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De plus, les 183 € annoncĂ©s vous ne les verrez pas tout de suite, mais seulement partiellement Ă  partir de JANVIER puis MARS 2021,alors que VĂ©ran avait promis que l’augmentation serait effective dès le 1er juillet !!!

A ce niveau, cet accord est surtout une INSULTE À NOTRE DIGNITɠ!

CFDT, UNSA et FO sont les complices de ce doigt d’honneur aux soignants. Mais ce doigt d’honneur-lĂ  ne sera pas critiquĂ© par la presse aux ordres, contrairement Ă  celui de l’infirmière Farida …. CFDT, UNSA, sans surprise ; on sait qu’ils se couchent devant la direction, mĂŞme quand elle ne leur demande pas. Mais attardons nous sur le cas de FO, qui se veut plus revendicatif. FO SantĂ© ose dĂ©clarer dans son tract « NĂ©gociations SĂ©gur VICTOIRE Â». Heureusement que le ridicule ne tue pas … Voyons de quelle victoire il s’agit :

 Une victoire pour les salaires ? pas vraiment …

Déjà on l’a vu la revalorisation ne suffira même pas à rattraper le blocage des salaires depuis 10 ans.

En plus pourquoi attendre 2021 pour mettre en place la revalorisation ? Pour Air France, l’Etat n’a pas attendu pour dĂ©bloquer directement 3 milliards. Est-ce que la santĂ© est moins importante que les avions ? Est-ce pour ĂŞtre sĂ»r que les soignants continueront de se sacrifier si jamais il y avait une seconde vague Ă  l’automne, en agitant cette carotte sous leur nez ?

Par ailleurs, cette revalorisation n’est pas claire et nette. L’accord ne prĂ©voit pas une augmentation du point d’indice ni du traitement mais un « complĂ©ment de traitement indiciaire Ă  hauteur (sic) de 49 points reprĂ©sentant 183 euros nets par mois Â». En gros c’est comme une prime : un complĂ©ment ça peut ĂŞtre annulĂ© du jour au lendemain, sans prĂ©avis, car ce n’est pas intĂ©grĂ© dĂ©finitivement dans le salaire. Avec la crise qui s’annonce, autant dire que cette revalorisation risque de faire long feu …

Et que veut dire « Ă  hauteur Â» : que ce sera un maximum qui pourra ĂŞtre atteint mais sans garantie ? Car l’esprit de ce texte est de renvoyer au niveau local les nĂ©gociations sur les indemnitĂ©s et les primes, bonus etc. Application sur la base d’accords locaux signĂ©s avec les organisations syndicales. LĂ©cheurs de cul de la Direction, l’avenir vous sourit !

Enfin, cet « accord Â» prĂ©voit de « simplifier Â» les fiches de paie en fusionnant toutes les indemnitĂ©s : « Les parties au prĂ©sent accord conviennent qu’une rĂ©novation du rĂ©gime indemnitaire des personnels de la fonction publique hospitalière sera entreprise [sur le] principe suivant : le nouveau rĂ©gime indemnitaire a vocation Ă  fusionner l’ensemble des rĂ©gimes indemnitaires existants. Â».

Concrètement cela veut dire qu’à terme le complĂ©ment indemnitaire de 183 euros risque d’absorber toutes les indemnitĂ©s actuelles, comme par exemple l’indemnitĂ© de sujĂ©tion pour un Aide-soignant de Classe 3, qui est de 165 euros par mois et qui avait Ă©tĂ© acquis par une lutte en 1991. Belle victoire du SÉGUR en effet que de supprimer les victoires de nos prĂ©cĂ©dentes luttes !

 Une victoire pour les conditions de travail et l’organisation des services ? pas vraiment …

Le texte prévoit également que les syndicats conviennent de la mise en place de la gestion des emplois et des compétences, avec des plannings autogérés par les soignants eux-mêmes. Mais le texte ne dit rien – ou peu – sur les moyens matériels pourtant nécessaires pour exercer nos fonctions dans des conditions DIGNES.

Au contraire, le texte prĂ©voit mĂŞme de continuer les fermetures de lits en « dĂ©veloppant les hospitalisations programmĂ©es et ambulatoires Â» ! (cf. Bichat Beaujon 35% de lits en moins …) En absence de moyens matĂ©riels supplĂ©mentaires et massifs, en absence de nouveaux lits, en absence de nouvelles embauches fermes et massives, ce sera surtout l’autogestion de la misère et de notre propre exploitation.

Souvenons de ce qui s’est passĂ© l’étĂ© dernier : alors que le personnel rĂ©clamait des MOYENS en pleine canicule (climatiseurs, aĂ©rations en bon fonctionnement, postes de soins rĂ©frigĂ©rĂ©s, …), FO Cochin rĂ©clamait une PRIME-Canicule. Or les primes n’empĂŞchent pas la dĂ©gradation des conditions de travail.

Le texte ouvre aussi la boĂ®te de pandore de la remise en cause des « 35 heures Â» (mĂŞme si on sait bien que ça n’a jamais Ă©tĂ© les rĂ©elles 35 heures) : « Il sera procĂ©dĂ© après concertation , Ă  des modifications rĂ©glementaires , notamment le dĂ©cret N° 2002-9 du 4 janvier 2002 relatif Ă  l’amĂ©nagement et Ă  la rĂ©duction du temps de travail dans la fonction publique hospitalière , pour mettre en oeuvre les dispositions visant Ă  amĂ©liorer l’organisation du travail sans remettre en cause le cadre lĂ©gal . Â»

Le rappel au cadre lĂ©gal ne doit pas faire illusion : le cadre lĂ©gal ce ne sont pas les « 35 heures hebdomadaire Â» mais bien « l’annualisation du temps de travail Â»- prĂ©vu dans la loi dite des 35 heures. Avec l’accord SÉGUR, « dans le cadre des accords locaux Â», la Direction pourra toucher Ă  vos 35 heures, Ă  vos RTT, Ă  planifier des 12 heures partout Â» sur la base du volontariat Â» … et mon cul sur la commode …Regardez Cornill ( pneumologie Cochin ) au nom du COVID, ils Ă©taient tous passĂ©s en 12 heures sans qu’aucune organisation syndicale ne dise rien …. Il faut dire que les permanents syndicaux Ă©taient exemptĂ©s du « volontariat Â» ( imposĂ© de fait ) : les 12 heures c’est bien mais pour les travailleurs, par pour leurs « reprĂ©sentants Â» …

Il faut souligner la ruse introduite par cet accord : sous couvert d’autonomie d’organisation, la remise en cause du mode d’organisation du travail se faisant au niveau local, structure par structure, chacun partira Ă©ventuellement en lutte dans son coin, pour essayer de contrer sa direction, mais sans qu’il y ait un mouvement gĂ©nĂ©ralisĂ©. C’est la bonne vieille stratĂ©gie du « diviser pour mieux rĂ©gner Â». On sait que la lutte dans une structure isolĂ©e aura moins de poids, et donc moins de chance de rĂ©ussir, qu’une grève gĂ©nĂ©rale de l’ensemble du secteur hospitalier. Or le soutien populaire aux hospitaliers suite Ă  la crise COVID nous mettait dans un rapport de force favorable vis-Ă -vis de l’Etat et des Directions hospitalières. Les syndicats, en acceptant de participer aux nĂ©gociations SÉGUR, nous ont dĂ©sarmĂ© et ont sabotĂ© notre rapport de force favorable.

 Au final, les seuls victorieux ce sont les syndicalistes garde-chiourmes de notre colère …

Ce qui est proprement incroyable c’est que des syndicalistes aient signĂ© ce texte qui est une reddition en rase campagne avant mĂŞme d’avoir engagĂ© toute lutte !!!

Mais en fait, ce texte correspond bien à leur conception du syndicalisme, un syndicalisme de service, d’accompagnement, de concertation et de discussion, qui apporte aux syndicalistes des avantages (permanents, décharges syndicales, locaux, heures de formation et restos…) en échange de leur docilité. (cf. l’article du Canard Enchaîné de cette semaine qui confirme notre analyse)

Que SUD ou la CGT n’aient pas signĂ© l’accord ne doit pas nous leurrer : ils n’ont pas besoin de signer, puisque les autres le font Ă  leur place. Cela leur permet de jouer le rĂ´le des rebelles, mais dans le fond ils n’agissent pas tellement diffĂ©remment des autres syndicats (. Au fait est ce que ces syndicats ont appelĂ© Ă  des assemblĂ©es de lutte pendant qu’ils nĂ©gociaient ? Non ! cela montre bien qu’aucun d’entre eux ne voulait vraiment engager de bras de fer.).

Et surtout ils ne crachent pas sur les avantages que leur confère leur statut de syndicat « reprĂ©sentatif Â». S’ils Ă©taient rĂ©ellement des structures de lutte, ils refuseraient les avantages octroyĂ©s par l’Etat pour assurer leurs mandats, de façon Ă  ĂŞtre rĂ©ellement libres et indĂ©pendants.

Cet accord est une INSULTE contre notre dignité.

L’objectif de l’accord n’est pas d’augmenter le salaire des soignants, mais de nous faire travailler encore plus, dans des conditions matĂ©rielles qui seront toujours aussi dĂ©gradĂ©es, avec les syndicats dans le rĂ´le des gardes-chiourmes, qui s’assureront que les accords qu’ils auront « nĂ©gociĂ© Â» soient bien respectĂ©s par les soignants. Et les syndicats tireront des avantages sonnants et trĂ©buchants de cette Collaboration. Sous couvert d’autonomie de gestion, l’accord va en fait surtout servir Ă  augmenter la pression sur les personnels, en les obligeants Ă  gĂ©rer eux mĂŞme leur propre misère.

Macron nous a affirmĂ© au dĂ©but de l’épidĂ©mie « La santĂ© n’a pas de prix. Le gouvernement mobilise tous les moyens financiers nĂ©cessaires, quoi qu’il en coĂ»te Â». Le SEGUR montre que encore une fois, MACRON A MENTI : finalement c’est bien la logique comptable qui prĂ©vaut sur les considĂ©rations sanitaires …

Aujourd’hui nous sommes à l’heure des choix. Ne pas dénoncer cet accord, c’est se rendre complice. S’il reste des syndicalistes sincères à FO ou ailleurs, s’ils ne déchirent pas leur carte, c’est qu’ils couvrent cette trahison.

Ce pseudo-accord est une usine Ă  gaz dirigĂ©e contre nous, ceux qui se sont sacrifiĂ©s sans compter pendant la crise. Le Capitalisme porte en lui la guerre et la misère, et se fout bien de notre santĂ© comme de nos conditions de vie. Seule une rĂ©volution sociale permettra d’en finir avec l’exploitation gĂ©nĂ©ralisĂ©e tant de la Planète que des Humains. Mais d’ici lĂ  exigeons :

Le retrait immĂ©diat de cette fumisterie de plan Notat-SĂ©gur ;

Respect par Macron de sa parole « la santĂ© avant l’économie, quel qu’en soit le coĂ»t Â» et salaire unique pour tous les soignants, sur la base du traitement des directeurs d’ARS (après tout, nous n’avons pas Ă©tĂ© moins dĂ©mĂ©ritant qu’eux pendant la crise COVID) ;

CrĂ©ation massive de lits supplĂ©mentaires ;

Embauches massives d’au moins 300 000 personnels en secteur hospitalier et EHPAD.

Pour défendre nos intérêts, n’attendons rien des syndicats officiels. Organisons nous nous-mêmes, refus de la représentation, pour l’action directe créons nos assemblées de lutte, pour libérer la parole et les initiatives et faire aboutir nos revendications.

Pour un vĂ©ritable militantisme sans dĂ©charges syndicales, contre les permanents Ă  vie !

Pour un système de santé universel, socialisé, solidaire.

Vive la sociale !

Des travailleurs du secteur santé de la CNT-AIT (Anarchosyndicaliste)

Cochin-Broca –Hôtel-Dieu, juillet-août 2020

Si vous souhaitez prolonger la discussion avec nous, vous pouvez nous contacter par mail : cntaitcochin@gmail.com

http://cnt-ait.info


Article publié le 12 Sep 2020 sur Cntaittoulouse.lautre.net