La prison « réalise le monopole étatique de la violence légitime dans l’angle mort du regard public » (Salle, 2004). Au cours de la première moitié des années 1970 en France, la prison est mise sur le devant de la scène politique par un énergique mouvement anticarcéral. La critique porte autant sur le fonctionnement de la prison que sur sa fonction sociale. Et à travers la prison, c’est l’État lui-même qui est visé. Aujourd’hui, la critique anticarcérale en France souffre d’un affaiblissement. La réforme du système pénal (police, justice, prison) est préférée à son abolition, et ce jusque dans les organisations d’extrême gauche.

Dans un effort de lutte contre ce tournant conservateur punitif, pénaliste, la section francilienne de l’Anarchist Black Cross organise sa première « Soirée de l’écriture » autour de la projection du documentaire Les Prisons aussi (1973). On prévoit une discussion après la projection, de la bonne bouffe, et bien entendu un atelier d’écriture aux détenu·e·s !

1970-1974 : offensive contre la prison

Au printemps 1970, la répression politique conduit à l’incarcération de plusieurs dizaines de militants maoïstes. Le Secours rouge se constitue alors pour assurer la défense politique et juridique des victimes de la répression. En septembre 1970, un texte de l’Organisation des prisonniers politiques est relayé par les réseaux militants : il dénonce les conditions générales de détention et annonce une première grève de la faim. Une seconde grève de la faim est engagée en janvier 1971. Dehors, la solidarité s’organise et s’exprime : manifestations, attaques de commissariats, etc. En février 1971, le Groupe d’information sur les prisons (GIP) est fondé par d’anciens détenus, des militant·e·s et des intellectuel·le·s (dont Michel Foucault, Jean-Maris Domenach et Pierre Vidal-Naquet). Il faut savoir et faire savoir ce qu’est la prison. Le GIP donne la parole aux détenu·e·s, réalise des rapports accablants sur les conditions de détention, relayés par la presse généraliste. En août 1971, la presse quotidienne est autorisée dans les prisons. Selon différentes modalités, l’information circule entre le dedans et le dehors.

En novembre 1971, 400 prisonniers de la maison centrale de Poissy lancent une grève de la faim et cessent le travail dans les ateliers. Début décembre, la grève de la faim s’étend à la prison de la Santé (Paris) et une mutinerie éclate à la maison centrale de Toul impliquant 250 détenus. En janvier 1972, une autre mutinerie éclate à la prison Charles-III de Nancy. 300 détenus prennent le contrôle de toute la prison.

Révolte de Nancy

Au 15 janvier 1972, la couverture médiatique de la révolte de la prison de Nancy est minimale. Seuls quelques photographes locaux sont présents. Leurs clichés montrent des prisonniers sur le toit, une foule massée dans les rues voisines, une forte présence policière.

Au soir de la mutinerie, l’État menace de répression et la presse généraliste en rajoute avec des photos des dégradations. Le GIP organise alors une conférence de presse sauvage sous le porche du ministère de la Justice à Paris (avec notamment Jean-Paul Sartre et Michel Foucault). Les photos du soulèvement circulent.

Durement réprimée, la mutinerie de Nancy annonce les révoltes de l’été 1974. Entre juillet et août, 89 révoltes collectives éclatent, dont 9 mutineries au cours desquelles 7 détenus trouvent la mort. 11 établissements sont dévastés. Les détenu·e·s dénoncent leur condition : violence du personnel, abus de l’administration pénitentiaire, insalubrité, promiscuité, alimentation déplorable, manque d’activités, difficultés à maintenir le lien avec les proches, etc.

Programme de la soirée

17h – Accueil

On vous propose de nous retrouver au Centre social autogéré de la Parole errante autour de livres et brochures sur la prison, avec du thé, du café et des gâteaux.

18h – Projection Les Prisons aussi (1973)

Documentaire produit par le Groupe d’information sur les prisons (GIP). Après le soulèvement de détenu·e·s en 1971, l’action du GIP contribue à briser le silence autour de l’institution carcérale. À quoi sert la prison ? Des témoignages d’ouvrier·ère·s et d’ex-détenu·e·s mettent à jour les contradictions d’un système fondé sur l’exploitation et la répression.

19h45 – Discussion

On propose d’échanger nos réflexions et sentiments après la projection du documentaire. Beaucoup de questions peuvent être soulevées :

  • Comment est-on parvenu à discréditer si profondément la prison au début des années 1970 ?
  • Comment l’État est-il parvenu à obtenir l’apaisement nécessaire au maintien de la prison – comme si rien ne s’était passé ?
  • Comment de nouveau faire de l’emprisonnement un problème collectif ?
  • Les luttes du début des années 1970 peuvent-elles nous inspirer pour renforcer la lutte anti-carcérale contemporaine ?
  • Etc.

20h30 – Snacks

21h – Atelier d’écriture aux détenu·e·s

Nous mettons à disposition des adresses de personnes incarcérées souhaitant recevoir du courrier ainsi que des conseils pour l’écriture. L’ambiance de notre atelier d’écriture est chaleureuse et vivante. On valorise la diversité des pratiques pour permettre à chacun·e de s’exprimer selon ses envies : lettre, carte postale, composition d’affiches, écriture collective (comme le cadavre exquis), dessin, découpage, etc.

Pour cet atelier, on souhaite valoriser l’écriture rapide (compléter des cartes postales) et l’écriture collective (messages de solidarité aux dos d’affiches). Cela nous permettra d’envoyer un maximum de courriers et des enveloppes bien chargées !

Enfin, nous proposons également de participer à des photos de solidarité. Ces photos seront imprimées et glissées dans les courriers. Petit exemple ici.


Article publié le 20 Jan 2020 sur Paris-luttes.info