Avril 5, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Mur des fédérés, Cimetière du Père-Lachaise, Paris, 2021.

Si seulement la politique n’était pas un métier ;
Si seulement la politique ne se réduisait pas à la course politicienne ;
Si seulement nous votions pour des projets au lieu d’élire des gens ;
Si seulement les mandats étaient impératifs, que l’élection n’accordât pas des blancs-seings aux élus, mais les contraignît à conduire des projets d’intérêt général, vraiment d’intérêt général ;
Si seulement les élus étaient révocables ;
Si seulement les élus ne cumulaient pas les mandats et les indemnités ;
Si seulement les élus n’étaient pas tous les mêmes ou presque, masculins, blancs et issus de classes aisées, et que leurs réunions ne fussent pas des raouts « non-mixtes racisés » ;
Si seulement les élus ne faisaient pas mine de maîtriser alors qu’ils improvisent ;
Si seulement les élus ne tentaient pas de nous faire oublier que leurs privilèges sont ceux des aristocrates d’aujourd’hui ;
Si seulement l’abbé Sieyès n’avait pas dit que « les citoyens qui se nomment des représentants […] n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique » ;
Si seulement Tocqueville n’avait pas dit qu’il ne craignait pas le suffrage universel : « Les gens voteront comme on leur dira. »
Si seulement les élus, qui se recueillent chaque année devant le mur des fédérés, n’ensanglantaient pas les manifestants ;
Si seulement nos représentants nous représentaient, vraiment, et non les intérêts privés des finances qui les font élire ;
Si seulement la chose publique n’était pas livrée, contre l’intérêt général et contre de l’argent, aux intérêts privés ;
Si seulement les lobbies n’avaient pas leur place – de choix – tout contre les sièges des élus, et ne décidaient pas tout seuls de ce qui est bon pour tout le monde ;
Si seulement tout n’était pas décidé d’avance aux repas d’affaires des firmes multinationales ;
Si seulement l’idée de gouvernance mondiale des firmes multinationales n’était pas taxée de complotisme ;
Si seulement les médias de grande écoute n’appartenaient pas aux possédants ;
Si seulement les possédants ne tentaient pas de nous faire accroire que l’élection change la vie en mieux ;
Si seulement l’élection n’était pas un levier pour le contournement de notre volonté ;
Si seulement l’élection nous délivrait, au lieu de nous délivrer seulement l’autorisation de grognonner ;
Si seulement l’élection était un outil d’émancipation ;
Si seulement il existait un quorum d’élection ;
Si seulement les règles du pouvoir étaient écrites par nous ;
Si seulement l’idée de démocratie participative passait pour ce qu’elle est, un pléonasme ;
Si seulement la séparation des pouvoirs n’était pas un leurre ;
Si seulement la police et l’armée n’étaient pas plus riches que l’Éducation et la Culture ;
Si seulement le relativisme historique et géographique était jugé pour ce qu’il est : un argument relatif ;
Si seulement les sectateurs du scrutin majoritaire uninominal à deux tours ne tentaient pas de nous faire accroire que « nos ancêtres se sont battus pour le droit de vote » ;
Si seulement ces mêmes sectateurs ne jugeaient pas les électeurs abstentionnistes comme des complices de Kim Jong-un ou d’Hitler ;
Si seulement nous n’étions pas sommés de « faire barrage à l’extrême-droite », quand, je m’excuse, mais ce sont bien des élus dits républicains qui posent les fondements du système totalitaire en cours d’élaboration ;

Si seulement…

Si seulement l’élection n’était pas présentée par les médias de grande écoute comme un drame à suspense, alors que c’est une comédie ;

Alors, et seulement dans ces conditions, nous voudrions bien y croire – car l’élection est une croyance, comme le messie –, et nous voudrions bien, même, y penser…

En attendant : ABSTENTION !

Stéphane L. POLSKY,
Liaison William Morris (Paris) de la Fédération Anarchiste.




Source: Monde-libertaire.fr