Juillet 19, 2022
Par Collectif Emma Goldman
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On assiste à un développement chaotique de banlieues autour de Montréal et des grandes villes (Saguenay n’est pas en reste soit dit en passant). Les quelques règles en place, sensées établir un minimum de planification dans ces chantiers, sont détournées avec l’assistance et la complaisance des élites municipales. Sur le plan environnemental, on nous parle de “développement durable” alors que la croissance économique prime toujours sur la préservation des écosystèmes. La “carboneutralité” sert actuellement les promoteurs. Ils détruisent des milieux naturels et prétendent ensuite compenser ces dommages en plantant des arbres, c’est-à-dire en créant des zones boisées totalement artificielles. C’est tout simplement de l’écoblanchiment.

À Sorel-Tracy, la Coalition Eau Nature Air Purs (CENAP) s’active actuellement à dénoncer l’accaparement de plusieurs dizaines d’hectares de milieux naturels du secteur par les promoteurs immobiliers et des firmes de la finance. Dans ce corridor de forêt qui relie les îles de Sorel au coeur de la région, on retrouve des marécages, des plaines humides, des ruisseaux et toute une faune dont la survie dépend de l’ensemble de cet écosystème. “Sorel-Tracy est en train de devenir la troisième couronne de Montréal”, dénonce un membre de la CENAP en entretien avec Le Devoir. Les multiples méga-projets de développement immobilier sur ce territoire passent actuellement sans peine les étapes de leur approbation auprès des autorités municipales même si des milieux humides sont en jeu. Certains promoteurs prévoient préserver de toutes petites parties de ceux-ci sur les terrains qu’ils ont acheté, traitant le reste de vulgaire “broussaille”. Ils prétendent que les petites enclaves naturelles, entourées de béton, suffiront à préserver le poumon vert de la ville. Il n’est pourtant pas difficile d’imaginer la contamination de celles-ci par le ruissellement des eaux des rues et des maisons. Aussi, comment pourra survivre la faune dans ces milieux compartimentées où il sera périlleux pour les animaux de passer de l’un à l’autre? Des effets sont même à prévoir sur le plan de l’eau potable avec les eaux souterraines qui pourraient ne plus suffire à la demande alors que des points d’eaux de surface feront place à l’asphalte.

On a horreur du fatalisme, mais il faut prendre conscience que si l’on empêche pas les bulldozers du système capitaliste de passer, c’est un monde invivable que nous produisons. Les technocrates et les milieux des affaires pensent la conservation de l’environnement dans la mesure où celle-ci répond à leurs intérêts économiques. La seule véritable planification de l’utilisation humaine du territoire et de la satisfaction des besoins de la population doit provenir d’en bas – c’est-à-dire être décidé collectivement par les “gens ordinaires”, sans titre, simples habitants et habitantes des territoires, membres des Premiers Peuples et militants et militantes de la base. Dans de véritables assemblées de démocratie directe, la pyramide sera inversée : ce ne sera plus les plus riches et la classe politique à leur solde qui monopoliseront les prises de décision les plus importantes, mais les gens qui réfléchiront et choisiront ensemble pour leur présent et leur avenir commun. La crise écologique est inséparable de la crise sociale avec ses inégalités sans cesse croissantes et ses rapports de domination. Il faut faire des barricades pour ouvrir la voie à un monde vivable.

Serge




Source: Ucl-saguenay.blogspot.com