Depuis le mercredi 6 mars au matin un mouvement de blocage des prisons a été initié par les syndicats de surveillants pénitentiaire. Après avoir bien chouiné devant les caméras des télévisions nationales la menace que les blocages continuent est annoncé.

Jeudi 14 mars les syndicats ont été reçus par Nicole Belloubet, ministre de la Justice. Depuis le mercredi 6 le centre pénitentiaire de Seysses, à côté de Toulouse, a été bloqué chaque matin pendant plusieurs heures.

Il est nécessaire de considérer comme il se doit les conséquences sur les détenus d’un refus de travailler de la part des matons, même pendant quelques heures seulement. Les parloirs avec les familles sont en tout cas retardés si ce n’est annulé. Les promenades sont en tout cas écourtées quand elles ne sont pas annulées. La plupart des activités sont annulées. Les personnes bénéficient d’un suivi médical se trouvent retardés dans la prise de leurs traitements. Le courrier ne vient plus…

Afin de réagir à la menace de se retrouver encore plus enfermé en cellule, les détenus ont refusé de remonter de promenade dès le 6 mars. Après 1h30 de blocage se sont les ERIS qui sont venus remonter tout le monde en cellule. Le 7 mars, une nouvelle tentative infructueuse a été mené le matin. L’après-midi seule l’intervention des ERIS permit le retour en cellule. Les blocages ont été accompagnés d’une liste de revendication adressé à l’administration.

Si les prisonniers réagissent immédiatement aux blocages des matons devant les prisons c’est qu’ils connaissent bien les conséquences de ceux-ci sur leur survie quotidienne ! La réponse de l’administration pénitentiaire ne s’est pas faite attendre et forcément elle fût répressive. Au moins deux détenus ont été transférés dans un autre établissement. Plusieurs personnes ont été envoyés au mitard. Plus personne ne sort de cellule sans être fouillé et sans la présence de plusieurs membres du personnel.

La situation de tension actuelle vient se rajouter à un climat déjà anxiogène. La prison est pleine. Pourtant les murs ne craquent pas, ce sont les détenus qui souffrent. Alors qu’à la base les cellules sont faites pour une seule personne, pratiquement toutes se trouvent occupés par trois détenus. Une personne étant systématiquement obligé de dormir sur un matelas au sol. Récemment un prisonnier a dû dormir à même le sol, les matons refusant de lui apporter un matelas. Cette « surpopulation » est déjà un calvaire pour les détenus (on pourrait penser le contraire quand on écoute les syndicats pénitentiaires pleurer devant les médias) mais elle entraîne avec elle son lot de galère supplémentaire. Les activités étant limité en termes de personne pouvant y participer, seule une minorité y a accès. Il en est de même pour les possibilités de travailler. Celles-ci sont soumises à une liste d’attente entre deux et six mois en fonction du poste. Les déplacements à l’intérieur de la prison demandent de longues attentes dans les salles fermées. Le service de cantinage est délégué à une entreprise privé qui se fait donc de l’argent sur le dos des détenus. Sodexo, en plus de les voler se moque des prisonniers. Les cantines arrivent systématiquement en retard, parfois avec la moitié de la commande. Si des aliments achetés manquent au panier il faut faire preuve de persévérance pour arriver au bout d’une procédure de réclamation absurde.

À la suite de la mort de Jaouad assassiné au mitard, les détenus dans un communiqué avaient exigé l’arrêt des mesures d’isolement. Aujourd’hui le mitard existe toujours et il est plein. Rien n’a changé si ce n’est la mutation discrète de quelques tortionnaires.

Nous ne nous battrons par pour un meilleur fonctionnement des établissements carcéraux. Une prison à visage humain n’existe pas ! Peu importe le nombre de détenus, le nombre de personnel, la qualité des repas ou la couleur des fenêtres. Mais nous n’oublions pas que pour les personnes à l’intérieur la plus petite revendication est déjà une question de survie. Ces derniers temps ont vu la solidarité se créer entre l’intérieur et l’extérieur de la prison de Seysses. Quelques jolis feux d’artifices sont venus colorier les murs ternes de la prison. À plusieurs reprises des gilets jaunes sont venu·e·s devant la porte apporter chants, solidarité et réconfort.

Voilà pourquoi il nous semblait nécessaire de rendre compte de l’état de tension actuel à l’intérieur de la prison et de relayer quelques-unes de leurs revendications.

En ces temps qui pètent et où la solidarité avec les détenus s’intensifie, continuons à construire les possibilités de notre évasion collective.

En attendant que les prisons finissent en cendres.