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Sur la dernière décennie, le discours sécuritaire a pris une ampleur considérable et un tour inédit  : l’extrême droite est plus proche que jamais du pouvoir, dans un contexte de contestation sociale soutenue. Même Napoléon se trouve appelé au service de la cause.

Ce qui est intéressant pour l’État et le capital avec la politique sécuritaire, c’est qu’en en faisant un élément central du discours politique, cela permet de ne pas parler de questions aussi cruciales que l’emploi, les salaires, le logement et plus généralement les inégalités sociales ou la crise climatique. Ce lessivage, auquel participent la plupart des grands médias aux mains de l’État et des grands groupes capitalistes, fonctionne à merveille. La politique sécuritaire, de même que la guerre, contribue à modeler une opinion publique et c’est au fond le plus important puisque cela permet de fabriquer du consensus par la sidération et la neutralisation du débat politique.

Si l’idéologie sécuritaire est réaffirmée avec force à chaque meurtre de policiers et lorsque la colère de cette profession s’exprime par la voix de ses organisations, on aurait tort de penser qu’il s’agit de quelque chose de conjoncturel. La crise sanitaire est du reste un véritable accélérateur de la politique sécuritaire. L’état d’urgence, mesure d’exception dont l’État fait un usage permanent depuis les attentats de 2015, est devenu un élément central du maintien de l’ordre et du contrôle social en France.

L’élection présidentielle se joue à droite toute

La surenchère sécuritaire actuelle est assez différente de celles qu’on a pu connaître lors des retours au pouvoir de la droite des années 1980 aux années 2000, ou avec les gouvernements du PS, cette deuxième droite, car elle enfle et prend de la force aussi du fait d’une montée du discours autoritaire. Ce dernier n’est pas nouveau. Ainsi Chirac avait fait du retour à l’ordre un élément structurant de sa réélection en 2002.

La différence est que l’extrême droite est plus forte électoralement, plus présentable institutionnellement, plus présente dans les médias et qu’elle croit beaucoup plus à la possibilité de prendre le pouvoir en 2022. Même si, à part des figures comme Charles Beigbeder ou Vincent Bolloré, elle ne bénéficie pas du soutien de la majeure partie de la bourgeoisie, elle a le vent en poupe et s’autorise tout – y compris un appel au coup d’État militaire. Elle se lâche en toute confiance car la réaction est incarnée au plus haut niveau par les Macron, Darmanin, Vidal et Blanquer, pour qui l’élection présidentielle de 2022 se joue à droite toute.

De ce point de vue, le bicentenaire de la mort de Napoléon est un véritable révélateur. Le discours officiel célèbre la grandeur du despote tout en reconnaissant que le rétablissement de l’esclavage, c’est mal, et que dans les guerres napoléoniennes, il n’y avait pas que du bon, laissant ainsi volontiers dans l’ombre la spécificité du régime napoléonien. Il s’agit en effet d’un régime militaro-policier incarnant alors la façon la plus efficace de défendre les intérêts de la bourgeoisie après les débordements des «  bras nus  » et
autres éléments populaires durant le moment révolutionnaire (1789-1794).

On cherchera en vain des contributions tranchant avec cette vision médiatique de l’histoire. Quelques lignes critiques perdues dans les flots de louanges à la gloire du dictateur émergent péniblement dans les numéros spéciaux de la presse mainstream ou de contributions d’historiens et historiennes sans remettre en cause le discours dominant.

Napoléon, un régime militaro-policier

L’appel à l’État fort rassure le pouvoir et le noyau dur de ses partisans dans un contexte de mécontentement social déconfiné et toujours perçu avec inquiétude. À mesure que revit la mobilisation lycéenne, que sont occupés les lieux culturels, que la contre-réforme de l’indemnisation des chômeurs et chômeuses se voit combattue, le discours sécuritaire monte en volume.

Laurent Esquerre (UCL Aveyron)




Source: Unioncommunistelibertaire.org