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édito page 3

social

pages 4-5 Bilan de la marche des sans-papiers

sans frontièrespages 6-7

social

pages 8-9 Naissance d’un collectif interpro contre la répression

pages 9-10 Un moment de vie dans le monde de la gestion des déchets

vertement écolopage 11

environnement

pages 12 à 15 Saint-Naz’air pollué

big brother pages 16-17

aménagement du territoire

page 18 Loire-Atlantique : luttes, résistances… l’Etat cogne !

notre mémoire

pages 19-20 Retour sur les luttes antipsychiatriques en France

débats

pages 21 à 23 Critique de la valeur-dissociation (critique du travail)

pages 23-24 David Graeber, un anthropologue anarchiste ?

page 24 Accueillir les migrations enfantines, un livre de M.C. Rojas Guerra

international

pages 25 à 27 Italie : La pandémie et la médecine de territoire

pages 28-29 Turquie : La valse autoritaire d’Erdogan

pages 30 à 32 Palestine : Résistance à la « paix américaine »

pages 33 à 36 Algérie : Solidarité avec le mouvement populaire !

EDITO

Guerre de classe

sur tous les fronts

La bourgeoisie nous refait le coup de l’« union sacrée » autour des valeurs de la République. Un remake du « Nous sommes tous Charlie » de 2015, à l’occasion du énième attentat perpétré par des islamistes contre des « infidèles mécréants » en France comme ailleurs dans le monde. Une occasion trop belle qu’il lui fallait saisir : une décapitation ajoute encore une couche à l’horreur, dans un imaginaire national qui a oublié que « nous » aussi décapitions jusqu’en 1977 – le 10 septembre de cette année-là, Hamida Djandoubi (un Arabe de Tunisie !) était exécuté à Marseille, sa grâce ayant été refusée par le Président Giscard d’Estaing.

Cette fois, la victime de l’attentat est un enseignant, devenu aussitôt « le visage de la République » au dire de Macron. Personne ne s’est risqué à évoquer les opinions de ce nouveau « héros » concernant la période actuelle, entre crise sanitaire et contrôle social accru… En revanche, on lui a donné pour rôle, à titre posthume, de faire oublier que Blanquer est sans doute l’un des ministres de l’Education les plus détestés du corps enseignant (81 % sont, d’après le sondage OpinionWay réalisé pour le SNES-FSU, mécontents de sa gestion de la pandémie à l’école) ; et aussi qu’en juin dernier, après que ce ministre eut fustigé les enseignants qui rechignaient à réintégrer les établissements scolaires en les traitant de tire-au-flanc, un autre sondage (Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro) indiquait que ces enseignants avaient le soutien des deux tiers des parents.

Une marche nationale des sans-papiers a réuni, le 17 octobre, plusieurs dizaines de milliers de participants – ce qui, en cette période de « confinement protestataire », constitue un réel succès et montre qu’il est toujours possible de se révolter. Les médias n’en ont pourtant guère parlé… car dans cette marche de damnés de la terre se cachaient certainement bien des apprentis terroristes islamistes. Et puis l’assassinat de Samuel Paty était venu à point pour relancer des exigences d’expulsion des sans-papiers et d’arrêt de toute immigration dont le Rassemblement national a eu du mal à se faire le héraut, se trouvant pour l’occasion concurrencé par la plus grande partie de la classe politique. Face à un Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, qui réclamait «  des armes et non des larmes », et à un Macron qui assurait : « La peur va changer de camp », le « recours à la force » avancé par Marine Le Pen a paru presque faiblard. D’autant que les mesures préconisées par elle (« possibilité de surveillance étendue, régime carcéral spécifique… ») existent depuis 1986 – cette année-là ont été créées une « association de malfaiteurs à caractère terroriste » et des cours d’assises « spécialement composées » (sans jurés) –, et que la loi sur le renseignement de 2015 a démultiplié les possibilités de surveillance policière.

En ces temps où la politique feint de ne plus se faire à la corbeille mais dans des « cellules de crise », un événement qui permet de détourner les regards vers l’étranger n’est pas pour déplaire. Tous ces tartufes qui se partagent le pouvoir depuis des décennies en appellent maintenant à qui mieux mieux à la sacro-sainte laïcité, alors qu’ils et elles n’ont jamais cessé de s’incliner devant papes et évêques, de dispenser leurs bienfaits sonnants et trébuchants aux religieux de tout poil – surtout catholiques –, ni de financer écoles confessionnelles et lieux de culte de toutes obédiences.

La gauche a depuis longtemps oublié que la frontière entre simple religion et fondamentalisme et/ou radicalisme est extrêmement ténue, et qu’elle se déplace au gré des périodes, des événements et des rapports de force géostratégiques. Comment les monothéismes pourraient-ils ne pas se faire la guerre, quand chacun d’eux estime que son dieu est le seul et unique, et ceux des autres des imposteurs ? Après avoir cru qu’il pouvait y avoir un capitalisme vertueux, cette même gauche se vautre à présent dans le mythe de religions possiblement tolérantes et pacifiques ; et ses leaders comme ceux des partis écologistes se joignent pour l’occasion à un « front républicain » contre l’islamisme radical.

L’horreur de ces meurtres revendiqués par des musulmans au nom de la religion ne saurait nous faire oublier certaines réalités : d’une part, leur exploitation éhontée permet à la classe politique de désigner des boucs émissaires « d’origine étrangère » pour tout ce qui va mal dans notre société ; d’autre part, ces groupes que l’on qualifie d’extrémistes sont bien plus proches d’un capitalo-fascisme moderne que d’une secte de cinglés, et ils sont soutenus et instrumentalisés par des régimes totalitaires tels que ceux de l’Arabie saoudite ou du Qatar… avec qui les gouvernements français successifs ont entretenu et entretiennent des liens financièrement intéressés depuis fort longtemps !

Il faut, certes, s’élever et se battre sans relâche contre le racisme qui se cache derrière les discriminations subies par lesdits « Arabes » ou « arabo-musulmans » en France. Mais la liberté de blasphémer – et de dénoncer les méfaits des religions par les caricatures les plus outrancières et « de mauvais goût » qu’il soit – ne se divise pas. Il n’y a pas un temps pour et un temps pour ne pas le faire. Or, le président du Conseil français du culte musulman a souhaité le 27 octobre que les caricatures de Mahomet ne soient plus montrées dans les écoles – en affirmant que Macron n’était « pas pour [les] porter (…) et les publier n’importe où » –, au prétexte que « le devoir de fraternité impose à tous de renoncer à certains droits  ». Il met par cette déclaration le doigt dans un engrenage qui fait le lit des islamistes (et qui sera suivi, n’en doutons pas, d’un nouveau retournement de veste d’un grand nombre de ceux qui ont juré : « Jamais nous ne renoncerons aux caricatures » et qui, pourtant, s’insurgeaient il y a peu encore contre la publication de tels dessins). Mais son renoncement assurera un arrêt du boycott des produits français dans certains pays, un enjeu bien plus important que la liberté d’expression, pour la bourgeoisie française. Parce que ce qui compte plus que tout, aux yeux de celle-ci, c’est de produire et de vendre. Voilà pourquoi le travail reste la seule activité autorisée dans le nouveau confinement que vient de décider le gouvernement.

Dans son allocution du 16 mars dernier, Macron a asséné de manière répétée : « Nous sommes en guerre. » Il parlait du virus, mais pensait guerre de classe. La seule crainte de la bourgeoisie, en effet, c’est que les productions dont nous n’avons nul besoin cessent – ce qui réduirait ses profits – et que la « classe dangereuse » s’organise de façon à lutter efficacement contre elle. Elle va tout mettre en œuvre pour maintenir ces productions ; à nous de tout mettre en œuvre pour mieux la combattre !

OCL-Poitou, le 30 octobre




Source: Oclibertaire.lautre.net