Octobre 11, 2021
Par Brest Media Libre
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Parmi toutes les constructions idĂ©ologiques imposĂ©es par les classes dominantes depuis des siĂšcles, la notion de « races Â» reste l’une de celles qui font le plus de ravages. Si les races n’existent pas, le racisme, lui, est pour des millions de gens une rĂ©alitĂ© quotidienne. Une rĂ©alitĂ© contre laquelle il faut tous et toutes lutter. Mais une rĂ©alitĂ© dont l’ampleur et la brutalitĂ© restent sous-estimĂ©es par beaucoup parce qu’on ne les subit de la mĂȘme façon. Selon l’étiquette avec laquelle on peut ĂȘtre catĂ©gorisĂ© (« noir Â», « arabe Â», « juif Â», « blanc Â»…), les difficultĂ©s rencontrĂ©es dans tous les actes de sa vie et tout au long de celle-ci ne seront pas les mĂȘmes. Un truc aussi con, aussi banal que la couleur de l’épiderme conditionne totalement ce qu’un ĂȘtre humain va devoir encaisser, et Ă  un niveau dont il est difficile de prendre conscience quand on ne le vit pas directement et en permanence.

La nĂ©cessitĂ© de rĂ©sister collectivement face Ă  la pression toujours plus pesante des discriminations et de l’exploitation n’est pas nouvelle. La difficultĂ© Ă  capter ce qu’encaissent les autres non plus : il n’a jamais Ă©tĂ© simple, mĂȘme quand on essaie, de prendre la mesure de ce que l’on ne connaĂźt pas dans sa chair. Il en va ainsi pour toutes les formes de sĂ©grĂ©gations, qu’elles soient sociales, sexistes, homophobes ou autres. Qui n’a jamais errĂ© sans savoir oĂč dormir aura bien du mal Ă  ressentir un minimum ce qu’endure un SDF. Un mec pourra toujours (ce qui n’en reste pas moins nĂ©cessaire) tenter d’imaginer la tension permanente liĂ©e au fait de subir sans cesse le harcĂšlement, la phallocratie, le mĂ©pris de mĂąles dominateurs… de lĂ  Ă  vraiment en saisir l’intensitĂ©, c’est une autre affaire. Et le problĂšme devient Ă©videmment encore pire quand les oppressions se superposent.

Mais, avec la montĂ©e en puissance ces derniĂšres dĂ©cennies de l’individualisme, du consumĂ©risme, du repli sur soi, avec la pression des rĂ©seaux dits sociaux qui transforment des relations humaines en spectacle virtuel, avec la systĂ©matisation de la mise en compĂ©tition de tous contre tous, les sĂ©parations artificielles entre humains se sont creusĂ©es et la capacitĂ© Ă  apprĂ©hender le quotidien des autres s’est encore dĂ©gradĂ©e. EpuisĂ©es par la gĂ©nĂ©ralisation du fatalisme, par la fragmentation du prolĂ©tariat en diffĂ©rentes identitĂ©s, par l’atomisation des luttes sociales supplantĂ©es par un dĂ©faitisme isolateur, les dynamiques de solidaritĂ© Ă©mergent moins facilement. Et les possibilitĂ©s de prendre la mesure des diverses formes d’oppression se rarĂ©fient.

Cet affaiblissement des luttes de terrain se traduit par une perte de lieux et de moments pour discuter, Ă©changer, apprendre Ă  se connaĂźtre, partager les vĂ©cus, rĂ©duire les incomprĂ©hensions. Autant d’occasions en moins de faire voler en Ă©clats le cadre figĂ© d’un quotidien gĂ©nĂ©rateur de repli individualiste. Car ce n’est pas sur les rĂ©seaux sociaux, mais sur le terrain, en se rencontrant directement, en tchatchant, en s’engueulant (pas trop), en se rĂ©conciliant, en s’embrassant (beaucoup), en encaissant des coups (pas trop), en les rendant ensemble et en en buvant (beaucoup) que se crĂ©e du commun et une intelligence collective capable de menacer les fondements de cette sociĂ©tĂ© fonciĂšrement inĂ©galitaire. L’Etat, qui l’a compris, rĂ©prime au plus vite toute tentative d’occupation qui permettrait de s’auto-organiser.

Si, depuis 2016 et les cortĂšges de tĂȘte, il existe Ă  nouveau des moments forts d’explosion sociale, les consĂ©quences de la tendance gĂ©nĂ©rale au recul des luttes de terrain se font nĂ©anmoins sentir sur le quotidien comme sur le temps long. Les occases pour se rencontrer, partager des points de vue, construire du commun, mĂȘler des expĂ©riences et s’organiser hors des logiques de parti restent trop rares.

Pire cet essoufflement laisse la place Ă  un vide peu Ă  peu occupĂ© par une multitude de dĂ©marches rĂ©formistes voire institutionnelles qui s’empressent de le combler Ă  leur maniĂšre. Le constat de l’essor, dans les mĂ©dias comme dans les facs, de thĂšmes liĂ©s Ă  diverses formes de sĂ©grĂ©gation aurait pu inciter Ă  se rĂ©jouir. Pourtant une question s’impose  : quand elle n’est pas purement rĂ©actionnaire, leur approche, qu’elle soit droit-de-l’hommiste, condescendante ou politiquement correcte, permet-elle de cerner la rĂ©alitĂ© de la domination  ? CantonnĂ©e au spectacle, au virtuel, elle crĂ©e du sensationnel, du misĂ©rabilisme, de l’artificiel catĂ©gorisĂ© selon leurs grilles d’analyse. Mais comment peut-elle aider Ă  ressentir, Ă  comprendre ce que peuvent encaisser des personnes victimes de discrimination  ? Quid du lien social  ?

Universitaires comme journalistes, formĂ©s pour faire entrer les humains dans des cases, prĂ©sentent une fĂącheuse tendance Ă  reproduire avec une arrogance pĂ©remptoire les schĂ©mas que l’institution leur a inculquĂ©s. Leur statut de « â€ˆsachants  Â» leur servant Ă  prĂ©senter publiquement leurs modĂšles comme vĂ©ritĂ© incontestable, certains se font forts de dĂ©finir des identitĂ©s avec lesquelles ils nous trient, nous enferment, nous rĂ©duisent Ă  l’état d’objets d’études ou de bĂȘtes de spectacle. Se pensant investis pour assigner d’office Ă  chaque humain une catĂ©gorie et un comportement figĂ© associĂ© Ă  cette case de façon dĂ©finitive, ils nous emmurent dans un cadre hermĂ©tique. Et, s’il y a une chose que leur systĂšme ne peut admettre, c’est que l’on ose briser ses frontiĂšres et dĂ©roger Ă  ses rĂšgles. Comme toute structure visant Ă  asseoir sa normalitĂ©, il peut difficilement tolĂ©rer celles et ceux qui oseraient chevaucher ses diffĂ©rentes catĂ©gories, ou pire ĂȘtre indĂ©finissables.

En phase avec la vague atomisante de l’individualisme consumĂ©riste, leurs modĂšles ne supportent pas non plus les expĂ©riences de rĂ©sistance collective et encore moins l’esprit critique qui peut y naĂźtre. Ils tendent Ă  les remplacer par des rapports de mĂ©diation dans lesquels la vĂ©ritĂ© et notre quotidien nous sont expliquĂ©s par de prĂ©tendus dĂ©tenteurs du savoir qui n’aspirent qu’à nous lobbyser.

Si le moule des hautes Ă©tudes ne parvient pas toujours Ă  formater les esprits, on ne s’étonnera pas de voir des universitaires ou des penseurs de gĂŽche compatibles avec l’idĂ©ologie sociale-libĂ©rale poser sur les plateaux tĂ©lĂ© et dans des revues. Rien de surprenant Ă  ce qu’ils y rĂ©citent leur catĂ©chisme institutionnel ou y vendent leurs pseudo-solutions rĂ©formistes. Ils y prĂ©conisent d’amĂ©nager la persĂ©cution avec de « nouveaux droits Â» catĂ©goriels dĂ©finis en fonction des identitĂ©s qu’ils nous imposent, avec un nouveau moralisme judĂ©o-chrĂ©tien, avec de nouveaux guides, eux en l’occurrence, mais pas de s’attaquer aux racines de la domination… Au moins font-ils preuve d’une certaine cohĂ©rence : assurĂ©ment rĂ©volutionner ce monde n’est pas leur but. Leurs discours parquant les exploitĂ©s dans des rĂŽles prĂ©dĂ©finis de victimes incapables de remettre en cause les fondements de cette sociĂ©tĂ© ne visent clairement pas Ă  Ă©branler le modĂšle Ă  la base de l’asservissement.

Pourtant, avec leur cĂŽtĂ© donneurs de leçons de morale, ils ne manquent jamais d’afficher un certain radicalisme de façade. Il suffit qu’ils fassent le buzz en prenant le contre-pied publiquement d’une crevure rĂ©actionnaire connue, et c’est parti : la logique binaire du spectacle fait qu’ils entraĂźnent dans leur sillage idĂ©ologique des gens sincĂšres mais happĂ©s par le rouleau compresseur mĂ©diatique et trop pressĂ©s de voir les rĂ©acs enfin mouchĂ©s sur les Ă©crans.






NĂ©o-Torquemada

Les Facebook, Twitter et autres réseaux fascinées par le gore, les bourreaux ou leurs victimes ne sont pas en reste. Reproduisant à son tour ce spectacle dans une version démocratisée, la Toile regorge de cyberjusticiers assénant à leur maniÚre ce catéchisme missionnaire dans des shows tant moralisateurs sur la forme que réformistes sur le fond.

RetranchĂ©s derriĂšre leur clavier, ils pourchassent sans relĂąche les comportements suspects de dĂ©viance par rapport Ă  l’ordre moral qu’il veulent imposer. Peu importe les ressorts jouant sur des rĂ©flexes nausĂ©abonds, ils fouillent, ils Ă©pluchent les propos de tout un chacun afin d’y dĂ©celer le Mal.

Or, quand un commissaire politique le veut, il trouve. Il n’a qu’à interprĂ©ter Ă  charge. Peu importe qu’un fait, qu’une intention ne soient pas avĂ©rĂ©s, il suffit que ça puisse ĂȘtre Ă©ventuellement vrai. Le dĂ©clarĂ© « â€ˆcoupable  Â» sera dĂ©noncĂ© et lynchĂ© en place publique en moins de temps qu’il n’en faut pour vĂ©rifier la vĂ©racitĂ© des accusations. Peu importe, il faut des victimes expiatoires, il faut des exemples. Ça aura toujours une fonction pĂ©dagogique. Autre arme pour les nĂ©o-Torquemada : pousser toujours plus loin la liste des attitudes suspectes, Ă©tablir encore plus d’interdits, de rĂšgles rigoristes prĂ©sentĂ©es comme indiscutables.

Bien sĂ»r, la propagation d’idĂ©es racistes, sexistes, homophobes doit partout ĂȘtre combattue sans relĂąche. La question n’est Ă©videmment pas de savoir s’il faut, ou non, s’attaquer Ă©nergiquement Ă  ces maux, elle est : comment ? Comment saper leurs fondements ? Comment ne pas reproduire des formes d’aliĂ©nation ? La question est de s’interroger sur ce que produit une chasse aux sorciĂšres dont la justice intĂ©griste ne peut s’embarrasser de la justesse des faits et rappelle plutĂŽt l’Inquisition et le stalinisme. S’interroger sur une manie du flicage qui reproduit sans cesse la logique de l’Etat. Sur une police de la pensĂ©e qui, guettant la moindre dĂ©viance, passe son temps Ă  juger, Ă  sous-peser la vertu de tout un chacun mais ne s’attaque jamais aux racines des problĂšmes, jamais aux rapports de pouvoir, jamais fondamentalement Ă  cette sociĂ©tĂ© de classes, pourtant la base sur laquelle s’appuient toutes les oppressions. Il s’agit de s’interroger sur une idĂ©ologie qui prĂ©fĂšre dĂ©monter les individus que les idĂ©ologies.

La question est d’examiner le fond et la forme d’une offensive moralisatrice qui, portĂ©e par une vague adossĂ©e au modĂšle libĂ©ral anglo-saxon, affirme sa compatibilitĂ© avec cette sociĂ©tĂ©â€ˆ : marquage identitaire doublĂ© d’une gestion individualisante des rapports sociaux, stratĂ©gies lĂ©galisatrices de droits et de devoirs reconnus par l’Etat, judiciarisation, puritanisme… Une campagne armĂ©e d’un soft power Ă  l’influence redoutable, souvent rĂ©vĂ©latrice de la capacitĂ© de renouveau de l’impĂ©rialisme culturel amĂ©ricain, toujours magnĂ©tique, toujours insidieux, toujours gĂ©nĂ©rateur de phĂ©nomĂšnes de mode.

Entretenir et exporter une pseudo-contestation qui ne cherche surtout pas Ă  dĂ©monter cette sociĂ©tĂ© de classes mais uniquement Ă  l’amĂ©liorer et Ă  l’intĂ©grer… Le capitalisme et sa mascarade dĂ©mocratique n’ont pas trouvĂ© mieux pour endormir toute envie de renverser la table.

Ce qui est en question, c’est de parvenir Ă  gratter ce vernis sociĂ©tal, Ă  dĂ©molir cette façade qui masque derriĂšre son dĂ©cor une coquille vide, Ă  balayer cet Ă©cran de fumĂ©e qui cache une volontĂ© de ne rien changer en profondeur tout en prenant de grands airs indignĂ©s. C’est d’ĂȘtre capables de remettre en question le show organisĂ© autour de cette vague tant libĂ©rale que puritaine, de dĂ©jouer le confusionnisme binaire qui condamne Ă  la double-pensĂ©e et justifie bien des lĂąchetĂ©s. C’est d’oser faire voler en Ă©clats le terrorisme intellectuel qui veut interdire, en l’assimilant Ă  une collusion avec la rĂ©acosphĂšre, toute dĂ©nonciation du spectacle « â€ˆpolitiquement correct  Â».

C’est de ne pas tomber dans le piĂšge qui, dictant sa vision duale du monde, ne veut laisser d’option qu’entre deux camps prĂ©sentĂ©s comme ennemis, Ă  l’instar du chantage exercĂ© par les staliniens qui traitaient de suppĂŽt du capital les rĂ©volutionnaires osant les critiquer. C’est de ne pas se laisser enfermer dans des problĂ©matiques nous imposant un antagonisme bidon entre deux illusionnismes qui prĂ©tendent reprĂ©senter des pĂŽles opposĂ©s mais qui de fait restent inscrits dans le mĂȘme schĂ©ma. Celui de cette sociĂ©tĂ©, de l’Etat, du capitalisme, de la dĂ©lĂ©gation de pouvoir.

Pour ou contre ceci ou cela n’est pas toujours la bonne question. Face Ă  l’injonction de se positionner sur des sujets biaisĂ©s, fondĂ©s sur des concepts linĂ©aires, niant les problĂšmes dans leur totalitĂ©, surgit le besoin de faire exploser les cadres imposĂ©s, de remettre en cause les choses de façon plus globale, radicale, subversive. Le besoin de rĂ©volutionner ce monde. Et qui dit rĂ©volution dit nĂ©cessitĂ© de pouvoir tout questionner, tout critiquer, sans exception. Les rapports de domination, d’aliĂ©nation allant se loger n’importe oĂč, rien ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme indiscutable, quelles que soient les idĂ©ologies, les religions, y compris le marxisme et l’anarchisme !




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Limitantisme

D’autant plus que cette dĂ©ferlante moralisatrice n’est pas sans effets sur des milieux militants rĂ©signĂ©s au point d’abandonner tout espoir de renverser le pouvoir de l’Etat et du fric. Souvent plombĂ©es par le peu de perspectives autres que la quĂȘte dĂ©sespĂ©rĂ©e de puretĂ© doctrinaire ou la promotion de nouvelles revendications visant Ă  amĂ©nager le capitalisme, les dynamiques contestataires peuvent se montrer rĂ©ceptives Ă  ces idĂ©ologies manichĂ©ennes prĂŽnĂ©es par des universitaires et autres maĂźtres Ă  penser de gĂŽche. Surtout quand leur fonds de commerce est l’aseptisation de l’exploitation via une combinaison entre demande de droits catĂ©goriels et avĂšnement d’un nouvel ordre moral « idĂ©al Â».

Certes les diffĂ©rentes mouvances « â€ˆrĂ©volutionnaires  Â» ont toujours Ă©tĂ© marquĂ©es par une certaine propension Ă  vouloir recycler le christianisme dans des versions « â€ˆradicales  Â» ou par la croyance, liĂ©e mais inavouĂ©e, que l’on pourrait transformer cette sociĂ©tĂ© de classes en jouant le jeu de ses institutions…

Le phĂ©nomĂšne n’est pas nouveau, il est mĂȘme typique de l’extrĂȘme gĂŽche classique. Ce qui l’est en revanche, c’est la façon dont ce spectacle binaire se diffuse au sein des diffĂ©rents secteurs de la sociĂ©tĂ©. C’est l’hĂ©gĂ©monisme dont cette idĂ©ologie moralisatrice veut user pour s’imposer comme vĂ©ritĂ© Ă©tablie, indiscutable, normative. Pour traiter toute remise en cause comme une absurditĂ©, voire une monstruositĂ©. Pour interdire toute idĂ©e subversive.

PortĂ© par des personnalitĂ©s se prĂ©valant de leur statut de spĂ©cialiste (attribuĂ© par des grandes Ă©coles ou des universitĂ©s), ce courant incite mĂȘme Ă  accepter que la rĂ©flexion ne soit pas le fruit collectif d’expĂ©riences partagĂ©es au sein des luttes sociales mais soit ordonnĂ©e par des penseurs. Des penseurs qui n’ont du terrain et de ses rĂ©alitĂ©s qu’une vague idĂ©e, avant tout thĂ©orique. Des censeurs qui rĂ©gurgitent une vision universitaire du monde porteuse d’une division sachants-ignorants les rendant impermĂ©ables, et pour cause, Ă  l’intelligence collective qui se crĂ©e tout au long des conflits sociaux.






Penseurs-censeurs

N’a-t-on jamais entendu en substance : « â€ˆQuoi ? Tu n’as pas lu le dernier livre d’untel ? Et tu ne comptes pas le faire…  Â» Ou encore : « â€ˆComment peux-tu avoir un point de vue diffĂ©rent du mien, c’est Ă©crit dans les livres  !  Â» Certains experts, certains essais font donc autoritĂ©… La voie de la vĂ©ritĂ© est Ă©tablie, elle passe par la verticale institutionnelle. Notre rĂ©volte devrait nous ĂȘtre expliquĂ©e et orientĂ©e par des universitaires…

Qu’une Ă©lite puisse tenter de confisquer la conscience collective des luttes n’a rien de nouveau, les lĂ©ninistes ont toujours fait ça, persuadĂ©s de dĂ©tenir l’unique bonne ligne politique. Mais que ça recommence et semble admis Ă  ce point parmi celles et ceux qui essaient de rĂ©volutionner le monde… Il y a de quoi prendre peur. On en a le vertige. Le vertige face au vide collectif qui autorise des sociologues Ă  prĂ©tendre nous expliquer non seulement ce que nous vivons au quotidien mais aussi ce que nous devrions revendiquer et mĂȘme penser.

Pour mesurer la puissance d’infiltration de cette propagande idĂ©ologique, il suffit d’observer comment les problĂ©matiques qu’elle impose peuvent ĂȘtre rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es dans des discours pourtant prĂ©sentĂ©s comme « â€ˆantagonistes  Â». On constatera combien cette tendance s’accompagne d’un positionnement tant identitaire que victimaire. On remarquera l’exacerbation d’un intĂ©grisme dont les bases judĂ©o-chrĂ©tiennes sont Ă  peine voilĂ©es. EmprisonnĂ©es dans les logiques fixĂ©es par le spectacle de la dĂ©mocratie de marchĂ©, empĂȘtrĂ©es dans des rĂ©flexes de contre-pied ne s’attaquant pas au cadre imposĂ© et encore moins aux sources du problĂšme, ces thĂ©ories manichĂ©ennes tendent Ă  remplacer toute pratique collective de questionnement critique par la volontĂ© d’installer un ordre moral. FondĂ©, comme tous les autres, sur un culte de la puretĂ©, celui-ci ne tolĂšre pas la moindre remise en cause, le moindre doute, la moindre dĂ©viation. Quiconque s’y risquerait sera automatiquement suspectĂ© et rapidement menacĂ© d’excommunication.

Notons en passant que peu s’y essaient… l’ordre rĂšgne ! On n’est pas dans la recherche d’émancipation mais dans le domaine de la soumission Ă  une idĂ©e binaire du Bien et du Mal oĂč il ne peut y avoir que des gentils et des mĂ©chants, des intĂšgres et des impurs… Comme si les victimes ne pouvaient pas parfois ĂȘtre aussi des exploiteurs. Comme si de tout temps les prolĂ©taires mecs n’avaient pas eu tendance Ă  dominer leurs femmes. On ne cherche pas Ă  lutter collectivement contre l’aliĂ©nation qui touche l’humanitĂ©, on passe son temps Ă  juger, classer, catĂ©goriser les individus.



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Source: Brest.mediaslibres.org