Nous devions fêter le 20 mars 2020 les 20 ans du site « Les mots sont importants », avec la présentation en librairie du recueil Mots et maux d’une décennie paru aux éditions Cambourakis. Confinés, et solidaires avec ceux et celles qui ne peuvent pas l’être, en colère contre ceux qui se sont attelés consciemment et systématiquement à détruire le système public hospitalier ces dernières années, nous avons décidé de célébrer autrement cet anniversaire, en proposant à partir de ce 20 mars une anthologie virtuelle. Le principe est le suivant : un texte par jour pour chaque année depuis la fondation du site en 1999, choisi parmi ceux qui sont parus exclusivement ou initialement sur le site, et qui n’ont été repris dans aucun recueil, ni celui de 2010, ni celui de 2020. Des « classiques » du site ou des textes passés plus inaperçus, des textes critiques, joyeux ou sérieux, qui parlent de politique au fil de l’actualité, mais aussi de films et de livres, et invitent à parcourir les quelques 2000 autres articles publiés par LMSI. Dès que les nécessités de confinement seront passées, nous reprogrammerons un événement festif, évidemment dans le 20ème arrondissement de Mme Calandra, la Maire sortante qui avait cherché à nous faire condamner en justice (en vain) et qui n’a récolté, au premier tour de 2020, qu’un pitoyable 12,5% (contre 38% à son concurrent de gauche). Notre recueil 2010-2020, est par ailleurs disponible sur commande, ici. En 2012, nous publions cette réaction au sexisme qui peut sévir dans nombre de milieux militants, à gauche, en l’occurrence chez les anti-pub.


J’ai pris ces deux photos le 31 décembre à la station du métro parisien Oberkampf. Mais depuis quelques semaines c’est aussi à Miromesnil, à Saint Michel et sur d’autres lignes que s’étale en grosses lettres le « pauv’ blonde » des marqueurs antipubs. J’avais d’abord trouvé le propos rigolo. Au slogan publicitaire d’un site de rencontre « J’ai découvert mon voisin sur le site CelibParis », la réplique était bien trouvée : « Moi, mon voisin, j’ai juste frappé à sa porte ». Bien trouvée mais malheureusement précédée d’un « Pauv’ blonde ». À quelques mètres de là, c’est par une « connasse » que le même militant avait trouvé malin d’exprimer son agacement face à une marque de vêtement et sa nouvelle collection « Miss France 2012 ».


Tout homme aujourd’hui raisonnablement progressiste se doit, surtout dans les milieux « éduqués », de soutenir le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes. Quant aux militants, c’est souvent avec empressement qu’ils se disent nos « amis ». Certains accourent quand un groupe féministe se constitue, et ne manquent pas d’exprimer leur désapprobation quand celui-ci se déclare non mixte, signifiant par là que le concours des hommes n’est pas souhaitable ni même désirable. J’en ai même connu qui, soucieux de prouver leur radicalité, allaient jusqu’à reprocher aux femmes de ne pas être assez féministes [1].

Ces « amis », boxeur ou auteur, prolo, instit ou avocat, socialistes, communistes, trotskistes, anarchistes, antiracistes et j’en passe, nous avons appris à nous en méfier. Et même à rigoler d’eux. Mais cela ne doit pas nous faire oublier que persiste un sexisme de gauche ouvert et brutal : du mépris des femmes et du dénigrement de leur cause jusqu’à la violence physique que, dans tous les milieux sociaux jusqu’aux partis les plus révolutionnaires, certains hommes sont capables d’exercer.

« Pauv’ blonde » est une insulte sexiste ; elle renvoie aux blagues misogynes sur les cheveux blonds comme marqueur physique de la débilité et de la futilité des femmes. C’est aussi un pitoyable slogan antipub, qui signale que son auteur n’a pas compris que les cibles devaient être les agences de publicité, la société de consommation, le capitalisme, la RATP, tout ce qu’il veut, mais certainement pas les femmes que l’on fait poser sur les affiches.

Car ces femmes, effectivement blondes de préférence, minces obligatoirement, jeunes et jolies bien sûr, ne sont que la manifestation visible d’un système qui ne se contente pas de matraquer aux citadins qu’il faut consommer, mais qui le fait précisément en réduisant les femmes au statut d’objet, de « sans cerveau ».

Loin de voir cela, le militant anti-pub, dans un mélange de naïveté confondante et d’aveu effrayant, s’attaque aux femmes malheureusement exhibées sur les murs de nos villes plutôt qu’au système qui les y relèguent, pour faire vendre. Sans doute croit-il malin de pointer la supposée « aliénation » des femmes, passant ainsi sous silence le système qui, peut-être génère leur alinéation, mais surtout fait perdurer le patriarcat. Et au final, et bien, pourquoi ne pas se défouler un coup et les traiter de « pauv’ blonde » ou de « connasse » ?

Alors, à chaque fois que j’aperçois cette affiche de la rame de métro où je me trouve, je murmure : pauv’ mec…


Article publié le 02 Avr 2020 sur Lmsi.net