Juin 6, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Suite Ă  une erreur de manipulation, l’article “Sortez monsieur !” paru dans le Monde libertaire de juin a Ă©tĂ© tronquĂ© de sa conclusion forcĂ©ment nĂ©cessaire. Voici donc l’article dans son intĂ©gralitĂ©. Le CRML

S’occuper de ses affaires, cela peut consister Ă  faire passer l’engagement politique avant le confort nĂ©cessaire – serait-il financier – qu’on tire d’un statut, d’une situation. Par exemple, en tant que simple employĂ©, pourquoi ne pas mettre Ă  la porte un salaud de capitaliste, lui voler dans les plumes, lui exploser Ă  la figure ? Le tĂ©moignage suivant, recueilli par la liaison William Morris de la FĂ©dĂ©ration Anarchiste, en propose un exemple Ă©difiant. Mais laissons la parole Ă  notre interlocuteur, qui pour des raisons Ă©videntes a prĂ©fĂ©rĂ© garder l’anonymat


Vous viendrez me voir Ă  11h
Le 27 mai 2018, les intervenants externes de l’école privĂ©e parisienne en redressement judiciaire oĂč j’officiais comme enseignant Ă©taient exaspĂ©rĂ©s. En cause : les dĂ©couverts bancaires, l’hypothĂšque de la vie quotidienne, le mĂ©pris et la manipulation morale et psychologique pratiquĂ©s par la gĂ©rante de l’école, qui, tout en rĂ©glant au compte-goutte les factures d’honoraires des intervenants, Ă©voquait Ă  n’en plus finir le pouvoir financier d’hypothĂ©tiques repreneurs, avant d’ajouter sournoisement : « Mais je comprendrais que vous partiez. »
Le lendemain, alors que mes Ă©lĂšves et moi-mĂȘme nous trouvions en plein cours, une personne entrouvre sans frapper la porte de la salle de classe.
– Monsieur X. ?
– Oui, bonjour.
– Vous viendrez me voir à 11h.
– Qui ĂȘtes-vous, madame ?
– La nouvelle directrice de l’école

Je reconnais alors cette personne qui depuis plusieurs mois dĂ©jĂ  visite les lieux, les locaux dirons-nous plutĂŽt, accompagnĂ©e de son Ă©poux, sans jamais saluer aucun des professeurs ; cette personne dont il se dit qu’elle est cette « repreneuse » susceptible d’apurer les comptes dĂ©ficitaires de l’école, mais qui se rĂ©cuse nĂ©anmoins quant Ă  la possibilitĂ©, avant l’adoption officielle d’un quelconque plan de reprise, de verser de quoi soulager la situation financiĂšre difficile des intervenants externes, et d’acheter du papier A4 pour la machine Ă  photocopier, et des feutres de couleur pour les tableaux des salles de classe, et du papier hygiĂ©nique pour les toilettes


PiÚce « Boulevard du boulevard du boulevard » au Théùztre du Rond-Point.

Sortez, monsieur !
Alors, Ă  ce moment-lĂ , en plein cours :
– Qui ĂȘtes-vous, madame ?
– La nouvelle directrice de l’école. Vous viendrez me voir Ă  11h.
– Non.
Et le ton est montĂ©, et l’échange s’est envenimĂ©. La nouvelle directrice de l’école a insistĂ©, j’ai persistĂ© moi-mĂȘme et, comme je lui demandais de nous laisser travailler, elle m’a sommĂ© de sortir, de la salle de classe d’abord, puis de l’établissement : « Je ne faisais plus partie de l’équipe. »
Comme je m’étais levĂ© pour aller refermer la porte, tout en en serrant fort la poignĂ©e : « Paul ! Paul ! se met-elle alors Ă  crier. Le monsieur veut me frapper ! »
Le temps que l’appelĂ© Paul arrive, mes Ă©lĂšves se sont indignĂ©s contre cette fausse accusation. C’est son Ă©poux. « Qu’est-ce qu’il se passe, ici ? » demande-t-il d’une voix thĂ©Ăątrale. S’ensuivent des rĂ©pliques telles que : « Bien sĂ»r que je suis la directrice de l’école ! J’ai achetĂ© une action ! » Ou bien, d’une voix forte et Ă  plusieurs reprises, tout en cherchant Ă  m’impressionner physiquement : « Sortez, monsieur ! Quittez l’établissement ! »
Je rĂ©clame alors en vain l’argent qui m’est dĂ» Ă  la nouvelle directrice de l’école (les factures d’honoraires en retard des intervenants externes seront rĂ©glĂ©es l’étĂ© suivant) ; et aprĂšs un bref passage dans le bureau du directeur, oĂč tandis que le mari hurlait en frappant des deux mains Ă  plat sur le bureau, la femme (qui n’avait donc encore signĂ© aucun plan de reprise officielle, on l’aura compris) me filmait avec son smartphone, je sors de scĂšne. Un vrai cirque.

Par ici, la sortie
Une demi-heure aprĂšs, au cafĂ© situĂ© Ă  l’angle de la rue du Bac et de la rue de l’UniversitĂ©, la police ayant Ă©tĂ© appelĂ©e, elle a constatĂ© : l’attachement pour moi de mes Ă©lĂšves, avec lesquels j’entretenais une relation intellectuelle de respect et d’attachement mutuel ; les injures du futur repreneur Ă  mon encontre (« Sale petit con ! ») ; la violence du futur repreneur en direction de mon Ă©pouse, elle-mĂȘme intervenante Ă  l’école : « Vous ne faites plus partie de l’équipe non plus ! » rĂ©pĂ©tait-il, le doigt pointĂ© vers elle, sans savoir qu’il parlait de lui-mĂȘme ; la conduite injurieuse de la nouvelle directrice de l’école Ă  mon endroit : « Je vais dĂ©poser plainte pour agression physique
 » – ce Ă  quoi l’une de mes Ă©lĂšves (de quinze ans) n’a pu faire autrement que de lui rĂ©torquer en riant (amĂšrement, certes) : « Vous ĂȘtes une sale menteuse, madame ! »
Cinq jours plus tard, ceux que nous appelions dĂ©jĂ  les « ex-futurs directeurs de l’école » retiraient leur offre de rachat. Un autre repreneur l’emportera ensuite. C’est un bon capitaliste aussi, il fait partie d’un groupe, mais au moins il respecte l’histoire de l’école et l’enseignement spĂ©cialisĂ© qu’on y prodigue, quand les autres programmaient de supprimer des classes et des niveaux, de mettre un terme Ă  l’alternance, et, bien sĂ»r, d’augmenter les frais d’inscription


Stéphane L. Polsky,
Liaison William Morris (Paris) de la Fédération Anarchiste




Source: Monde-libertaire.fr