Nuage de gaz lacrymogène devant la gare de Montpellier lors de l’acte 43 des gilets jaunes, à peine un quart d’heure après le départ du cortège

À Montpellier, la rentrée sociale explosive des gilets jaunes a été marquée par une forte répression, notamment judiciaire : neuf arrestations, et trois jugements en comparution immédiate lundi dernier. Le premier a demandé le report de son procès, repoussé au 14 octobre ; le second a été condamné à quatre mois avec sursis et 210 heures de travail d’intérêt général pour avoir brisé la vitre de la voiture de police qui a brûlé, et le troisième a écopé de six mois de prison ferme sans mandat de dépôt (peine aménageable) pour violences sur policiers ; le tout accompagné d’interdictions de manifester en Occitanie pendant… un an ! Les propos du juge, comme ceux des gilets jaunes, valent le détour. Extraits.

« Et
les manifs CGT, j’ai le droit ? »

Quand le juge Éric Lapeyre a demandé au premier
déféré si sa garde à vue s’était bien passée, il a répondu du tac au tac :
« ce n’était pas du luxe ! », avant de souligner que son traitement
a mis du temps à arriver. Et lorsqu’il a compris qu’il n’aurait plus le droit
de manifester en Occitanie jusqu’à son procès reporté, il a répondu au
magistrat : « Et les manifs CGT, j’ai le droit ? »
Même pas ! Qu’il se réconforte : un appel national des gilets jaunes
est prévu à Paris le 21 septembre, loin de Montpellier !

« J’ai vu les
CRS attaquer les gilets jaunes »

Le second gilet jaune déféré a reconnu avoir
jeté une pierre sur les policiers. Il a regretté les faits, à sa manière :
« vers la fin on était tous tendus, que ce soit du côté des forces de l’ordre
ou du côté des manifestants. J’ai vu les CRS attaquer les gilets jaunes… »

Une affirmation qui a fait bondir le juge, selon lequel les policiers ne
seraient déployés que pour maintenir l’ordre, et non pour s’en prendre aux contestataires.
« Vous connaissez les fins de soirée qui dégénèrent ? Et bah là, c’est
des fins de manifs »
a tenté ce gilet jaune. Le juge tranchera par un « conseil »
qui en dit long sur l’état d’esprit des magistrats : « si vous ne
voulez pas prendre de lacrymo, restez chez vous ! »
L’avocat du gilet
jaune, Fanny Sbaiti, a souligné que le délit de « participation un attroupement
en vue de commettre des violences et des dégradations », reproché à son
client, est « un texte magique, qui ressort à chaque fois qu’on a envie
de condamner quelqu’un »
avant de constater que « même en
restant chez soi, on subit les violences policières »,
pour finalement
arriver à une conclusion bien trempée : « en France, au XXIe
siècle, dans le pays des droits de l’Homme, on juge des personnes arbitrairement »
.

« La
haine contre l’institution policière est montée »

Le troisième gilet jaune déféré a été poursuivi
pour avoir brisé, avec un drapeau français, la vitre de la voiture de police
municipale qui a brûlé, mais également pour « dissimulation du visage ».
« À partir du moment où on vient en manifestation masqué et qu’on participe
à la dégradation, on cautionne ».
Ce à quoi le manifestant a répondu :
« au départ j’y allais pacifiquement, et puis on s’est fait gazer à la gare.
Après la haine est montée, la haine contre l’institution policière. J’ai vu les
gens casser la voiture de police, du coup je me suis dit : ‘‘pourquoi pas
moi’’. J’ai tapé dedans, je me suis dit que ça pourrait leur donner une leçon
».
Quand le juge lui a demandé ce qu’il pensait des débordements de certains
casseurs, le gilet jaune a eu cette réponse inattendue : « Il y a
l’art et la manière de faire ».
Son avocate, encore Fanny Sbaiti, est
parvenue à obtenir une relaxe uniquement pour « dissimulation du visage » :
« Je vous invite à vous rendre en manifestation pour y prendre la température,
pour vous faire votre propre dossier d’ambiance… Si ça continue, le sérum
physiologique sera bientôt considéré comme une arme par destination ! »

Si les bons mots de ces gilets jaunes ont
permis de détourner l’ambiance cloîtrée de ces tribunaux dans lesquels tout est
fait pour que les prévenus s’écrasent devant les juges, il ne faut pas oublier
pour autant qu’ils ont été lourdement condamnés, bien qu’ils n’aient pas fini
en détention. Subir six mois de bracelet électronique et des centaines d’heures
de travail d’intérêt général est loin d’être anodin. Pour organiser la
solidarité collective face à la répression, l’assemblée de Montpellier contre
les violences d’État et pour les libertés vous accueille chaque mardi à 19h30
au Barricade (14 rue Aristide Ollivier, Montpellier).


Article publié le 11 Sep 2019 sur Lepoing.net