Août 27, 2022
Par Fondation Besnard
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Le marigot rĂ©visionniste et ce qu’il cache

■ Deux croisĂ©s du rĂ©visionnisme historiographique de droite extrĂȘme – Isabelle Schmitz et Philippe Maxence – viennent de sortir des poubelles oĂč il Ă©tait tombĂ© en Espagne le faussaire Pio Moa, ancien maoĂŻste dĂ©lirant ralliĂ© sur le tard au franquisme et auteur, dans les annĂ©es 2000, de libelles propagandistes de lĂ©gitimation de la « Croisade contre les Rouges Â». Ainsi, dans le numĂ©ro 63 du Figaro Histoire (aoĂ»t-septembre 2022) et sous le titre « Guerre d’Espagne, la mĂ©canique du chaos Â», les deux plumitifs susnommĂ©s lui servent la soupe Ă  la faveur de la publication en français de Mythes de la guerre d’Espagne 1936-1939, grotesque pensum de Pio Moa rĂ©cemment paru Ă  L’Artilleur, officine Ă©ditoriale dont le catalogue – de Bainville Ă  Rioufol ou Philippot et de furieux auteurs climato-sceptiques Ă  d’obscurs croisĂ©s de la chasse aux musulmans – laisse peu de doutes sur les penchants zemmouriens de ses responsables.

Fallait-il, comme « Cerveaux non disponibles Â», faire grand cas de cette affaire au nom de la rĂ©sistance Ă  la falsification et des grands principes antifascistes, ou, comme « Mediapart Â», appeler des historiens brevetĂ©s ou patentĂ©s Ă  la rescousse de la vĂ©ritĂ© au prĂ©texte que le faussaire Pio Moa n’aurait aucun pedigree acadĂ©mique ? Nous n’en sommes pas sĂ»rs. On comprend, certes, l’indignation morale des premiers. Moins la dĂ©marche de « Mediapart Â» qui, ce faisant, semble ignorer – ou minimiser, ou approuver – le rĂŽle que joua l’Alma Mater dans la reconfiguration mĂ©morielle de ladite « transition dĂ©mocratique Â».

Pour nous, Pio Moa est un crĂ©tin polygraphe doublĂ© d’une canaille politique qui a recyclĂ© toutes les saloperies franquistes en les prĂ©sentant comme des dĂ©couvertes propres. Il a servi Ă  faire diversion en un temps oĂč plus personne ne lisait la vieille historiographie nationale-catholique. Aujourd’hui il ne sert plus Ă  rien en Espagne oĂč ses livres sont soldĂ©s Ă  vil prix dans toutes les brocantes du pays. Que des artilleurs zemmouriens l’éditent en français et que des zĂ©lotes de la vraie droite nationale s’en fassent les propagandistes ne nous indignent mĂȘme pas. Ils sont dans leur rĂŽle avec vingt ans de retard, ce qui est plutĂŽt rassurant.

Cela dit, l’occasion est bonne de partir de cet Ă©piphĂ©nomĂšne pour rĂ©examiner par quels mĂ©canismes et Ă  partir de quels dispositifs, la « transition dĂ©mocratique Â» socialo-libĂ©rale vers le MarchĂ© s’entendit Ă  merveille, avec la complicitĂ© des mĂ©dias progressistes et de l’Alma Mater, pour en finir avec la rĂ©volution sociale de juillet 1936 et l’immense rĂȘve Ă©mancipateur qui la porta.

C’est dans cette perspective qu’il nous a semblĂ© utile de republier l’analyse de Freddy Gomez – « Soubresauts d’une histoire sans fin Â» –, oĂč est Ă©voquĂ© marginalement (c’est-Ă -dire Ă  sa juste place) le rĂŽle que l’establishment postfranquiste attribua au « crĂ©tin politique Â» Pio Moa dans ce jeu de dupes. Ce texte fut publiĂ© dans la revue (papier) À contretemps, n° 27, pp. 3-6, janvier 2007.

Bonne lecture !

– À contretemps –




Source: Fondation-besnard.org