L’association bisontine SOLidarité MIgrants RÉfugiés était de passage sur Dijon pour participer à la marche des sans-papiers. L’occasion de faire un point avec elle sur la situation sur Besançon et les actions de l’association.

Est-ce que vous pouvez nous raconter comme s’est créé l’association ?

Quentin : L’association SolMiRé – Solidarité Migrants Régugiés – existe depuis quelques années sur Besançon, et regroupes une soixantaines de personnes actives. Elle s’est créée autour d’un squat qui servait d’accueil de jour pour les demandeurs d’asile qui n’avaient pas de logement sur Besancon. Et dans le même temps, elle participait à soutenir logistiquement les campements auto-organisés.

Noëlle : En fait l’association s’inscrit dans une très vieille histoire d’aide aux sans-papiers sur Besançon. Aux débuts des années 1990, il y avait des tas d’algériens qui demandaient des visa à la France et qui n’en obtenaient pas. C’était souvent des universitaires, des écrivains, bref des intellectuels. À Besançon, il y a des gens gens qui avaient des liens avec l’Algérie, et qui ont donc créé le CISIA : le Collectif International de Soutien aux Intellectuels Algériens.

Ensuite, la guerre en Yougoslavie a éclaté, et beaucoup de réfugié·es d’ex-Yougoslavie arrivent à Besançon. En 1997, le CISIA se transforme en CDDLE : Collectif de Défense des Droits et Libertés des Étrangers, pour aider d’autres personnes, venant d’autres pays, et plus seulement des intellectuels.

C’est l’époque où il y a de grandes grèves dans tout le pays sur les questions de sans-papier. On parle beaucoup des travailleurs immigrés. C’est aussi la création de RESF – Réseau d’Éducation Sans Frontières – en 2004, sur la question de la scolarisation pour tous, et des droits de la famille à rester parce que les enfants étaient scolarisé.

Ensuite, en 2013, à Besançon, il y a une grosse arrivée de familles venues des Balkans, qui n’ont pas été prises en charge comme demandeuses d’asile, et qui se sont retrouvées à la rue. En pleine été 2013, il y a donc eu un gros campement vers la gare, d’une cinquantaine de personnes. Le CDDLE a donc pas mal soutenu le campement, qui a duré jusqu’au 15 novembre où la ville a ouvert un abri dans l’ancienne maternité pour faire accueil de nuit. Cet abri a tenu de 2013 à 2016, ce qui fait que pendant cette période il n’y avait pas beaucoup de personne à la rue à Besançon.

Mais en 2016, la mairie a fermé, sous prétexte qu’il n’était pas aux normes. Quasi-immédiatement des campements se sont reformés dans différents parcs.

C’est à ce moment-là que nait le collectif qui donnera naissance à SolMiRé. Il regroupe des membres du CDDLE et tout un tas de gens qui n’étaient pas actifs sur cette question – comme des syndicalistes – mais aussi des gens qui ne s’étaient jamais engagées politiquement (des jeunes, des voisin·es, des citoyen·nes lambda,…).

Et en mars 2017, le collectif est devenu une association pour pouvoir avoir une structure légale, un compte en banque, etc.

Et à partir de là, l’association a mené quels genres d’action ?

Noëlle : À la suite de ces campements, on a participé à l’ouverture d’un lieux auto-géré qui s’appelait « Le bol d’air » en octobre 2017. C’était un local qui appartenait à un bailleur sociale, donc une occupation illégale. Le lieu a existé pendant 6 mois, on y tenait un accueil de jour avec une cuisine aménagée accessible, une machine à laver, une douche, un espace de jeu, de l’aide juridique, etc.

L’expulsion a eu lieu le 15 avril 2018. Et le préfet a fait démanteler les campements en octobre 2018. C’est pendant cette été-là qu’on a vu les gens changer dans les campements. On a vu de moins en moins de famille des Balkans, et de plus en plus de mineurs venu·es d’Afrique.

Quentin : Du coup depuis quelques années, ce qu’on fait c’est principalement du soutien aux enfants, aux Mineurs Non Accompagnés. En gros on fait principalement face à deux situations :

  • le refus formel du département de prendre en charge un mineur parce qu’il considère qu’il est majeur. Dans ce cas-là, on fait beaucoup d’accompagnement juridique, mais on fait aussi fonctionner le réseau d’hébergement solidaire, ou d’autres formes de prise en charge.
  • le refus informel du département de prendre en charge un mineur en lui disant qu’il faut qu’il aille dans un autre département, sous prétexte qu’il n’y a pas de place ici. Agir juriquement est alors très compliqué, et dans ce cas-là le meilleur outil c’est plutôt l’occupation.

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Action de collage de SolMiRé

Tu peux nous expliquer en quoi consiste ces occupations ?

Quentin : On en a fait deux. La première fois, on a occupé l’Aide Sociale à l’Enfance pendant 3 jours, jusqu’à ce que le mineur concerné ait obtenu une mise à l’abri. La deuxième fois, on a occupé le conseil départementale, et là quelques heures ont suffit à obtenir la mise à l’abri. Ce sont des actions très efficaces parce que le département ne peut absolument pas assumer publiquement de laisser des enfants mineurs à la rue sans les loger. Donc il cède rapidement face à la médiatisation de l’occupation.

Tu m’as dit tout à l’heure que vous vous occupiez aussi beaucoup des jeunes majeurs ?

Quentin : Oui, maintenant on suit pas mal de jeunes majeurs, qui étaient pris en charge par le département, et qui perdent leur contrat d’accompagnement à leurs 18 ans. C’est ce contrat qui donne l’obligation au département d’assurer leur subsistance et leur autonomie (en leur donnant un logement par exemple).

On a donc beaucoup lutté pour le respect du contrat jeune majeur, c’est-à-dire pour obliger le département à accompagner la personne jusqu’à la fin de l’année scolaire en cours, ou jusqu’à ce qu’elle soit autonome.

Jusque là, les luttes qu’on a mené ont été plutôt efficace, et presque tous les mineurs qu’on a suivi ont fini par trouver une place d’hébergement, une situation d’accompagnement.

Les personnes mineurs que vous aidez viennent plutôt de quel pays ?

Quentin : Beaucoup de Guinée, de Côte d’Ivoire et du Mali. Il y a vraiment un enjeu en ce moment autour des guinéens, parce qu’une circulaire ministérielle affirme que tous les documents d’états civils guinéens doivent être déclarés irrecevables, même après l’authentification par le consulat, ce qui les prive de tout accès au séjour.

En France, la Guinée est le principal pays d’origine des jeunes mineurs en ce moment, donc c’est clairement une politique stratégique pour freiner l’immigration.

On organise une manifestation contre cette circulaire le 27 octobre à midi à Pontarlier. C’est là qu’est le poste de la police aux frontières rattaché à Besançon. On appelle tout le monde à nous rejoindre là-bas, parce qu’il y a vraiment un enjeu de lutte important en ce moment, et beaucoup de mineurs bloqués par cette circulaire.

Pourquoi est-ce que vous êtes venu·es aujourd’hui aux Tanneries pour cuisiner ?

Quentin : Comme la marche ne passait pas par Besancon, on s’est dit que c’était une bonne manière de participer. On organisera aussi des covoiturages qui partiront de Besancon pour la manif parisienne du 17 octobre. C’est possible de nous contacter par mail ou sur la page facebook.

Interview pour Dijoncter, 8 octobre 2020



Pour plus d’infos :

  • Le site internet de SolMiRé : solimireblog.wordpress.com
  • Leur adresse mail : solmire.asso [at] riseup.net
  • Leur page facebook : SOLidarité MIgrants RÉfugié Besançon

Article publié le 10 Oct 2020 sur Dijoncter.info