Août 14, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Le dessinateur Sempé est mort. Il frôlait les 90 ans. Grace à lui et son immense talent, nous continuerons à caresser les chats qu’il aimait tant dessiner, nous serons toujours aussi petits devant le vaste monde, tels ses personnages si attachants, nous roulerons fièrement à vélo en pensant à lui qui dessinait si bien les bicyclettes.

Sempé était un poète, un tendre, sa plume ne piquait pas ou si peu. Fin observateur de notre société, l’artiste n’est pas mort sur les planches mais sur sa planche à dessin. Une planche de très grand format. L’artiste voyait grand. Car les arbres ont beaucoup de feuilles et il n’en oubliait aucune. Les immeubles comptent tellement de fenêtres, les terrasses des cafés débordent de clients, les routes sont encombrées de voitures, le monde de Sempé grouille de mille solitudes qui se côtoient. Quelle générosité dans ce trait presque timide, ce léger tremblé tellement reconnaissable.

Sempé se trouvait lent, voire besogneux. Il pouvait passer plusieurs jours sur un dessin, encore plus de temps pour trouver une idée. Quelques mois parfois, disait-il. Heureusement pour les lecteurs. Loin du dessin d’actualité et de la satire politique ou de la caricature, Sempé avait choisi le dessin d’humour. Le dessin qui dure. Un genre disparu aujourd’hui. Sur les traces des dessinateurs Bosc ou Chaval, Sempé fit surtout du Sempé. La rencontre avec le scénariste René Goscinny, au début des années 60, sera le début de sa longue carrière avec la création du Petit Nicolas. Suivront de nombreux albums aux titres typiquement Sempéens (rien n’est simple, tout se complique…) où le dessinateur philosophe s’éloignera de la série et inventera son style, tant par le trait que par les textes d’une poésie inimitable.

Il est drôle de savoir que l’artiste se serait plutôt vu en footballeur ou musicien de jazz. Il prit ses premiers cours de piano à plus de 80 ans.

Depuis Van Gogh, on ne regarde plus les tournesols de la même manière. Jean-Jacques Sempé a inventé une certaine connivence entre celles et ceux qui veulent bien se reconnaître. Un matin, j’observais une maisonnette coincée entres deux gros immeubles. Une dame à côté de moi me dit, on dirait du Sempé. Les mots étaient inutiles, Sempé nous avait rapprochés, nous aimions les musiciens, les chats, les vélos, et la vie soudain était douce comme une chanson de Trenet.

André Faber




Source: Monde-libertaire.fr