En feuilleton d’été, nous vous proposons, à raison d’un chapitre par jour du lundi au samedi, pendant quatre semaines, de découvrir le tout nouveau livre de Pierre Tevanian, Mulholland Drive. La clé des songes, consacré au chef-d’oeuvre de David Lynch – mais aussi à sa version solaire : Céline et Julie vont en bateau. Le livre est disponible sur les tables, en rayon ou en commande, dans toutes les bonnes librairies – ou encore sur le site des éditions Dans Nos Histoires.


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La revanche sociale est rejouée enfin sur un autre mode, moins vertueux. Diane est issue de la petite bourgeoisie, elle habite un modeste deux-pièces à Sierra Bonita, et elle se sent comme une intruse dans l’immense villa où la reçoit Adam Kesher, entouré de sa mère Coco et de sa nouvelle fiancée Camilla. Betty se retrouve au contraire locataire légitime d’un luxueux appartement à Havenhurst, et c’est Camilla qui, dans ce luxueux « endroit de rêve », devient l’intruse. Quant à la froide et condescendante Madame Kesher, surnommée Coco, son déplacement onirique est aussi un déclassement puisque, tout en gardant le même visage, le même accoutrement et le même surnom, elle devient Madame Lenoix [1], la concierge exubérante mais serviable et chaleureuse qui accueille Betty et, dès son arrivée, lui propose de lui présenter les autres locataires.

La revanche est encore plus radicale, brutale, impitoyable dans une autre séquence onirique, qui n’a aucune utilité dramaturgique et ne remplit qu’une seule, unique et primaire fonction : rendre coup pour coup, voire rendre au centuple. Coco a pris Diane de haut, Diane rabaisse Coco dans son rêve en introduisant un locataire négligeant, Wilkins, qui a laissé son chien déféquer dans la jolie cour intérieure de Havenhurst. Le film ne nous montre qu’un gros plan des étrons, puis la colère de Coco, qui sait que c’est bien à elle, la concierge, qu’il reviendra de les ramasser. Tout se passe en somme comme si Diane disait à la vieille dame : tu m’as prise pour de la merde, maintenant tu ramasses ma merde. Au mépris de classe de la grande dame d’Hollywood pour la petite-bourgeoise provinciale répond un autre mépris de classe : celui de la petite-bourgeoise pour la prolétaire.

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Article publié le 16 Août 2019 sur Lmsi.net