Octobre 17, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Grùce à Tradfem, site de traduction de textes féministes, nous avons pu avoir accÚs au dernier ouvrage de Kajsa Ekis Ekman, journaliste et autrice anarchiste, féministe, suédoise. Nous connaissions déjà et avions apprécié, en 2013,

L’ĂȘtre et la marchandise. Prostitution, maternitĂ© de substitution et dissociation de soi [<a title=" Kajsa Ekis Ekman (2013) L’ĂȘtre et la marchandise. Prostitution, maternitĂ© de substitution et dissociation de soi, M Ă©diteur.” class=”notebdp”>note]. L’ouvrage Sur l’existence du sexe [<a title="Kajsa Ekis Ekman (2021) Om könets existens, Ă©ditions Polaris. ” class=”notebdp”>note]

poursuit cette rĂ©flexion sur « mon corps est Ă  moi Â» et contre la marchandisation du corps Ă  l’heure oĂč des fĂ©ministes sur le plan international luttent contre les trans-activistes. Le Women’s Human Rights Campaign (WHRC) est un groupe de femmes bĂ©nĂ©voles du monde entier qui se consacrent Ă  la protection des droits sexuels des femmes. <a href="3. https://karenina.se/om-konets-existens-av-kajsa-ekis-ekman/
” target=”_blank”>La DĂ©claration sur les droits fondĂ©s sur le sexe des femmes a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e pour faire pression sur les nations pour qu’elles maintiennent un langage protĂ©geant les femmes et les filles sur la base du sexe plutĂŽt que du « genre » ou de « l’identitĂ© de genre ». Elle est signĂ©e par 260 organisations fĂ©ministes dans 122 pays. Cette DĂ©claration se fonde sur la Convention sur l’Élimination de toute Forme de Discrimination Ă  l’égard des Femmes (Nations unies, 1979, CEDEF/CEDAW), et sur la DĂ©claration sur l’Élimination des Violences faites aux Femmes (Nations Unies, 1993, UNDFVW).

« Alors que vous retiriez les robes des enfants ayant un pénis, vous voulez maintenant retirer leur pénis aux enfants qui aiment les robes. »

Non pas que les militantes du WHRC soient opposĂ©es aux personnes trans, et donc transphobes, mais que parmi les personnes trans, certains d’origine homme s’activent contre les droits des femmes et des enfants en dĂ©veloppant une disqualification du fĂ©minisme et s’inscrivant dans une industrie trĂšs lucrative au mĂ©pris de la santĂ© des enfants. Promouvoir chez des enfants la transition de sexe, c’est mĂ©connaĂźtre qu’un enfant est en train de se construire sur une identitĂ© mouvante : qu’en sera-t-il Ă  l’ñge adulte de son dĂ©sir de changer de sexe, quand il pourra de lui-mĂȘme faire ses choix ? Rappelons-nous, et merci Ă  Christine Bard pour ses livres sur l’histoire de la jupe et du pantalon, que des hommes ont portĂ© robe et jupe pendant trĂšs longtemps et que certains en fonction de leur culture ou de leur religion s’habillent encore ainsi. Mais la phrase de Kajsa Ekis Ekman nous renvoie Ă  ces rĂ©actions qui traitent les fĂ©ministes de transphobes.

Au niveau international, le genre dĂ©signe « les rĂŽles, les comportements, les activitĂ©s et les caractĂ©ristiques qu’une sociĂ©tĂ© donnĂ©e, Ă  une Ă©poque donnĂ©e, considĂ©rĂ©s comme appropriĂ©s pour chacun des deux sexes (
) Ces caractĂ©ristiques, opportunitĂ©s et modĂšles relationnels sont construits socialement et sont inculquĂ©s par les processus de socialisation. » (Gender Equality Glossary, UN Women).

Kajsa Ekis Ekman affirme que tout individu·e a aussi un sexe. « Le nouveau discours sur le genre conserve les concepts fĂ©ministes de base mais les Ă©vide pour y substituer leur contraire. Le concept de construction sociale demeure et les signaux appartenant Ă  la critique fĂ©ministe de la sociĂ©tĂ© et le concept de sexe innĂ© demeurent et signifient quelque chose de fixe et d’éternel. Mais leurs places se sont interverties. Maintenant, c’est le genre qui devient le vĂ©ritable sexe. La fĂ©minitĂ© n’est plus un utĂ©rus, mais des boucles et des poupĂ©es roses ; la masculinitĂ© n’est plus un pĂ©nis, mais des guerres et des machines. Et les rĂŽles de genre, dit-on maintenant, sont innĂ©s dĂšs la naissance. » Si la critique fĂ©ministe et pro-fĂ©ministe reste pertinente quant au genre social, construction qui oriente bon nombre de nos comportements et qui permet au capitalisme de s’associer en se renforçant mutuellement au patriarcat, le concept « thĂ©orique Â» d’identitĂ© de genre reste incomprĂ©hensible et problĂ©matique, notamment pour les enfants.

IdentitĂ© sexuelle et identitĂ© de genre ?

La recherche de l’essence du soi existe probablement depuis que l’humain existe. La question de la relation entre le corps et l’esprit et de ce qu’est l’identitĂ© continuera d’ĂȘtre dĂ©battue. L’explication la plus probable s’est affirmĂ©e au fil du temps dans une interaction dialectique entre la nature et la culture. L’affirmation selon laquelle le genre est une partie innĂ©e de l’identitĂ© d’un individu est controversĂ©e. Certains prĂ©tendent que le sexe est inscrit dans le cerveau, malgrĂ© l’absence de soutien scientifique et empirique pour cette affirmation. La dĂ©finition de l’identitĂ© sexuelle est extrĂȘmement floue. Cependant, les chromosomes XY et XX sont associĂ©s Ă  des organes sexuels spĂ©cifiques, aux gonades, Ă  la capacitĂ© de dĂ©velopper la masse musculaire, Ă  des prĂ©dispositions Ă  la croissance des cheveux, etc. Aussi postmodernes que nous soyons, nous ne pouvons Ă©chapper Ă  la rĂ©alitĂ© matĂ©rielle du sexe. Le vocabulaire de la langue a une influence, mais n’est pas le seul facteur. Les organes gĂ©nitaux ne sont pas une identitĂ©, ce sont des parties du corps destinĂ©es Ă  la reproduction, au dĂ©sir, Ă  la miction.

« Les stĂ©rĂ©otypes sexuels ont refait surface sans qu’on s’en aperçoive ! Mais le sexe et le genre se sont intervertis. C’est le genre qui est maintenant la rĂ©alitĂ© et le sexe qui est qualifiĂ© d’irrĂ©el. On affirme que le sexe est « assignĂ© Â» Ă  la naissance, pour en faire une construction sociale que la sociĂ©tĂ© imposerait Ă  l’enfant. L’identitĂ© de genre, en revanche, est dite innĂ©e : un essentialisme de genre â€“ le genre comme essence indĂ©pendante du corps Â». Cette inversion justifie alors de mĂ©dicamenter et dĂ©couper des corps sains tant pour le traitement d’affirmation de genre que de lissage de peau vieillie. Injecter des hormones Ă  des enfants, au moment oĂč ils se cherchent, leur impose une hormonothĂ©rapie Ă  vie car sinon Ă  l’arrĂȘt du traitement, les dĂ©sordres corporels apparaissent de façon non maĂźtrisable.

La politique identitaire est un produit de notre climat nĂ©o-libĂ©ral. Certes les droits des homosexuels, des lesbiennes et des femmes progressent lentement (et pas partout, loin de lĂ ) grĂące aux nombreuses et longues luttes. Mais en mĂȘme temps, l’industrie pharmaceutique avance Ă  grand pas Ă  l’affĂ»t de clients potentiels telles les personnes transgenres qui auront besoin de mĂ©dicaments Ă  vie.

Incidences sur la santé  et les droits des femmes

Lors du webinaire du WHRC, le 18 avril 2021, l’exemple du sport a montrĂ© que des personnes trans homme>femme sont dorĂ©navant acceptĂ©es dans les Ă©quipes fĂ©minines : dans tous les sports de vitesse et de force, elles gagnent les premiĂšres places mais ne s’immiscent pas dans les sports gymniques, si bien que le renforcement des stĂ©rĂ©otypes est Ă  l’Ɠuvre. Le traitement hormonal est pourtant interdit aux athlĂštes femmes, les pays de l’Est de l’Europe ayant Ă©tĂ© condamnĂ©s pour de telle pratique lorsqu’elle Ă©tait visible. Mais les athlĂštes trans sont de plus en plus prĂ©sents.

Aucune Ă©tude n’a encore Ă©tĂ© en mesure de prouver qu’un traitement de correction du sexe amĂ©liore la santĂ© mentale des jeunes dits transgenres. Cependant, il existe des risques sur la santĂ©. Les traitements hormonaux sont trĂšs controversĂ©s Ă  l’échelle internationale : ils sont potentiellement sujets Ă  des consĂ©quences importantes et irrĂ©versibles telles que les maladies cardiovasculaires, l’ostĂ©oporose, l’infertilitĂ©, certains risques de cancer ou de thrombose. Les jeunes trans n’aiment pas leur corps. N’est-ce pas le cas de la plupart des jeunes ? La protestation contre la pubertĂ© est classique dans une sociĂ©tĂ© patriarcale sexualisĂ©e. Une sociĂ©tĂ© qui bĂ©nĂ©ficie de plus en plus, avant tout, de l’idĂ©alisation du corps fĂ©minin. Se sentir aliĂ©né·e de et dans son corps n’est pas exceptionnel. Les violences, la sexualisation, les exigences en matiĂšre d’apparence peuvent ĂȘtre Ă  l’origine de l’augmentation considĂ©rable des candidatures Ă  ces interventions, pour subir un changement de sexe. Les mĂȘmes causes se traduisent par des maladies mentales, des comportements nocifs et de l’anorexie, entre autres.

Aujourd’hui, bon nombre de rĂ©unions rassemblant des lesbiennes sont perturbĂ©es par des trans-activistes (soit trans homme>femme, soit homme se sentant femme) qui se comportent socialement comme des hommes (sortir du schĂ©ma patriarcal est difficile et long) en cherchant Ă  user de l’autoritĂ© et de la force et mĂȘme Ă  exiger et imposer des relations avec des femmes lesbiennes. Le reflet de la domination masculine jusqu’au viol !

Les normes de la sociĂ©tĂ© doivent changer pour que les personnes sentent qu’elles peuvent ĂȘtre ce qu’elles veulent ĂȘtre. Cela concerne sans doute peu de personnes, moins de 1 %, et pourtant les trans-activistes dĂ©ploient des stratĂ©gies pour faire Ă©voluer les lĂ©gislations : accĂšs aux services de gynĂ©cologie et de santĂ© pour femmes, aux services d’hĂ©bergement pour femmes violentĂ©es, aux lieux de rencontre des femmes y compris sportifs, aux associations de femmes, aux politiques d’égalisation des chances, etc. et ce, Ă  partir du genre et non du sexe. Si bien que le genre est considĂ©rĂ© comme quelque chose de fixe et de dĂ©terminĂ©, maintenant non pas matĂ©riellement au niveau du corps mais Ă  celui du cerveau. Et ce qui est stable, c’est l’identitĂ© de genre. L’essentialisme est de retour, un biologisme sans biologie, et la catĂ©gorie des femmes risque d’y perdre son sens. N’est-ce pas une arme parfaite contre le fĂ©minisme ? Ce qui demeure, cependant, c’est la logique patriarcale, avec le genre construit socialement qui discrimine les femmes : c’est pourquoi nous sommes fĂ©ministes, que nous luttons contre tout essentialisme, en respectant quiconque pour ce qu’il ou elle est, mais sans se faire imposer toute domination d’oĂč qu’elle vienne.

HĂ©lĂšne Hernandez
Groupe Pierre Besnard




Source: Monde-libertaire.fr