Novembre 16, 2020
Par Jeunes Libertaires Toulouse
265 visites


Ces derniĂšres dĂ©cennies, la Chine est devenue un partenaire commercial incontournable pour l’ensemble des autres puissances mondiales. Aucun continent, aucun ocĂ©an n’échappe Ă  son influence tentaculaire. Tandis que son statut de « manufacture du monde » tombe en dĂ©suĂ©tude au profit de pays plus pauvres comme le Bangladesh, le pays a profitĂ© des annĂ©es 1980 Ă  2017 d’un taux annuel de croissance du PIB de 10 % en moyenne en grande partie grĂące Ă  ses exportations vers l’Occident (en prĂšs de quatre dĂ©cennies, le PIB chinois a Ă©tĂ© multipliĂ© par 37, passant de 305 milliards de dollars en 1980 Ă  12 725 milliards de dollars en 2017 selon l’AFP). Sa forte croissance lui a permis de stocker des capitaux Ă©normes qui ont Ă©tĂ© mis au service du dĂ©veloppement de sa puissance technologique, militaire et industrielle propre Ă  concurrencer les autres Grands du monde. La Chine fait dĂ©sormais arme Ă©gale avec les autres gĂ©ants de la data, de l’informatique, des rĂ©seaux et de l’ensemble des nouvelles technologies de pointe de l’Est asiatique et de l’AmĂ©rique du Nord. Le rĂ©gime chinois ayant gardĂ© ses pratiques socialistes autoritaires, les entreprises chinoises lui sont toutes infĂ©odĂ©es.

Aujourd’hui, la Chine est le plus grand systĂšme concentrationnaire1 au monde. Mais l’entreprise totalitaire2 du Parti Communiste Chinois ne s’arrĂȘte pas Ă  l’internement de tous ses opposants dans « des camps de travail et de rĂ©Ă©ducation ». En effet, la surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e de sa population permise par les nouvelles technologies de l’information entraĂźne la violation de la vie privĂ©e et de la libertĂ© des individus dans le giron du rĂ©gime chinois. L’État chinois tend Ă  s’immiscer dans chaque aspect de la vie de ses ressortissants et de ses opposants. En harcelant les rĂ©fugiĂ©s politiques chinois qui ont fui leur pays, les autoritĂ©s chinoises ont crĂ©Ă© le concept de prison sans frontiĂšres.

En 1951, dans la foulĂ©e de sa victoire finale en Chine continentale contre les rĂ©publicains, la RĂ©publique populaire de Chine conquiert le Tibet et Mao Zedong crĂ©e des camps de rĂ©Ă©ducation par le travail, les laogaĂŻ. Il dĂ©clare : « Le grand nombre de criminels emprisonnĂ©s qui attendent d’ĂȘtre jugĂ©s, constitue une importante force de travail. Pour les rĂ©Ă©duquer, rĂ©soudre le problĂšme de l’encombrement des prisons et ne pas permettre que les contre-rĂ©volutionnaires emprisonnĂ©s soient nourris Ă  ne rien faire ; il faut immĂ©diatement instituer un systĂšme de rĂ©Ă©ducation par le travail ». Selon Harry Wu, le crĂ©ateur de la Laogai Research Foundation, 50 millions de personnes seraient passĂ©es par les camps, 20 millions de personnes y seraient mortes de froid, de faim, de maladies, de fatigue, d’exĂ©cutions sommaires, etc.
Ces camps ont traversĂ© le temps et ont Ă©voluĂ© jusqu’à nos jours. Hartmut Idzko, journaliste et correspondant pour l’Asie de la premiĂšre chaĂźne allemande publique ARD, explique : « Aujourd’hui, il existe prĂšs d’un millier de camps, un dans presque chaque ville chinoise », 4 Ă  6 millions de personnes y seraient internĂ©es3. « Souvent, ce sont des opposants au rĂ©gime et non des prisonniers de droit commun. ». En Chine, 99 % des personnes jugĂ©es sont condamnĂ©es, la police ne se trompe jamais. Les journalistes Ă©tant rĂ©guliĂšrement arrĂȘtĂ©s en Chine, ces informations proviennent surtout de Harry Wu qui a lui-mĂȘme passĂ© 20 ans dans un camp de travail avant de trouver asile aux États-Unis.
Suite aux rĂ©formes Ă©conomiques de Deng Xiaoping, numĂ©ro un du rĂ©gime de 1978 Ă  1992, chaque laogaĂŻ devient en 1983 une entitĂ© Ă©conomique autonome, le directeur de camp est devenu chef d’entreprise. Selon le Manuel de rĂ©forme de procĂ©dure criminelle approuvĂ©e par le Bureau du LaogaĂŻ du ministĂšre de la Justice
chinois « Nos installations du LaogaĂŻ sont Ă  la fois des services de l’État et des entreprises spĂ©cialisĂ©es. ».

Une des rares images accessibles au public de minorités ethniques incarcérées dans la région de Xinjiang en Chine montre des détenus du «centre d'éducation et de formation numéro 4 du comté de Lop» en train d'écouter un discours de « dé-radicalisation », le 7 avril 2018. Photo identifiée par Concerned Scholars of Xinjiang.

Une des rares images accessibles au public de minoritĂ©s ethniques incarcĂ©rĂ©es dans la rĂ©gion de Xinjiang en Chine montre des dĂ©tenus du «centre d’éducation et de formation numĂ©ro 4 du comtĂ© de Lop» en train d’écouter un discours de « dĂ©-radicalisation », le 7 avril 2018.
Photo identifiée par Concerned Scholars of Xinjiang.

En 2006, la Laogai Research Foundation dĂ©nombre 4 000 camps de travail, centres de dĂ©tention et prisons ayant le caractĂšre de laogaĂŻ. Ce nombre est obtenu en prenant en compte des centres de dĂ©tention ayant l’apparence d’usines, de fermes et de mines. PĂ©kin a reconnu officiellement que les marchandises produites dans ces camps rapportaient en moyenne 200 millions d’euros par an4. La production dans ces camps est variĂ©e : thĂ© noir, cĂ©rĂ©ales, piĂšces automobiles, produits chimiques (engrais, poudre noire), ciment, jouets, agriculture (coton, riz, etc.), mais aussi de la production miniĂšre (notamment l’amiante) et Ă©galement de nombreux produits low cost comme les dĂ©corations que l’on retrouve en Occident. De nos jours, on trouve dans ces camps les victimes des campagnes dirigĂ©es contre les activistes tibĂ©tains et ouĂŻghours, les adeptes de la secte du Falun Gong5, et les chrĂ©tiens non dĂ©clarĂ©s. Selon d’autres sources, des militants et des leaders de l’occupation de la place Tian’anmen qui ne se sont pas exilĂ©s Ă  l’étranger ont Ă©tĂ© internĂ©s dans ces camps.
Sur le fonctionnement en interne des camps, la rĂ©munĂ©ration des geĂŽliers, il y a peu d’informations disponibles. On sait que les prisonniers travaillant « mal » sont passĂ©s Ă  tabac, que la torture y est quotidienne et que depuis les annĂ©es 90 le trafic d’organes y est monnaie courante. Toujours selon Harry Wu : « De plus, bien que leur nombre exact soit secret d’État, nous savons que des milliers de ces prisonniers sont exĂ©cutĂ©s chaque annĂ©e, les organes de la plupart Ă©tant recueillis pour fournir 95 % des organes utilisĂ©s pour les transplantations mĂ©dicales en Chine ». D’aprĂšs les deux auteurs canadiens du rapport « Bloody Harvest »6, David Kilgour et David Matas, il y aurait eu 41 500 transplantations d’organes non expliquĂ©es entre 2000 et 2005. Les pratiquants du Falungong, poursuivis par le rĂ©gime depuis 1999, sont la catĂ©gorie de prisonnier la plus touchĂ©e par les prĂ©lĂšvements forcĂ©s d’organes. Les organes volĂ©s sont vendus au prix fort pour rĂ©pondre Ă  la demande de cadres chinois ou de riches demandeurs Ă©trangers. On parle de tourisme de la transplantation.
En dĂ©cembre 2013, les autoritĂ©s chinoises dĂ©clarent abolir les laogaĂŻ en rĂ©formant le systĂšme de « rĂ©Ă©ducation par le travail ». De nombreux experts internationaux Ă©taient sceptiques quant Ă  la volontĂ© du rĂ©gime chinois d’en finir avec ce systĂšme. Nous verrons avec le cas des OuĂŻgours que le temps leur a donnĂ© raison.

Les OuĂŻgours sont une minoritĂ© traditionnellement de confession musulmane. Suite Ă  quelques vellĂ©itĂ©s d’indĂ©pendances, les autoritĂ©s chinoises ont accĂ©lĂ©rĂ© leur politique de sinisation de la rĂ©gion du Xinjiang. Les OuĂŻgours, majoritaires dans la rĂ©gion il y a 60 ans, reprĂ©sentent aujourd’hui moins de la moitiĂ© de la population au profit des Hans (l’ethnie majoritaire en Chine), installĂ©s par le rĂ©gime. Au moins un million d’OuĂŻgours sont internĂ©s dans des camps de travail et de rĂ©Ă©ducation. De plus, l’école, la famille et les rĂ©seaux sociaux sont tout autant investis par la colonisation idĂ©ologique du rĂ©gime chinois. Ainsi se mettent en place les mĂ©caniques d’un gĂ©nocide culturel qui se poursuit par l’intermĂ©diaire du contrĂŽle de toutes les institutions traditionnelles.

GrĂące Ă  une longue enquĂȘte du chercheur allemand indĂ©pendant Adrian Zenz, publiĂ©e en juillet sur Political Risk, on apprend que dĂšs la maternelle, les enfants sont sĂ©parĂ©s de leur famille et envoyĂ©s dans des Ă©coles-prisons pour subir un lavage de cerveau. Le rĂ©gime entreprend de les acculturer aux dĂ©pens de leur culture d’origine. Tous les signes d’appartenance Ă  l’Islam sont interdits, ils doivent manger le pain de PĂ©kin, apprendre le mandarin, les discours de Xi Jinping, des chansons nationalistes et les valeurs du Parti en visionnant les chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision d’État.

Des agents Hans de la sociĂ©tĂ© civile sont implantĂ©s dans les familles. Ils se font appeler « grand frĂšre » ou « grande sƓur ». Ils surveillent et veillent Ă  l’application des directives du rĂ©gime. Certains sont encouragĂ©s, d’aprĂšs l’ONG Human Right Watch, Ă  prendre la place, dans les mĂ©nages, des hommes envoyĂ©s aux camps. « Ils aident [les familles] avec leur idĂ©ologie, en apportant de nouvelles idĂ©es, dĂ©taille un cadre du Parti Ă  Radio Free Asia. Ils leur parlent de la vie, et pendant cette pĂ©riode, ils dĂ©veloppent des sentiments l’un pour l’autre. ». Le viol et le mariage forcĂ© sont ici une mĂ©thode d’assimilation imparable : comment rĂ©sister quand on se retrouve mariĂ© au rĂ©gime ? Dans l’intimitĂ© tous les faits et gestes sont scrutĂ©s. Ces « parents » envoyĂ©s par le rĂ©gime ont tout pouvoir sur leur famille d’adoption ouĂŻgoure, car leurs observations peuvent conduire Ă  l’internement dans les camps. Si leur « famille » ouĂŻgoure refuse de boire de l’alcool, de manger du porc ou si elle montre un attachement trop fort Ă  l’Islam, elle devient immĂ©diatement Ă©ligible Ă  la dĂ©portation. L’ingĂ©rence du rĂ©gime dans la vie de famille ne s’arrĂȘte pas lĂ  : par exemple, Ă  la suite d’un voyage en Turquie (pays Ă  risque dans le cadre de la lutte contre le terrorisme islamique selon la Chine), un cadre du Parti appartenant Ă  l’ethnie ouĂŻgoure trop confiant dans son statut a vu sa femme forcĂ©e de divorcer sous la pression de la police, qui rĂ©sume le dilemme en une phrase : « Si tu aimes ton mari, tu n’aimes pas le Parti ». Les mariages interethniques avec au moins un « Chinois de souche » sont encouragĂ©s Ă  travers des campagnes publicitaires. Ces mariages sont parfois rĂ©munĂ©rĂ©s par les autoritĂ©s qui comptent sur le fait d’avoir internĂ© et sĂ©parĂ© une majoritĂ© d’OuĂŻgours pour faire baisser leur natalitĂ©, car elles considĂšrent ces naissances comme Ă©tant de « basses qualitĂ©s ». Ainsi ils ont supprimĂ© le rĂ©gime d’exception en 2017 qui permettait Ă  la minoritĂ© d’avoir des familles nombreuses. On tend ici vers une forme d’eugĂ©nisme.

Les mosquĂ©es sont dĂ©truites ou leur architecture est changĂ©e pour s’incorporer dans la culture Han. Sur des photos satellites de l’armĂ©e pakistanaise relayĂ©es par France Culture, on constate que sur les dĂŽmes des mosquĂ©es le blanc traditionnel a Ă©tĂ© remplacĂ© par la pierre noire des toits de la culture Han. Shohrat Zakir, chef adjoint du Parti Communiste Chinois (PCC) au Xinjiang rĂ©vĂšle que le gouvernement central a transfĂ©rĂ© 210 milliards d’euros Ă  la rĂ©gion entre 2012 et 2018. C’est le prix de la politique d’assimilation d’un peuple entier. En effet, en plus des camps, des Ă©coles, des fonctionnaires et des campagnes de propagande, le rĂ©gime maintient un contrĂŽle permanent sur chaque citoyen par la technologie et l’espionnage, il a Ă  son service une surveillance policiĂšre high-tech, avec camĂ©ras, vol des donnĂ©es biomĂ©triques, logiciels espions dans les tĂ©lĂ©phones et interdiction de voyager sans
autorisation depuis 2017.

En consĂ©quence de la politique du PCC qui a conduit Ă  l’internement 10 % de la population de l’ethnie en Chine, de nombreux OuĂŻgours s’exilent Ă  l’étranger. Le 3 novembre 2019, le journal LibĂ©ration publie une enquĂȘte Ă©difiante. Les OuĂŻgours en exil en Occident continuent d’ĂȘtre harcelĂ©s par la Chine : colis, messages sur Wechat (l’équivalent de Facebook en Chine), SMS et appels tĂ©lĂ©phoniques. Les services de renseignement chinois, le Guoanbu, entreprennent de terroriser ceux qui sont sortis de leur giron. Ils montrent aux OuĂŻgours qu’ils peuvent les retrouver n’importe oĂč, qu’ils connaissent leur numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone, l’adresse de leur famille en Chine. Ce harcĂšlement touche la quasi-totalitĂ© de la minoritĂ© en exil. Cette intimidation prend une tournure bien cruelle quand les exilĂ©s reçoivent de faux messages de leur famille (en Chine, la minoritĂ© a l’interdiction d’envoyer des colis Ă  l’étranger), ou quand une vingtaine de fois par semaine une voix fĂ©minine enregistrĂ©e en chinois les appelle pour leur dire « Vous avez reçu un colis », ou parfois « vous avez reçu un document important Ă  votre nom », puis « vous devez le rĂ©cupĂ©rer Ă  l’ambassade pour rĂ©gulariser votre situation ». La surveillance ne s’arrĂȘte pas aux frontiĂšres du pays. Chaque perspective d’émancipation individuelle est obstruĂ©e par l’État chinois.

La rĂ©pression au Xinjiang n’est pas cantonnĂ©e aux OuĂŻgours. Les Kazakhs de Chine et les Huis7 chinois, qui Ă©taient traditionnellement plus proches du rĂ©gime dans le contexte colonial local, voient l’étau se resserrer sur eux.
En rĂ©action Ă  l’internement de leur famille chinoise au Xinjiang, des citoyens du Kazakhstan ont manifestĂ© jusqu’à ce que le rĂ©gime chinois libĂšre les citoyens kazakhs ou leur famille chinoise internĂ©e dans les camps. Le rĂ©gime autoritaire du Kazakhstan a laissĂ© faire ces manifestations, sans pour autant retirer son soutien Ă  la Chine. Des hommes d’affaires pakistanais ont retrouvĂ© leurs femmes, aprĂšs un passage dans les camps chinois, lobotomisĂ©es et dĂ©s-islamisĂ©es, mais le pays n’a pas rĂ©agi malgrĂ© les plaintes de ses citoyens. Les États musulmans d’Asie se font remarquer par leur silence et la plupart continuent de soutenir la politique chinoise sur la scĂšne internationale, obĂ©issant aux logiques politiques.
Ce n’est pas le coup d’essai du rĂ©gime chinois dans la gestion meurtriĂšre de ses minoritĂ©s colonisĂ©es. À la suite de l’annexion du Tibet dans les annĂ©es 1950, la population a Ă©tĂ© soumise Ă  une entreprise d’internement, d’acculturation, de dĂ©portation et de colonisation par l’ethnie majoritaire des Hans. L’administration centrale tibĂ©taine (gouvernement en exil du dalaĂŻ-lama) parle de 1,2 million (chiffre polĂ©mique) de morts depuis 1951. Quant Ă  la Chine, elle parle avec cynisme d’une politique de sinisation du Tibet.

Depuis l’étranger, la Chine apparaĂźt comme un monolithe inĂ©branlable. MalgrĂ© la rĂ©pression sanglante de la contestation Ă  Hong-kong, la dĂ©termination des manifestants nous montre l’ampleur de la colĂšre et de l’indignation provoquĂ©es par la violence d’État du rĂ©gime chinois. Il y a chaque annĂ©e en Chine 150 000 Ă©vĂ©nements majeurs d’aprĂšs des chiffres officieux du ministĂšre de l’intĂ©rieur chinois. C’est-Ă -dire des rĂ©voltes, manifestations, insurrections et grĂšves comprenant au moins une centaine de personnes. Depuis le massacre de la place Tian’anmen en 1989 et la rĂ©pression qui s’en est suivie, la majoritĂ© du peuple chinois ronge son frein et le Parti maintient une rĂ©pression gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Seulement une minoritĂ© de privilĂ©giĂ©s profite de la prospĂ©ritĂ© du pays tandis que le reste de la population est Ă©crasĂ©e par la force et par l’idĂ©ologie pour ĂȘtre mise au pas au service de l’économie capitaliste.
Un autre Ă©vĂ©nement rĂ©cent nous montre que le pouvoir de PĂ©kin a des failles. Ce mois de novembre 2019, des nouvelles brĂ»lantes Ă©clatent Ă  la face du monde : un membre de l’establishment chinois transmet anonymement au Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) un ensemble de documents datant de 2017, les « China Cables », prouvant l’entreprise totalitaire au Xinjiang et dĂ©taillant le fonctionnement des camps et de la rĂ©pression. La personne ayant transmis ces informations affirme souhaiter mettre Xi Jinping face Ă  ses responsabilitĂ©s. En effet, en cherchant un peu, on apprend que la direction politique prise au Xinjiang a soulevĂ© de nombreuses critiques au sein de cadres locaux et nationaux en Chine et que tous ceux qui ont Ă©mis des critiques sur la politique du rĂ©gime se sont vus broyĂ©s par le pouvoir central. MalgrĂ© ses mĂ©thodes impitoyables, des voix au sein mĂȘme de son parti se dressent contre Xi Jinping.8
En quelques semaines le nombre de documents et d’articles disponibles sur la situation aux Xinjiang a explosĂ©. La preuve irrĂ©futable de l’ethnocide des OuĂŻgours entraĂźne les États occidentaux, en tĂȘte l’Allemagne, la France et les États-Unis, Ă  rĂ©agir et Ă  dĂ©noncer le rĂ©gime de PĂ©kin. L’Allemagne est un des premiers partenaires Ă©conomiques de la Chine, au Xinjiang ses entreprises d’automobiles sont dĂ©jĂ  engagĂ©es dans des contrats juteux. On peut se douter que la soi-disant morale des « États dĂ©mocratiques » ne survivra pas aux arguments Ă©conomiques. En Afrique, malgrĂ© une dĂ©nonciation du Niger et de nombreux intellectuels du continent, le Togo, la RDC, l’AlgĂ©rie, l’Angola, le Burundi, les Comores, l’Égypte, le Gabon, le NigĂ©ria, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, le Zimbabwe, le Burkina Faso et le Congo-Brazzaville ont rĂ©affirmĂ© leur soutien Ă  PĂ©kin. Les mĂ©thodes chinoises ne donnent pas froid aux yeux aux rĂ©gimes autoritaires africains qui, au contraire des pseudo-dĂ©mocraties occidentales, n’ont pas besoin de faire bonne figure auprĂšs de leur opinion publique.

"Siniser l’enseignement" face Ă  une culture occidentale qui se rĂ©pand en Chine, une prioritĂ© pour le prĂ©sident Xi Jinping. AFP / AFP

« Siniser l’enseignement Â» face Ă  une culture occidentale qui se rĂ©pand en Chine, une prioritĂ© pour le prĂ©sident Xi Jinping. AFP / AFP

Les processus de colonisation, la rĂ©pression des individus et des minoritĂ©s ainsi que la violence sur les citoyens ne sont pas le propre de quelques États. En effet, en concentrant le pouvoir dans quelques mains au service des privilĂ©giĂ©s, l’État donne le pouvoir dĂ©mesurĂ© Ă  ses gestionnaires et Ă  ses diffĂ©rents acteurs de nuire Ă  l’individu et Ă  ses libertĂ©s les plus Ă©lĂ©mentaires (se nourrir, se loger, se dĂ©placer, nouer des liens, etc.). La violence et l’injustice sont inhĂ©rentes au systĂšme politique Ă©tatique, elles sont nĂ©cessaires pour assurer sa pĂ©rennitĂ© et la rĂ©partition inĂ©galitaire des biens et des pouvoirs. Le systĂšme en place est prĂȘt Ă  tout pour se prĂ©server et dĂ©fendre ses prĂ©rogatives.

Les populations chinoises subissent la tyrannie d’un des États les plus dĂ©terminĂ©s Ă  contrĂŽler et Ă  violer chaque aspect de la vie des individus qu’il domine. En cela, le pays est un observatoire privilĂ©giĂ© de la violence d’état dĂ©complexĂ©e. Comme nous l’avons vu, ces mĂ©thodes ne s’arrĂȘtent pas aux frontiĂšres et les nouvelles technologies (rĂ©seaux sociaux, data, gĂ©olocalisation, miniaturisation des appareils d’enregistrement) lui donnent les moyens de rĂ©aliser ses ambitions de contrĂŽle de masse. Ces opĂ©rations de surveillance Ă  grande Ă©chelle ne pourraient se faire sans la complicitĂ© d’autres États et des entreprises avec lesquels le rĂ©gime collabore. Ainsi ce gigantesque drame humain met en lumiĂšre les faces hideuses de tous les ennemis qui restent Ă  combattre au nom de la libertĂ©.

1 : Concentrationnaire : Qui se rapporte aux camps de concentration. On nomme un camp de concentration un lieu fermĂ© de grande taille crĂ©Ă© pour regrouper et pour dĂ©tenir une population considĂ©rĂ©e comme ennemie, gĂ©nĂ©ralement dans de trĂšs mauvaises conditions. Cette population peut se composer d’opposants politiques, de rĂ©sidents d’un pays ennemi au moment de la dĂ©claration des hostilitĂ©s, de groupes ethniques ou religieux spĂ©cifiques, de civils d’une zone critique de combats, ou d’autres groupes humains, souvent pendant une guerre. Les personnes sont dĂ©tenues en raison de critĂšres gĂ©nĂ©raux, sans procĂ©dure juridique, et non en vertu d’un jugement individuel. Le terme est surtout connu par la crĂ©ation de trĂšs nombreux camps par le rĂ©gime nazi. Si les conditions de dĂ©tention dans les camps de concentration nazis menaient de fait Ă  des niveaux de morbiditĂ© et de mortalitĂ© extrĂȘmement Ă©levĂ©s, il faut les distinguer des camps d’extermination.
2 : Totalitaire : L’expression vient du fait qu’il ne s’agit pas seulement de contrĂŽler l’activitĂ© des personnes, comme le ferait une dictature autoritaire classique. Le rĂ©gime totalitaire va au-delĂ , en tentant de s’immiscer jusque dans la sphĂšre intime de la pensĂ©e, en imposant Ă  tous les citoyens l’adhĂ©sion Ă  une idĂ©ologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considĂ©rĂ©s comme ennemis de la communautĂ©.
3: Autres chiffres, selon le travail du sinologue Jean-Luc Domenach dans « Les camps de travail forcĂ©, une “horreur” qui perdure [archive] Tribune de GenĂšve, 3 avril 2018 », en 2017, « cinq Ă  huit millions de chinois seraient dĂ©tenus dans environ 1 000 camps ».
4 : Thierry Sanjuan, Dictionnaire de la Chine contemporaine [archive], Armand Colin, 2006, [ISBN 2200356013 et 9782200356019] p. 386
5 : Le Falun Gong est un mouvement spirituel inspiré du qigong créé par Li Hongzhi. Son enseignement combine la pratique de la méditation, des exercices aux mouvements lents et souples et le travail sur soi.
6 : Rapport ayant été reconnu internationalement et non contesté par la Chine.
7: Originellement des Chinois han islamisés dans les siÚcles passés.
8: Entre les 80 millions de membres du PCC ne rĂšgne pas une entente cordiale. Une guerre impitoyable pour le pouvoir dĂ©termine l’orientation politique du parti et les directions prises depuis l’origine n’ont jamais fait l’unanimitĂ© au sein du Parti. Sur chaque cadre du parti pĂšse la menace d’une purge politique en cas d’un  contrebalancement des pouvoirs.




Source: Jeuneslibertaires.noblogs.org