Dans la foulĂ©e du G7 de Biarritz, du 5 au 7 septembre dernier se tenait Ă  Brest le G7 des parlementaires, organisĂ© par richard ferrand, prĂ©sident de l’assemblĂ©e nationale et conseiller rĂ©gional de Bretagne. Au-delĂ  de la symbolique autoritaire (bloquer la ville, rameuter sa fanfare de keufs Ă  tous les coins de rue,..), les prĂ©sidentEs de parlement des 7 plus grandes puissances du monde dĂ©blatteraient autour de petits fours sur la gestion des peuples et des ocĂ©ans [1].


À Brest, plusieurs actions contre le G7 se sont tenues durant la pĂ©riode. La premiĂšre manif du 4 septembre dĂ©boula sur l’occupation d’un grand bĂątiment qui servirait de sleeping et oĂč se tiendraient les AG quotidiennes. Malheureusement, il sera expulsĂ© le 5 aprĂšm, quand la plupart des gentes Ă©taient sur une autre action annoncĂ©e, Ă  l’autre bout de la ville.

Je vais passer sur tout ce qui s’est passĂ© comme actions et tentative d’actions
 J’ai bien envie de me focaliser sur le souvenir de la ballade, manif festive qu’en Ă©tait pas trop une, partie de ballon gĂ©ante, grande course folle du 6 septembre ; autrement appelĂ©e sur le coup « Le Grand Jeu Â».

Alors que l’hyper centre (de Siam Ă  LibertĂ©) et le tĂ©lĂ©phĂ©rique (moment touristique au-dessus des install’ de la marine oblige..) Ă©taient interdit [2] aux gentes Ă  cause de la rĂ©union des parlementaires Ă  l’hĂŽtel de ville ; y a eu l’envie d’occuper la rue avec un grand jeu dans toute la ville.

J’explique la foll’aventure pour qu’on y comprenne un peu mieux : 4 Ă©quipes (youpi ! de la compĂ©tition !) courent dans toute la ville avec diffĂ©rentes « missions Â» par Ă©tape : ĂȘtre la 1re Ă  arriver toute ensemble Ă  tel endroit (tous moyens confondus : courses, tram,..) en ayant gonflĂ© son ballon gĂ©ant et avec un nom de team ; sur un point fixe de la ville (ici, une structure architecturale dĂ©gueulasse qui a coĂ»tĂ© un bras),




se faire 10 passes de ballon par Ă©quipe sachant que les Ă©quipes adverses peuvent les empĂȘcher ; marquer des buts dans une vitrine de banque fermĂ©e ; marquer dans un magasin ouvert et rĂ©cupĂ©rer son ballon ; ĂȘtre l’équipe qui affichera une banderole le plus haut visible depuis la gare,.. Et faire participer un maximum de piĂ©tonNEs au jeu si iels le veulent. Tout ça, en musique !

MĂȘme si ça a l’air de rien, et qu’au dĂ©but ça avait l’air pas ouf du tout, dans un contexte de dĂ©faite suite Ă  l’expuls’, la fatigue accumulĂ©e et le sentiment de faiblesse dans un rapport de force inexistant avec le G7, cette drĂŽle de course m’a bien requinquĂ© ! Le bon nombre que nous Ă©tions en rouge, jaune, bleu et vert Ă  courir en masse d’un point Ă  un autre en s’encourageant, en s’entraidant dans l’équipe et en Ă©tant attentives les unes les autres Ă  pu donner une bonne bouffĂ©e d’oxygĂšne sur l’attitude sĂ©rieuse et stressĂ©e des derniers jours. J’avoue, ç’aurait peut-ĂȘtre donnĂ© quelque chose d’autre si y avait pas cette idĂ©e de compĂ©tition entre les Ă©quipes – mais prĂ©texte un peu bidon, j’ai l’impression, puisque les points n’étaient pas comptĂ©s au final ! Et tout en Ă©tant prĂ©sentEs dans la rue, ça a pu dĂ©placer l’attention sur notre drĂŽle de course effrĂ©nĂ©e, plutĂŽt que sur l’hypercentre rigide et inaccessible. Et ça a souventefois Ă©tĂ© prĂ©texte pour laisser l’espace Ă  des critiques sur le G7 ou Ă  differ des tracts pour la manif du lendemain.

En cette pĂ©riode de confinement rĂ©pandu, ce souvenir fait pas mal sens pour moi. En fait, Ă  ce moment-lĂ , j’étais loin d’imaginer qu’on arrive Ă  ce stade de confinement un jour, au point d’avoir peur de… sortir de chez soi et descendre dans la rue ! Aujourd’hui, la peur (du corona, des flics, des amendes,..) empĂȘche un bon nombre d’entre les gentes de sortir, les rĂ©unions militantes se font parfois sur internet pour ces mĂȘmes raisons (pas toujours, hehe !), tout le monde tire la gueule avec des distances de sĂ©curitĂ© et d’individualisme pire que d’habitude dans le mĂ©tro [3], quand tu sors avec ton attest’ et que tu zieutes partout autour de toi pour Ă©viter les flics en uniforme, la BAC ou les voisinEs poukaves (comme si sortir de chez soi Ă©tait devenu une action). C’est dingue d’imaginer qu’on puisse accepter ça sans trop sourciller – mais ça va, hein, y a plein de bouquins et de films « militants Â» gratos sur les internets pour nous anesthĂ©sier. Super.


Mais que crĂšve le confinement imposĂ© et dĂ©responsabilisant et tout le contrĂŽle qui va avec ! Tu veux vraiment que je fasse un papier « J’atteste sur l’honneur que je demande l’autorisation pour sortir de ma cage Ă  telle heure Â» aux flics, aprĂšs avoir Ă©tĂ© dĂ©tecté·e par camĂ©ra ou par drĂŽne ? Comme si j’étais pas capable de respecter seul·e des mesures d’hygiĂšne en cas de contamination du virus ! Formidable terrain d’expĂ©rimentation sociale pour la sociĂ©tĂ© technopoliciĂšre, soit dit en passant..

À l’heure oĂč l’imaginaire de toute subversion semble kĂ©blo pour beaucoup d’entre les gentes, circulent ici ou lĂ  des outils (infotraflics, partages de planques dans la rue ,..) pour continuer les activitĂ©s qui nous portaient avant le (non)confinement (tout en respectant les limites des gentes en termes de contamination [4]) et s’opposer au pouvoir qui, par le biais de son Ă©tat d’urgence sanitaire, exacerbe les inĂ©galitĂ©s sociales Ă  travers le confinement et renforce plus que jamais son contrĂŽle sur les gentes. [5] Un gros big up Ă  celleux qui s’arrĂȘtent pas d’attaquer le systĂšme, malgrĂ© le confinement ! [6]

Faire des retours sur l’extĂ©rieur Ă  celleux qui sortent peu afin d’attĂ©nuer la peur issue du combo BFM/internet (selon les risques qu’iels sont prĂȘtes Ă  prendre – rapports aux keufs, etc) et Ă©changer sur les failles possibles aux attest’ en cas de contrĂŽle ; avoir des Ă©changes avec celleux qui sont dĂ©jĂ  dans la rue via des tractages ou des cantines ; continuer sa vie ; prĂ©fĂ©rer des occupations de rue plus mouvantes et Ă©claires tels que des « grands jeux Â», des courses folles en musique, des parties de foot, etc. De bons moyens (mais pas des finalitĂ©s !) de montrer qu’on n’est pas toutes paralysé·es et obĂ©issantEs durant le confinement.


Article publié le 02 Avr 2020 sur Brest.mediaslibres.org