Avril 3, 2020
Par Renversé (Suisse Romande)
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Dans une situation de confinement (partielle ou totale) d’une bonne partie du monde, nombreuses sont les listes de choses Ă  faire Ă  la maison (pour celleux qui en ont une) pour passer le temps, voire « tuer le temps” – quand c’est pas sa compagne [1]. MĂȘme si trop de ces discours romantisent le confinement pour y voir une occasion de « se retrouver Â» de « se recentrer sur l’essentiel Â», de « prendre le temps Â», sans remarquer une Ă©niĂšme manifestation de privilĂšges (de race, de classe et de genre), d’inĂ©galitĂ©s sociales et Ă©conomiques encore plus flagrantes qu’en temps normal, se divertir reste nĂ©cessaire.

En fouillant dans nos souvenirs et nos bases de donnĂ©es de films, on est vite confrontĂ©.es au fait que les pollutions, accidents et scandales industriels, pourtant quotidiens de par le monde et tuant des millions de personnes chaque annĂ©e pour le bien-ĂȘtre du capitalisme, sont quasi inexistants du cinĂ©ma « grand public Â». On peut faire une liste interminable des films catastrophes traitant d’armĂ©es de zombies ou monstres gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©s, ou d’une nature hostile qui se dĂ©chaĂźne, dĂ©vastant tout sur son passage, ou encore de mondes post-apocalyptiques oĂč la survie prend systĂ©matiquement la forme d’une loi de la jungle, plutĂŽt que d’une entraide solidaire. Mais rares sont les films qui nous parlent de « catastrophes Â» qui se produisent rĂ©ellement, et qui sont des fois bien pires que la fiction. Le corona-virus, bien que dramatique dans ses consĂ©quences, ne devrait pas cacher la forĂȘt des drames engendrĂ©s par les Etats et les intĂ©rĂȘts des multinationales qu’ils servent. Si au lieu de mater des Ă©crans « pour se divertir Â», on en profitait pour regarder des films et se divertir « contre Â» ?

Une sĂ©lection dont l’idĂ©e est de partager des films variĂ©s en qualitĂ© et en statuts, accessibles et populaires [2]. Des films contribuant Ă  Ă©largir nos rĂ©fĂ©rences, nos imaginaires, non pas sur des catastrophes soi disant « Ă  venir Â», mais avec celles qui sont dĂ©jĂ  lĂ . Une liste, et surement d’autres, en attendant de survivre, mentalemente et politiquement, au confinement [3]

Pour regarder ces films gratuitement, il y a plusieurs possibilités (mais protégez-vous avec un VPN si possible, gratuit avec riseup ou calyx)

  1. Streaming : https://hdss.to/  ;
  2. Torrent : https://www2.yggtorrent.me  ; https://www.rutracker.org  ; https://cpasbien.tf/  ; https://www.limetorrents.info
  3. Stremio : interface trĂšs efficace et accessible. Il suffit de la tĂ©lĂ©charger et d’y ajouter, dans les options, les add-ons “Juan carlos 2”, “pirate bay addon”, “pop corn time” et “Rar”.

Se divertir contre – Episode I : Les scandales de l’industrie et de ses pollutions (I)

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Woman at war (2018)


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Halla, femme cĂ©libataire, la quarantaine passĂ©e, vit en Islande. Sensible aux luttes environnementales, elle est convaincue de devoir agir face Ă  l’apathie gĂ©nĂ©rale. A cĂŽtĂ© des ses cours de chant et de yoga, elle part en excursion saboter les lignes Ă  haute tension qui traversent les terres d’Islande pour alimenter les Ă©nergivores usines de fabrication d’aluminium. Le « problĂšme Â» devient national et un bras de fer se met en place entre une femme qui dĂ©fie la loi et l’argent, et un Etat qui ne veut pas se remettre en question. Une aventure Ă  la Kusturica sur une femme en guerre dont le prĂ©nom renvoi aux derniĂšres Bandit.es de l’histoire islandaise.

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MĂȘme la pluie (2011)


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SĂ©bastian est en Bolivie pour tourner un film sur la colonisation espagnole et le sort des indigĂšnes. Des manifestations populaires Ă©clatent dans tout le pays quand Bechtel, une multinationale amĂ©ricaine qui a remportĂ© l’appel d’offre pour la privatisation de l’eau, dĂ©cide de fermer tous les puits, d’augmenter les prix et de marchander tout accĂšs Ă  l’eau courante. Le dilemme devient troublant pour Sebastian quand un des figurants principaux de son film, un autochtone bolivien, dĂ©cide de s’engager pleinement dans la lutte pour la justice sociale. Un film basĂ© sur les rĂ©voltes de « la guerre de l’eau Â» des annĂ©es 2000, dĂ©marrĂ©e Ă  Cochabamba, oĂč la population avait pris les rues face Ă  l’armĂ©e pour dĂ©fendre ses droits les plus Ă©lĂ©mentaires face au capitalisme.

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Dark Waters (2019)


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Robert Bilott, avocat spĂ©cialisĂ© dans la dĂ©fense des multinationales de la chimie, est interpellĂ© par un fermier de sa ville natale, dans l’Est des Etats-Unis, qui voit ses vaches mourir sans explications. Alors que personne, localement, n’ose se pencher sur cette histoire, Bilott va rapidement comprendre que les terres alentours de la ferme appartiennent Ă  la multinationale Dupont, gĂ©ant de la chimie et plus gros employeur local. Il commence une enquĂȘte de plusieurs dĂ©cennies qui va faire Ă©clater, dĂ©but 2000, « le scandale du TĂ©flon Â», un scandale sanitaire mondial toujours en cours et dont on rĂ©alise toujours pas toutes les rĂ©percussions.

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There will be blood (2007)


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Au dĂ©but du XX Ăšme siĂšcle, le Nouveau Mexique vit sa ruĂ©e vers l’or. Daniel Plainview, prospecteur avide, ambitieux et misanthrope, tente sa chance aux cĂŽtĂ©s de son fils. Sur place, les logiques de pouvoir, qu’elles reposent sur l’argent, sur l’autoritĂ© ou la religion, entrent rapidement en conflits, chacun Ă©tant prĂȘt Ă  tout pour arriver Ă  ses fins : obtenir plus, quel que soit le prix. Un western sur les cĂŽtĂ©s sombres de l’ĂȘtre humain face au pouvoir, et sur les fondements des grandes fortunes d’hier et d’aujourd’hui : mensonges, opportunismes et exploitations.

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Erin Brockovich : seule contre tous (2000)


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Erin Brockovich, mĂšre Ă©levant seule ses trois enfants, sans diplĂŽme, se retrouve obligĂ©e de trouver rapidement un travail pour couvrir tous ses frais mĂ©dicaux et de justice suite Ă  un accident de voiture dont le responsable est acquittĂ©. A coup d’audace et de tĂ©nacitĂ©, elle obtient de son avocat un emploi d’archiviste dans son cabinet. C’est en classant des documents qu’Erin dĂ©terre une affaire louche d’empoisonnement des eaux en Californie. Elle dĂ©cide de se jeter dans la bataille en dĂ©fendant les plaignant.es contre l’industrie PG&E, sociĂ©tĂ© de distribution et de gaz et d’élĂ©ctricitĂ©.

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The Host (2006)


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Park Hee-bong vit Ă  SĂ©oul avec sa famille et tient un petit snack au bord de la riviĂšre Han. Un jour, un monstre gĂ©ant surgit des profondeurs de la riviĂšre et enlĂšve Hyun-seo. La famille Park dĂ©cide alors de partir en croisade contre le monstre pour la retrouver. Ce monstre amphibien et carnivore est issu d’une mutation gĂ©nĂ©tique causĂ©e par le dĂ©versement de produits toxiques dans la riviĂšre traversant la ville. Bong Joon Ho mĂ©lange, sans que son rĂ©cit en pĂątisse une seconde, le film de monstre et le rĂ©alisme du fait divers, le pamphlet anti-impĂ©rialiste et la comĂ©die Ă  l’italienne, la parabole kafkaĂŻenne et la fable humaniste.

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Promised Land (2013)


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Steve Butler, travaille pour un grand groupe Ă©nergĂ©tique amĂ©ricain, Global. Il se rend dans une petite ville de campagne pour convaincre les fermiers d’une petite communautĂ© rurale d’autoriser Global Ă  forer leurs terres moyennant une trĂšs lucrative compensation financiĂšre. Butler est un idĂ©aliste : il ne fait pas ce job uniquement pour gagner sa vie. Il croit sincĂšrement que le monde rural est Ă  l’agonie et qu’il est l’ange providentiel qui apporte Ă  ces fermiers dĂ©sƓuvrĂ©s les conditions de leur survie. Mais ce qui devait ĂȘtre un jeu d’enfant ne se passe pas comme prĂ©vu dĂšs lors que des voix critiques s’élĂšvent et s’organisent. Gus Van Sant alerte sur le gaz de schiste avec un Matt Damon se croyant sauveur, mais dont toute la bontĂ© ingĂ©nue sert les intĂ©rĂȘts des exploitants contre les exploitĂ©s.

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Chernobyl (2019)


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C’est l’histoire de la plus grave catastrophe nuclĂ©aire civile, celle de Chernobyl en 1986, prĂšs de Pripyat, en Ukraine. La sĂ©rie suit de maniĂšre rapprochĂ©e les Ă©vĂšnements qui ont directement prĂ©cĂ©dĂ© et suivi l’accident : l’explosion du rĂ©acteur 4 de la centrale, et la propagation d’énorme quantitĂ© de matiĂšres radioactives dans l’atmosphĂšre, le travail des “liquidateurs” sacrifiĂ©s pour limiter les dĂ©gĂąts, et les procĂšs destinĂ©s Ă  Ă©touffer la vĂ©ritĂ©. MĂȘme si elle prend quelques libertĂ©s par rapport aux Ă©vĂšnements historiques, l’essentiel est lĂ . On se retrouve avec un accident dramatique dĂ» Ă  la mauvaise gestion, Ă  la corruption et Ă  l’opacitĂ© d’un Etat soviĂ©tique prĂȘt Ă  tout pour sauver la face en pĂ©riode de Guerre Froid oĂč prime la course au nuclĂ©aire civile et militaire avec les Etats-Unis.

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Pompoko (2006))


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Dans les forĂȘts des alentours de la mĂ©gapole vivent les tanukis. Ils voient la ville se rapprocher toujours plus de leurs habitats naturels, telle une tumeur de pollutions et de destruction en pleine expansion. Bien dĂ©cidĂ©s Ă  prendre leur destin en main, ils dĂ©clarent la guerre aux multinationales de la construction et passent Ă  l’action ! Que ce soit en sabotant les machines de chantier ou tentant d’effrayer les humain.es Ă  partir de leurs propres superstitutions, la riposte s’organise face Ă  la forĂȘt qui disparait chaque jour un peu plus. Avec Pompoko, le Studio Ghibli nous offre un manga magique comme Ă  son habitude, une fable oĂč les lĂ©gendes passĂ©es nous permettent de comprendre et combattre un prĂ©sent qui nous Ă©chappe.

Rubrique “Vous n’ĂȘtes pas obligĂ©.es mais ça existe”

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Thank you for smoking (2006)


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Une comĂ©die sur Nick Taylor, lobbyiste surdouĂ© dans la communication et les relations publiques, qui est engagĂ© par les lobbys du tabac Ă©tats-uniens pour rĂ©habiliter la cigarette face aux politiques de prĂ©vention du tabagisme qui se mettent place. Un film ambigu et problĂ©matique qui pose les « marchandes morts Â» (armes, tabac et alcool) du cĂŽtĂ© du politiquement incorrect, ce qui ne manque pas d’en faire des personnages dĂ©sirables et sympathiques. Au final, tout le monde en sort grandit : les critiques y voient une critique du tabac, les lobbyistes y voient une critique du politiquement correct. Un film cynique sur le cynisme qui conforte le monde tel qu’il est.

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Deepwater Horizon (2016)


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Un film catastrophe Ă  la nord-amĂ©ricaine (des grosses couilles et de l’action) qui a le mĂ©rite de parler d’une catastrophe Ă©cologique majeure qui aura coĂ»tĂ© la vie Ă  11 ouvriers : l’explosion de la plateforme pĂ©troliĂšre Deepwater Horizon en 2010. Les images et l’immersion dans une plateforme qui explose sont impressionnantes. Cependant, focalisĂ© sur le drame humain, il relĂšgue les consĂ©quences environnementales Ă  une simple et anecodtique phrase de fin, alors qu’il s’agit d’une des pires marĂ©es noires des Etats-Unis, et il rĂ©ussi Ă  ne pas vraiment parler des responsables de cet accident : le gĂ©ant du pĂ©trole, British Petroleum.

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Blood Diamond (2007)


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Danny Archer, trafiquant de diamants incarcĂ©rĂ© en Sierre Leone, rencontre Solomon Vandy, un pĂȘcheur d’origine Mende qui a Ă©tĂ© arrachĂ© Ă  sa famille pour travailler dans les mines diamantifĂšres. Ce dernier lui raconte qu’il a trouvĂ© – et cachĂ© – un diamant rose extrĂȘmement rare qu’il s’agit de rĂ©cupĂ©rer en territoire hostile. Film d’action type blockbuster Ă  gros budget, le film a coĂ»tĂ© plus cher que le PIB du Sierra Leone. MĂȘme si ça ne le justifie pas, il a le “mĂ©rite” de parler de la guerre qui s’y est dĂ©roulĂ© de 1991 Ă  2002, de l’esclavage dans les mines de diamants et des enfants soldats, le tout servant Ă  une industrie du diamant au service des plus riches de ce monde.

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The East (2013)


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Sarah Moss travaille pour une agence privĂ©e qui dĂ©fend les intĂ©rĂȘts des multinationales. Elle a pour mission d’infiltrer un groupe “d’éco-terroristes” pour en savoir plus sur leurs actions futures. Mais plus elle passe du temps Ă  leurs cĂŽtĂ©s, plus elle doute de ses choix. The east fait parti des films qu’on aimerait qu’il soit rĂ©ussi parce qu’il s’incruste dans la vie intime et secrĂšte d’un groupe d’activistes Ă©cologistes, ce qui n’est pas si frĂ©quent. Mais il reste pauvre dans son analyse politique des modes d’actions, par son incapacitĂ© Ă  se passer de la romance facile et des figures de gourou, et par sa mise en avant de l’idĂ©e de “prise de conscience” facile. Un film avec un excellent casting mais de trop bonnes intentions.




Source: Renverse.co