Décembre 28, 2020
Par Marseille Infos Autonomes
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Dans le communiqué rédigé avec son collègue député Damien Abad, Julien Aubert justifie sa demande par « l’existence de courants ‘islamo-gauchistes’ puissants dans l’enseignement supérieur » et par « l’importation d’une ‘cancel culture’ venue des Etats-Unis ». Lorsque les journalistes lui ont demandé quelle était sa source pour s’alarmer ainsi subitement, il a répondu avoir pris la mesure de la situation à la lecture du magazine Valeurs actuelles, organe historique de l’extrême droite française.

A l’annonce de cette nouvelle, plusieurs collègues universitaires de différentes disciplines ont légitimement fait part sur les réseaux sociaux de leur hostilité à la création d’une telle mission d’information. En réponse, le député Aubert a constitué sa propre affiche des sept collègues en question, la postant sur Twitter avec pour seul commentaire : « Les coupables s’autodésignent ». Aussitôt ces chercheur·es ont eu à essuyer leur lot de harcèlement, d’insultes et de menaces en ligne.



Le problème de fond, c’est que la manœuvre discriminatoire de ce député LR ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un processus institutionnel porté par le gouvernement Macron, qui a pour but de « droitiser » radicalement le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche et en finir définitivement avec une certaine tradition critique. En juin déjà, Emmanuel Macron accusait les universitaires de couper la République en deux (Le Monde, 10 juin 2020). Fin octobre également, Jean-Michel Blanquer, a déclaré sans honte que des universitaires “islamogauchistes” étaient coupables de complicités avec le terrorisme (https://academia.hypotheses.org/27305). Le tout se concrétisant avec la loi sur les séparatismes présentées en Conseil des ministres le 9 décembre, dans laquelle les universitaires critiques-militant.es-déviant.es sont directement visé.es.

Et dans la loi sur la sécurité globale grâce à laquelle le simple délit d’ « atteinte à la tranquillité et au bon ordre des établissements » est désormais passible de 3 ans de prison et de 45 000€ d’amende. De quoi achever la dimension politique combative des sciences sociales en général et faire taire définitivement les potentiels semeurs de troubles et de questions…

Une opération apparemment réussie, puisque les représentants officiels des institutions de l’enseignement supérieur (pour lesquelles travaillent les chercheurs et chercheuses harcelées) ont véritablement tardé à réagir. Gardant le silence pendant de longues semaines, ils ont finalement apporté officiellement leur soutien et protection aux enseignant.es visé.es, après que nombre d’associations et de militant.es aient dénoncé publiquement l’affaire.

Faisons rempart à la chasse aux sorcière du gouvernement et de l’extrême droite ! Mobilisons-nous contre cette attaque aux libertés fondamentales de la recherche et le harcèlement des chercheurs et chercheuses qui diffusent une pensée critique. Soutenons le travail de celles et ceux qui assument un combat contre les injustices et les inégalités sociales et qui continuent de défendre un savoir critique au dépend de leur sécurité.




Source: Mars-infos.org