste.
Nous nous investirons pleinement dans le débat sur le rôle des syndicats
comme outils que doivent se réapproprier les travailleurs, pour faire
gagner les luttes. Cela passera inévitablement par un renforcement des
syndicats.
Durant tout l’été, nous populariserons notre grève et nous chercherons à
susciter le débat sur les leçons à en tirer. Nous maintiendrons les liens
tissés avec les autres postiers et les autres secteurs en lutte, en
particulier avec les intermittents, précaires et chômeurs, que nous
saluons chaleureusement et à qui nous souhaitons de gagner face au
gouvernement. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour les y
aider.

Courbevoie, le 18 juillet 2014

 

 




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