Novembre 2, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Le sommet placé sous le signe du renouveau et de la refondation s’est tenu à Montpellier du 8 au 10 octobre 2021 pour la première fois sans chefs d’États africains et avec pour ambition de mettre en avant la société civile. Derrière cette com’ macronienne, la permanence du néocolonialisme français.

Du 8 au 10 octobre le sommet Afrique-France, habilement renommé pour l’occasion « nouveau sommet », vitrine très lissée de la présence peu reluisante de la France sur le continent, s’est tenu à Montpellier. L’occasion d’une contre-mobilisation, à laquelle l’UCL a pris part. Habituellement peu investis par l’extrême gauche en France, ces sommets sont depuis leur création en 1973 l’occasion de réunir autour du chef du gouvernement français ses homologues africains (majoritairement des pays francophones), et depuis ses débuts « c’est bien Paris qui a toujours convoqué ses obligés pour tancer les uns, féliciter les autres, unifier les points de vue sur quelque dossier épineux et, chemin faisant, rappeler au reste du monde son emprise absolue sur les populations de terres lointaines »  [1].

Pour l’annulation des sommets Afrique-France

Cette édition 2021 s’est voulue un «  sommet de la société civile  », loin des réunions à huis clos entre décideurs politiques, favorisant les échanges entre acteurs et actrices de la culture, entrepreneuses et entrepreneurs, sportives et sportifs, etc. Marotte de Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier depuis 2020, qui a vu dans l’accueil du sommet une «  nouvelle étape dans le rayonnement  » de la métropole, l’événement a tout de même reçu la visite d’Emmanuel Macron. Le chef de l’État avait pris le soin de missionner Achille Mbembe, politologue camerounais, pour lui rendre un rapport qui préconise la « refondation » des relations entre la France et le continent africain, et s’est mis en scène le samedi 9 octobre débattant aux côtés de douze jeunes venus de différents pays d’Afrique. Une occasion pour le président de la République de se poser comme le grand refondateur des relations franco-africaines en amont des élections de 2022.

Mais de nombreuses actualités viennent écorner le tableau de l’harmonie des peuples mis en valeur par cette édition du sommet. Les exactions du gouvernement français dans les pays africains ont en effet été abondamment soulignées récemment  : un coup d’État vite oublié au Tchad, en mars dernier, un autre farouchement jugé antidémocratique en Guinée Conakry, début septembre, le rapport Duclert accablant sur le rôle et les responsabilités de l’armée française dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.

Un mouvement pour dénoncer l’hypocrisie de ce sommet n’a pas tardé à se former à Montpellier, dès le printemps 2021. Rassemblant organisations nationales (Survie, Marche des solidarités, Attac) et locales (UCL Montpellier, mais également la Carmagnole et la Libre Pensée) et individus, le mouvement a organisé une série d’événements avant et pendant le sommet pour faire entendre un autre discours sur la réalité des relations France-Afrique : un discours qui parle de néocolonialisme, d’extractivisme, de victimes civiles.

La convergence de ces différents mouvements n’a pas été évidente, et parfois source de tensions  : un comité maintenant la revendication de l’annulation des sommets Afrique-France s’est notamment démarqué d’un comité pour un contre-sommet. Les deux collectifs se rejoignant cependant, au-delà des nuances, sur la majeure partie du fond politique, la mobilisation contre le sommet n’a pas pâti des débats internes.

Au contraire, la multiplication du nombre d’initiatives a enrichi le mouvement d’une pensée variée sur les conditions d’une réelle égalité entre la France et les pays africains sans diluer la mobilisation. La base de revendications communes comprenait le retrait des troupes françaises du Mali, l’annulation des dettes odieuses datant de l’époque coloniale, et la régularisation de tous les sans-papiers.

Répression contre des sans-papiers

C’est dans ce contexte que s’est déroulé, le jeudi 8 octobre soit le jour même du lancement du sommet, l’arrestation à la gare Montpellier Sud-de-France de huit membres des Collectifs sans papiers (CSP) parisiens par la police nationale. Une rafle doublement nauséabonde, alors qu’ils et elles venaient soutenir une mobilisation dénonçant les conditions de vie inhumaine dans lesquelles les sans-papiers sont volontairement maintenus par l’État français.

Suite à une mobilisation immédiate devant l’hôtel de police de Montpellier, six des arrêtés ont été relâchés avec une Obligation de quitter le territoire français. Les deux personnes restantes ont pour leur part été transférées en Centre de rétention administrative (Cra), antichambre de l’expulsion. Ils n’ont été relâchés qu’une fois le sommet passé, et des mobilisations demandant la levée des OQTF infligées se sont poursuivies sur Paris pendant le reste du mois d’octobre.

Rien ne semble donc arrêter le cynisme de l’appareil d’État, prêt à employer des méthodes d’intimidation d’une violence inouïe contre cette mobilisation qui venaient entacher la communication lissée du sommet France-Afrique. La manifestation du samedi 8 octobre, point culminant du contre-sommet, s’est donc déroulé dans un climat d’indignation, une nouvelle pierre ayant été apportée à l’édifice honteux de la Françafrique.

Du côté du sommet officiel qui se déroulait pendant ce temps, sans surprise, aucune déclaration choc de la part d’Emmanuel Macron qui s’est contenté de promesses à peu de frais sur le retour d’œuvres d’arts anciennes et maintenant son cap sur la réforme du franc CFA, confisquée aux institution ouest-africaines.

Si la mobilisation à Montpellier a peiné à se massifier cette année, pour des raisons organisationnelles et de répression étatique envers les participant·es sans papiers, ce sommet a cependant été l’occasion de prouver autre chose. Ces grandes messes de la Françafrique font de moins en moins illusion, tant au sein de la population française que dans les pays africains, où de nombreuses voix se sont élevées contre ce sommet  [2]. L’édition 2021, comme les suivantes, sont des occasions d’analyser collectivement les relations franco-africaines, et de tisser des liens entre les fronts de lutte  : autodétermination économique et politique des populations, expulsion des multinationales qui assèchent les ressources naturelles et corrompent les instances publiques, droits des populations exilées.

Théo (UCL Montpellier)




Source: Unioncommunistelibertaire.org