28 novembre 2025
Par Le Monde Libertaire (source)
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Ah ! Le mythe de la France éternelle ! Les historiens se mobilisent sur cette question, même si le thème des Journées de l’Histoire de Blois sur cette année avait pour titre : La France ? Une grande prudence dans le point d’interrogation atteste d’un sérieux dans l’analyse, rien à voir avec la récupération politicienne de la notion. Jean-Paul Demoule, universitaire, archéologue et préhistorien aborde la question dans son livre La France éternelle, une enquête archéologique publié aux éditions La Fabrique.

Doit-on adhérer à l’affirmation du général de Gaulle considérant que cette France viendrait du « fond des âges » dotée d’une identité et de racines immuables ? La formation de Jean-Paul Demoule lui permet de s’extraire des caricatures et des anathèmes. Il nous entraîne dans douze chapitres nuançant les affirmations systématiques. Un ouvrage très agréable à lire, une invitation à la découverte, à se rendre sur les lieux.

La France des Gaulois ??
Avant même de s’intéresser à la France, il convient de s’interroger sur la « naissance » de l’humanité. En millions d’années ? Depuis l’âge probable de Lucy ? Et sur le territoire français, 500 000 ans ? Dans la grotte de Vergranne (Jura), celle de Tautavel (Pyrénées Orientales) ? Les espèces humaines sont affichées en 1855 sous la formule Hommes préhistoriques. Ces pages sont passionnantes notamment dans leur dénonciation objective de la notion de race. Nous suivons la « France » du néolithique des chasseurs cueilleurs aux agriculteurs. Et les Gaulois ? Sortons des clichés alimentés par Cicéron et César. Il faudrait plutôt les appeler les Celtes à la civilisation bien plus évoluée que ce que nous croyons. Les frontières n’existaient pas, la rupture culturelle est forte avec la colonisation romaine. Sur l’aspect religieux, cette France chrétienne reste à relativiser, il faudrait attendre le Moyen-Age.
Autre caricature : les invasions barbares entre 300 et 700 de notre ère. Rien à voir avec les tableaux pompiers montrant les hordes déferlantes, les alliances se créent, les populations s’entremêlent. Il n’y a pas de France, encore moins nationale. Le Moyen-Age est bien plus riche intellectuellement que la vision donnée par les romantiques, et ce grâce à l’influence arabe qui ne s’est pas arrêtée à Poitiers en 732 mais se maintient en Provence jusqu’en 973 tout comme l’implantation de Vikings en Normandie. La langue française s’enrichit de ces échanges. Elle ne trouve pas sa source exclusive dans le latin (lequel d’ailleurs ?). Jean-Paul Demoule reprend quantité de mots introduits par ces populations.

L’identité nationale, une construction du 19ème siècle
A la veille de la Révolution française, la France est plutôt une mosaïque de peuples avec langues, cultures, droits… Le 19ème siècle est celui où s’est construit l’Etat-Nation, les pouvoirs publics ont imposé une identité nationale avec l’école, La Marseillaise. Mais le territoire hexagonal évolue en permanence au gré des guerres sans oublier la République coloniale, la sinistre conquête de l’Algérie, de l’Afrique Occidentale française, l’Afrique Equatoriale française et plus globalement l’Empire colonial…
Au fil du temps, une histoire se crée, elle traduit une vision des responsables de ces époques, elle reconstruit parfois. La Révolution française vue par Michelet est aux antipodes de la perception qu’en a le régime de Vichy. Et dans ce 20ème siècle, une identité nationale ? Les brassages de population sont encore plus nets, les mœurs évoluent, l’économie, les techniques s’internationalisent, tout comme les idées. N’y a-t-il qu’une catégorie d’habitants ? Pour reprendre la question de Jean-Paul Demoule, « N’y aurait-il pas plusieurs manières d’être française ou français ? » Qu’est-ce qui définit une nationalité ? La construction de l’esprit français ne cesse de s’enrichir au-delà du sentiment d’appartenance cher à Ernest Renan. L’historien Lucien Febvre écrivait en 1950, un livre Nous sommes des sang-mêlés et titrait un article dans la revue Les Annales, « Que la France se nomme diversité ». Jean-Paul Demoule énonce en fin d’ouvrage différentes hypothèses sur l’avenir… Nous verrons. J’insiste sur la lisibilité du texte, les faits, les arguments énoncés sans caricature, la logique entre les chapitres, la richesse de la bibliographie. Cet ouvrage répond bien à l’ambition de Jean-Paul Demoule, « contribuer aux indispensables débats en cours, en opposant aux fantasmes la stricte réalité des faits historiques ».

• Jean-Paul Demoule
La France éternelle,
Une enquête archéologique

Ed. La Fabrique, 2025






Source: Monde-libertaire.net