Sommet G5 Sahel à Pau : attaque contre le Tor Deu Borrèu et arrestation de six militant·e·s

À 16:00, toutes les entrées de la ville de Pau étaient verrouillées par la Gendarmerie pour laisser passer le convoi présidentiel. Pendant ce temps, à la Tor deu Borrèu, des militant-e-s avaient acroché une banderole et diffusaient de la musique engagée via haut-parleur tout en scandant des slogans politiques, profitant de la topographie du quartier.

Alors qu’un militant sort de la Tor et se dirige sous le pont du Hedàs, il constate l’arrivée de cinq policiers en civil. Ceux-ci cherchent comment entrer dans le local. D’autres militant-e-s allaient sortir elles et eux aussi quand le premier les prévient. Tou-te-s réussissent in extremis à se réfugier à l’interieur, bien que la police ait essayé de les suivre. Un militant qui se trouvait à l’extérieur proteste alors et se voit traîner jusqu’à un lieu moins exposé pour un contrôle d’identité.

Rapidement, une cinquantaine de policiers – en uniforme comme en civil – se massent sur la placette du Fronton du Hedàs, devant la porte de la Tor deu Borrèu, et envahissent le parking de Recabòrda avec leurs fourgons. Les agents arrachent une affiche du local commencent à taper sur la porte. Un bref échange verbal a lieu entre militants postés à la fenêtre et policiers en contrebas. Ces derniers affirment n’avoir pas besoin d’un mandat ou d’un arrêté et exigent qu’on leur ouvre. Les militants signalent qu’ils descendent mais les coups continuent contre la porte. En arrivant en bas, un militant constate qu’une partie de la porte a déjà été cassée. Celui-ci signale aux policiers qu’il ouvre. Au moment où il tourne les clés dans la serrure, les agents donnent un grand coup dans la porte, évité de justesse par le militant. La porte est la serrure sont ainsi cassées et les policiers entrent.

Les agents se jettent sur les militants. Les deux premiers arrivés en bas subissent une clé de bras – très violente pour l’un d’entre-eux, âgé de 69 ans – et se voient passer les menottes de façon brutale. Les autres sont victies de moins de violence et les agents tentent, non sans difficulté, de leur poser des serre- flex manifestement défectueux. Les militant-e-s sont sorti-e-s du local par la police. L’un d’entre-eux est maintenu la tête dans des plantes puis écrasée contre le Fronton du Hedàs. Une dizaine d’agents entrent alors dans les locaux. Ils se saisissent de trois enceintes dont deux qui étaient restées inutilisées dans une autre partie du local, un ampli, le mégaphone de l’organisation politique, les enceintes de l’ordinateur et une alimentation de mixette. C’est du moins tout ce qui a été signalé par les policiers. Ils arrachent ensuite la banderole qui pendait à la fenêtre du local, ainsi que d’autres qui étaient disposées en dehors.

Une dispute éclate alors entre les agents, qui ne sont pas d’accord sur la façon de transporter les militant-e-s au commissariat de la rue O’Quinn. « Si y a un plan c’est pour le respecter ! » Un autre lui répond : « Y a plus de plan : on improvise ! » Cinq militants sont emmenés dans un fourgon, pendant que les policiers continuent de tenter de poser des serre-flex – toujours défectueux – à certains. Un autre – le plus âgé – est emmené seul dans un Kangoo.

Entre le moment de l’attaque du local et celui où des militants de Libertat ont de nouveau pu s’approcher de celui-ci, il s’est écoulé une heure, pendant laquelle le local est resté grand ouvert et sans surveillance.

Une fois au commissariat, les policiers peinent à expliquer le motif des interpellations. « Un coup c’était pour tapage diurne, puis un autre pour outrage, ensuite rebellion… Finalement, le chef d’accusation est « outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique en réunion ». » Le militant le plus âgé signale que ses menotes lui font mal. Un agent lui répond : « je te les enlève, tu t’assieds et au moindre geste, tu te retrouves la gueule par-terre ! » Dans le commissariat, un policier demande : « ils vons ont choppé dans la rue ? » Un militant répond : « non, on était chez nous dans notre local et ils ont défoncé la porte. Je crois pas qu’ils avaient le droit. » Les deux agents présent lui disent : « maintenant, sous Macron, on a tous les droits. ». Le militant : « Je pense que c’était pas très légal ». Les 2 policiers s’exclament alors : « maintenant tout est autorisé ! » Un militant explique avoir commencé à répondre dans la langue du pays – l’Occitan – à son interlocutrice, qui ne comprenait rien. À ce moment-là, le téléphone de cette dernière sonne. Elle décroche : « brigade des mineurs bonjour. » De quoi laisser songeur, le militant étant majeur. Plus tard, le militant entend une dispute entre policiers : « ah mais tu leur prends leur déposition toi ? » D’autres affirment qu’il faut attendre avant de le faire. Quatre militants sont enfermés dans la même cellule. Un autre – le plus âgé, encore – est maintenu seul pendant que la seule femme du groupe est isolée elle aussi dans une autre cellule. La garde-à-vue aura duré de 17:15 à 21:00.

Pour celles et ceux resté-e-s dehors, ils et elles se sont vu interdire d’avance l’accès de la zone de sécurité « bleue » et faisaient l’objet d’une attention particulière de la part des forces de répression. La journée avait – il faut le dire – déjà bien commencé avec la pose, en face du château de Pau, d’une grande banderole contre l’impérialisme français. Afin de la retirer, les policiers ont dû faire appel à un camion- nacelle.

L’organisation indépendantiste et socialiste d’Occitanie LIBERTAT s’insurge contre l’attaque de ses locaux ainsi que contre l’arrestation de ses militant-e-s et sympathisant-e-s. Celles-ci sont à l’image de la politique de ce gouvernement qui repousse toujours plus les limites de la répression politique.

La publication de ce communiqué sera suivie de celle de photos et vidéos de cette journée du 13 janvier 2020.

À Pau le 13/01/2020