Janvier 19, 2021
Par Paris Luttes
212 visites


Le ministre de l’Énergie du Maroc, Aziz Rebbah, n’a de cesse d’insister sur l’importance du secteur minier pour le développement économique du pays. Développement économique qui tient, bien évidemment, sur l’exploitation et la misère des travailleurs et des travailleuses de ce secteur aux conditions de travail des plus précaires, et aux salaires dérisoires en comparaison à la dureté et à la dangerosité du travail mené.

L’année dernière, un mouvement de grève à la mine de Jbel Aouam, à Touissite dans le Moyen-Atlas, avait contraint la direction de la mine et les syndicats à négocier un protocole de sécurité qui prévoyait des améliorations des conditions de travail, signé en présence d’un représentant du Ministre des Énergies et des autorités locales. En échange, les travailleurs devaient s’engager à augmenter leur productivité en répondant à des objectifs de productions plus importants qu’auparavant. Ce contrat inique a permis aux patrons de se décharger de leurs responsabilités et de sauvegarder leurs profits, voire de les augmenter, en faisant peser tout le poids de l’amélioration des conditions de travail dans la mine de Jbel Aouam sur les épaules des exploités.

Il va sans dire que seuls les travailleurs de la mine ont respecté leurs engagements et rempli leur part : les objectifs de production ont été atteints à 98%, et ce malgré les conséquences de la pandémie de Covid et de la crise qu’elle a provoquée. De son côté, la direction de la compagnie minière de Touissite, propriétaire du site, s’est lavée les mains et a refusé d’accorder la moindre contrepartie prévue par le protocole négocié en 2019.

En conséquence, 300 travailleurs sont entrés en grève le 10 décembre. Parmi les grévistes, une centaine ont décidé d’occuper la mine, à 700 mètres sous terre tandis que les 200 autres, en plus d’assurer le ravitaillement de leurs camarades, alternaient manifestations et sit-in pour faire connaître la grève à la surface.

Face à la combattivité ouvrière, la direction a décidé d’interdire l’approvisionnement en vivres des grévistes qui occupaient la mine. Quant aux syndicats réformistes, Union Marocaine du Travail (UMT) en tête, soucieux de ne pas perdre la main sur la contestation, ils se sont empressés de se manifester auprès du Premier Ministre pour obtenir de nouvelles négociations. Et le directeur de la mine, après avoir tenté d’affamer les grévistes restés sous terre, a reçu le Secrétaire Général de l’UMT… qui s’est empressé de demander aux grévistes de suspendre leur mouvement pour faciliter les négociations, sans aucune garantie d’avancées salariales ou sanitaires. Après 10 jours d’occupation dans des conditions délétères, les grévistes ont accepté les conditions du patron et du syndicat.

Le 24 décembre, lors de la première concertation organisée à Casablanca, la direction de la mine s’est engagée à « un accord de principe pour ouvrir un dialogue social » sensé déboucher sur une augmentation salariale « avec effet rétroactif à compter de la date de septembre 2020 ». Si l’UMT se réjouit de cette « avancée », les grévistes n’ont pas oublié la trahison patronale à l’origine du conflit social en cours.

Respect, dignité, protection et justes salaires pour les travailleurs des mines !




Source: Paris-luttes.info