Mai 20, 2021
Par Paris Luttes
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« Ne vous agenouillez pas, ce n’est pas rationnel de renoncer à être libre. »

Carlos Marighella

Qu’est-ce que la Ligue des Paysans Pauvres ?

La Ligue des Paysans Pauvres (LCP) est une organisation paysanne qui lutte pour l’abolition du Latifundio [1] au Brésil. Elle s’inscrit dans la droite lignée des luttes auto-organisées des paysan·nes sans terres et des communautés opprimées qui agitent le pays depuis sa colonisation, et se distingue des autres organisations paysannes (notamment le Mouvement des Sans Terre) par son refus de toute compromission avec la gauche réformiste (Parti des Travailleurs de Lula et Rousseff en tête). Là où l’État attaque la classe paysanne, la LCP organise l’occupation et la défense des terres. Là où la gauche réformiste les abandonne, la LCP construit des routes, des ponts, des cabanes. La LCP a également obtenu l’électrification de certaines terres, comme par exemple dans la zone révolutionnaire Renato Nathan, occupée depuis 2003. Le combat pour la terre assumé par la LCP, initié par les révoltes anti-esclavagistes des quilombos au XVIe siècle et incarnées aujourd’hui par celles des paysan·nes sans terre contre la bourgeoisie brésilienne et les monopoles occidentaux de l’agrobusiness, est un combat à mort.

La naissance de la LCP fut un acte de résistance : résistance héroïque, en 1995, des paysan·nes pauvres de Santa Elina (municipalité de Corumbiara, État de Rondônia) armé·es de pierres, de bâtons et d’armes de fortune contre la police et les hommes de main armés aux ordres d’Antenor Duarte, le grand propriétaire dont ils et elles avaient décidé d’occuper les terres. Forcé·es de se rendre, les insurgé·es furent soumis·es à la torture et à des exécutions sommaires. Vieillards et enfants n’y échappèrent pas : parmi les victimes, la petite Vanessa, âgée d’à peine 7 ans, fusillée. Le tout avec la complicité, pour ne pas dire la bénédiction, du Gouverneur Valdir Raupp, membre du Parti du Mouvement Démocratique du Brésil, un parti attrape-tout classé au centre droit et proche des partis sociaux-libéraux du centre-gauche.

Là où il y a oppression, il y a résistance

Au Brésil, la brutalité du vieil appareil d’État, des grands propriétaires et de leurs laquais n’a eu de cesse de s’abattre sur les paysan·nes pauvres et sans terre. Mais là où il y a oppression, il y a résistance. La répression sanglante de Santa Elina a montré la voie à la paysannerie pauvre du Brésil : tandis que la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme grondait l’État brésilien, tandis que le gouvernement niait ses crimes atroces et assurait l’impunité des bourreaux, les paysan·nes pauvres firent le choix de l’organisation. Depuis, la LCP a reconquis la ferme de Sanga Elina et continue de porter le drapeau de la révolution agraire. De quoi donner des cauchemars à José Hélio Cysneiros Pachá, un des bouchers de Santa Elina, aujourd’hui Secrétaire de la Défense dans l’État de Rondônia.

Depuis sa fondation, la LCP a été la cible d’une répression féroce. Arrestations arbitraires, disparitions et assassinats sont le lot quotidien des militants et de cadres de l’organisation. Zéro Bentão a été assassiné dans une embuscade parce que meneur. Renato Nathan, enseignant, a été assassiné pour son engagement politique et présenté comme un guérillero parce qu’il possédait des cartes géographiques. Fernando a été exécuté parce qu’il a été témoin du massacre de Pau d’Arco, où la police a tué dix paysan·nes le 24 mai 2017. Et la liste n’en finit pas. Pourtant, quelques mois après le massacre de Pau d’Arco, la LCP intensifiait la lutte en occupant la ferme de Santa Lúcia.

Criminalisation du mouvement et terreur d’État

Grands propriétaires terriens, politiciens et médias bourgeois répètent en boucle que les paysan·nes pauvres sont des terroristes, des guérilleros ayant recours à la torture, pour mieux justifier le massacre de familles qui ont choisi la dignité dans le combat. Aucun doute n’est permis quant à la nature terroriste de la répression qui s’abat sur les pays pauvres, dont les souffrances font écho à celles de tous les peuples opprimés d’Amérique latine.

Le processus de fascisation du vieil État brésilien s’est accéléré avec l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, qui entend bien en finir avec la LCP et la lutte des paysan·nes pour la révolution agraire et réussir là où ses prédécesseurs (tyrans militaires et démocrates respectables) ont échoué. Cette volonté s’est traduite lors des attaques des camps Manoel Ribeiro et Tiago dos Santos, harcelés et assiégés par les forces gouvernementales qui se sont livrées à ses exécutions sommaires de paysan·nes désarmé·es. Les porcs appellent leur guerre terroriste contre le peuple « rétablissement de la paix dans les zones rurales ». Conscient·es qu’il n’y aura jamais rien à attendre de l’État brésilien, les paysan·nes de la LCP ont répondu aux menaces de Bolsonaro : « La réaction pense qu’elle va toujours vaincre les masses, mais les paysans ont beaucoup appris et se battront, non pas selon la provocation de leurs ennemis jurés, mais à leur manière, et au moment qui leur convient le mieux, ils vaincront inévitablement, armes en main. Et pour les paysans, survivre, c’est conquérir une terre sur laquelle travailler ! »

Affirmons notre solidarité avec le juste combat des paysans et des paysannes pauvres du Brésil dans leur lutte pour la terre, la justice et la dignité !

Le rôle des organisations progressistes et révolutionnaires du monde entier est d’apporter son soutien et sa solidarité avec les paysans et les paysannes pauvres du Brésil, et de crier : « À bas le latifundio ! » Des siècles d’esclavage et d’oppression n’ont pas suffi à leur faire poser genou à terre ; aucun gouvernement ne parviendra à leur faire renoncer à leur liberté.

Mort au latifundio !
Vive la révolution agraire !
Solidarité avec la Ligue des Paysans Pauvres !




Source: Paris-luttes.info