Mai 6, 2021
Par CNT AIT Toulouse
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On connaît tous l’histoire d’Icare qui s’est noyé dans les flots faute d’avoir suivi les avis éclairés de Dédale qui était son père. Pour s’envoler dans les cieux au- dessus de la mer ce dernier avait confectionné des ailes faites de plumes enduites de cire et par conséquent il ne convenait pas de monter trop haut afin que la chaleur du soleil ne les fassent fondre. Comme tous les mythes ce mythe est révélateur de l’esprit d’une époque qui est celle de la Grèce antique, celle qui a enfanté Aristarque, Ératosthène, Démocrite et bien d’autres précurseurs de notre science moderne. Également révélateur est-ce que nous en avons retenu, la tragédie d’Icare est souvent vue au travers du rapport entre l’innovation technologique et ses dangers, mais nous avons tendance à en oublier le point de départ : Icare et Dédale étaient enfermés dans le Labyrinthe, une autre invention à double tranchant de Dédale, où le roi Minos les y tenaient prisonniers.

N’en déplaise à une certaine maire de Poitiers qui veut interdire aux enfants de rêver de s’envoler, Icare et Dédale n’étaient donc pas que des rêveurs, ils étaient dans un projet bien défini, celui qui répondait à un besoin humain irrépressible et éternel. Celui de Liberté. C’est pour s’échapper du Labyrinthe que le célèbre artisan athénien fabriquât le moyen de se libérer lui et son fils de leur prison. Que l’aspiration à la Liberté soit à l’origine de notre la soif de connaissance, c’est aussi ce que nous dit Sophocle dans Antigone dans son évocation de la« science hardie » avec laquelle « l’homme a dans ses mains monde, il en fait ce qu’il veut « Pour ces philosophes la grandeur de l’Homme s’exprime dans la quête de la Liberté et c’est la Science en maitrisant la Nature qui lui permet d’y parvenir.

Icare muni de ces ailes est donc aspiré par ce projet et malgré les dangers il veut monter plus haut, trop haut, jusqu’au moment fatal où il se brûle les ailes provoquant sa chute. Si Dédale est l’artisan ingénieux qui met à profit son savoir

pour briser ses chaines, Icare est son enfant plus téméraire qui veut repousser les limites, nous voyons là que bien avant que se forge le concept de Progrès déjà est posée la question centrale du risque encouru. Dans cette histoire Dédale incarne le risque raisonnable, il donne à son fils des règles qui sont le mode d’emploi de son

invention, en allant au-delà de ces règles Icare incarne ce que les Grecs nomment l’hubris. Dans l’Iliade d’Homère on retrouve ces symboles dans les figures du rusé Ulysse qui s’oppose à celle d’Achille le transgressif ; Quant au risque zéro, au principe de précaution, s’il s’accommode bien aux élans régressifs du post- modernisme constatons qu’avec lui Dédale et Icare seraient tout bêtement restés confinés dans le Labyrinthe.

Si nous savons depuis Rabelais que science sans conscience n’est que ruine de l’âme, que serait donc la science sans ce projet de Liberté ?

Un des éléments de réponse peut se trouver dans l’histoire des religions, qui nous indique comment un savoir dogmatique, où toute critique devient hérésie, peut impacter l’individu dans sa vie sociale et privée, car les règles qu’il impose ne sont pas qu’un mode d’emploi (comme l’étaient les ailes d’Icare ou notre code de la route). Si la théologie est un savoir où celui qui connait les livres sacrés peut se qualifier du nom de savant, puisqu’il en sait leur contenu, elle n’est pas une science puisqu’elle va à l’encontre de son origine historique, celle de la Liberté. En fait le conflit fondamental entre la religion et la science est un conflit qui a lieu entre l’autorité et le doute, c’est pourquoi toute connaissance qui devient autorité s’oppose à la substance même de la science en imposant des savoirs qui finissent par créer de l’ignorance.




Source: Cntaittoulouse.lautre.net