Novembre 2, 2020
Par La Horde
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Cette dernière année, les nationalistes flamands de Schild & Vrienden (Bouclier et Amis) se sont rapprochés de Génération Identitaire (GI). Avec son allure de gendre idéal, Dries Van Langenhove, 27 ans, député flamand du Vlaams Belang et leader du groupuscule d’extrême droite depuis 2017, est d’ailleurs intervenu à la dernière université de GI. Originaires de Gand et donc géographiquement proches de Lille, c’est dans le local identitaire « La Citadelle », tenu par Aurélien Verhassel que Français et Flamands ont appris à faire connaissance…

S&V à la Citadelle.

En décembre 2018, Dries Van Langenhove se fait remarquer en co-organisant la « marche de Marrakech », contre le pacte mondial sur les migrations et réunissant près de 5.500 manifestants dans les rues de Bruxelles. Des affrontements entre militants d’extrême droite, policiers et militants antifascistes avaient éclatés et s’étaient soldés par une petite centaine d’arrestations.

Aujourd’hui, l’ombre de la “marche de Marrakech” plane encore au dessus des Bruxellois. Chaque action organisée par le Vlaams Belang laisse craindre un retour de ce genre de manifestation. Eux qui disaient vouloir “marcher sur Bruxelles”, ont à nouveau utilisé ces termes le 27 septembre dernier en prévoyant de “rouler sur Bruxelles”. Des centaines de véhicules, dont certains étaient décorés de symboles nazis, ont alors défilé sur le Ring de la capitale européenne pour dénoncer la nouvelle coalition politique de laquelle ils seraient absents.

Dans un reportage datant de 2019, la télévision publique flamande (VRT) avait révélé les « dessous » de Schild en Vrienden. Après un brief de leur chef charismatique, on y voit les fascistes arracher une banderole lors d’un rassemblement pro-migrants à Gand avant de défiler dans les rues en hurlant : «Rats de gauchistes! Allez-vous faire foutre! ». On y apprend également l’existence d’un groupe Discord sur lequel ils partagent des contenus racistes, antisémites et faisant l’apologie de la violence.

Bien que les membres de Schild & Vrienden (au même titre que ceux de Génération Identitaire) se veulent en rupture avec l’extrême droite traditionnelle, ils n’en restent pas moins colporteurs d’un antisémitisme et d’un sexisme qui fleurent bon la pastille Vichy. Cette fois, c’est le suppléant de Van Langenhove au conseil d’administration de l’Université de Gand et un des leaders de S&V, Louis de Stoop, qui est mis en cause par les journalistes flamands.

En voyage à Paris, le jeune homme en profite pour reproduire une pose d’Hitler, photographié devant la tour Eiffel. Fier de s’identifier au Führer, il partage ensuite un montage des deux photos côte à côte sur un groupe Facebook privé de S&V. A l’inverse de certains néonazis, les flamands ne nient pas l’Holocauste ; ils le glorifie dans leurs discussions privées.

Côté sexisme, S&V n’est pas en reste. Adeptes d’un idéal masculin viriliste, Dries Van Langenhove et ses soldats de l’identité ne ratent pas une occasion d’exprimer leur mépris des femmes. En 2018, des étudiantes de l’Université de Gand sont harcelées par les membres de S&V pour avoir organisé une grève à l’occasion de la journée internationale des droits de femmes.

Sur le serveur Discord, ils parlent sans filtre de leur vision des femmes ; elles doivent ” être une bonne mère et de prendre soin d’elles”, tout en ajoutant qu’elles “se placent en dehors de la société quand elles sont en surpoids”. Malgré la mise en avant de certaines femmes dans leur communication, elles restent toujours au second plan, peu impliquées dans la vie militante du groupe, composé presque exclusivement d’hommes.

Depuis les révélations de la VRT, S&V multiplie les actions « citoyennes » pour redorer son blason. Tantôt nettoyant une plage « laissée comme un dépotoir principalement par des immigrés », tantôt ramassant les déchets dans un parc, les fascistes au t-shirt bleu veulent se montrer mobilisés partout en Flandre.

En haut, S&V ramasse les ordures ; en bas, elle les cite…

Il n’empêche : Dries Van Langenhove, le leader de S&V, a été inculpé en 2019 pour infractions aux lois sur le racisme, faits de négationnisme et à celle portant sur les armes.

Dans le groupe, on trouve aussi des personnalités comme Victor “Leeuwenstorm”, un ancien légionnaire tatoué d’un soleil noir sur le pectoral adepte de la gonflette et de la gâchette, sur la photo ci-dessous présent à la manif islamophobe de Génération identitaire en novembre 2019…

…ou encore Wilhelm Priem, apprenti forgeron de 19 ans. Ce dernier, que l’on voit ci-dessus effectuer une poignée de main romaine avec Aurélien Verhassel a fait parler de lui en août 2020, en postant sur Instagram des photos de lui, visage et chemise ensanglantés : Il prétendait s’être battu contre «6 Somaliens » (parfois 5, 7 ou 8 selon les versions) pour protéger « un jeune garçon ».

En un clin d’œil, le post enflamme les réseaux nationalistes, y compris ceux de Génération Identitaire. La justice semble avoir récemment rattrapé le jeune raciste, qui a notamment fait appel aux dons pour payer ses 180€ de frais d’avocat.

Les exploits de Wilhelm ne sont pas une exception au sein de Schild & Vrienden. Tout comme à Génération Identitaire, les entraînements au combat font partie intégrante de leur formation militante. La violence est au cœur de leur action et s’exprime sans complexe dans les rues.

Jeu des 7 erreurs : sauras-tu distinguer GI et S&V ?

Généralement, les identitaires français préfèrent recevoir leurs amis à domicile, entre les quatre murs de « La Citadelle » de Lille. Chaque semaine, des photos prises durant les « apéros patriotes » montrent des fascistes de Schild & Vrienden et de Génération Identitaire trinquant joyeusement sous le drapeau du lion flamand noir et jaune (drapeau flamingant, des séparatistes flamands).

L’alliance entre les deux organisations est scellée jusque dans la cour de « la Citadelle », où l’on retrouve l’inscription « Schild & Vriend » (« Bouclier et ami ») gravée sur l’un des murs. L’origine de cette expression remonterait au 18 mai 1302, jour des Matines de Bruges, un massacre des soldats français par les milices flamandes. Pour distinguer les Français des leurs, les miliciens les obligeaient à répéter les termes « schild en vriend », imprononçables de manière correcte pour un étranger. Entre deux pintes, les militants s’offrent des cadeaux et font la promotion des uns et des autres sur les réseaux sociaux. Chaque année, au mois de juin, ils se réunissent en farandoles au mont Cassel, dans le Nord de la France, pour célébrer la Saint-Jean pour le solstice d’été.

Dans le paysage politique belge, il n’est d’ailleurs plus rare de croiser Aurélien Verhassel aux côtés de figures de l’extrême droite institutionnelle. Le 11 juillet dernier, sa présence à la fête de la Communauté flamande à Courtrai a été très critiquée par la presse belge francophone. Aux côtés de Jan Jambon, ministre-président du gouvernement flamand (N-VA), le gérant de « la Citadelle » s’affiche fièrement au premier rang des célébrations avec son acolyte Dries Van Langenhove.

Cependant, l’intérêt réciproque du Vlaams Belang pour l’extrême droite française ne date pas d’aujourd’hui ; le Rassemblement National de Marine Le Pen est un partenaire de longue date du parti. À Lille, dès l’ouverture de « La Citadelle » en septembre 2016, Verhassel prend volontiers la pose avec des cadres du Vlaams Belang.

Aurélien Verhassel et Filip Dewinter aux 40 ans du Vlaams Belang en octobre 2017 à Anvers.

Pour les Flamands, soucieux de tisser des liens forts à l’étranger, il représente l’allier idéal au Nord de la France.

Autre actrice de taille : l’association KVHV (Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond ou association des étudiants catholiques flamands). Ce groupe élitiste d’étudiants flamands ultra-conservateurs est connu comme la principale base de recrutement des futures têtes de la N-VA et du Vlaams Belang. C’est d’ailleurs avec eux que Dries Van Langenhove a fait ses premières armes.

Âgé d’à peine 20 ans et membre de la branche gantoise du groupe, il est envoyé en 2013 à l’université d’été du TFP (Tradition, Famille, Propriété, une organisation internationale de conservateurs catholiques se présentant comme les défenseurs des valeurs chrétiennes traditionnelles) en Pologne.

Depuis près de vingt ans, les jeunes radicaux du KVHV entretiennent de très bonnes relations avec l’extrême droite française. En 2005 déjà, Jean-Marie Le Pen, président du Front National, était invité à Gand par le cercle pour y donner une conférence sur « La droite nationale, une idéologie et une vision pour l’Europe ». Dix ans plus tard, c’est Aurélien Verhassel que l’on retrouve aux côtés des étudiants à casquette. Régulièrement convié à Gand, le Lillois reste intimement lié à ses camarades flamands.

Délégation de Génération identitaire à Gand en novembre 2015, invitée par le KVHV.

Tout comme Van Langenhove, Verhassel fait de l’identité flamande son fond de commerce depuis belle lurette. Les deux hommes se seraient par ailleurs rencontrés en 2015, lors de l’université d’été de Génération Identitaire. Cette rencontre aurait largement inspiré Van Langenhove pour la création de son propre groupe, qui voit le jour peu de temps après.

Aujourd’hui député d’un parti dont 30% des électeurs ont moins de 34 ans, Dries Van Langenhove sait faire parler de lui. Très réactif sur les réseaux sociaux, il n’hésite pas à insulter ses détracteurs, comme en mai dernier alors qu’une jeune femme lui reproche de participer à un barbecue malgré le confinement. “Ce week-end sera un temps idéal pour les barbecues. Vous, par contre, vous devriez en sauter quelques-uns.” avait-il répondu.

Le 17 novembre 2019, les identitaires belges et français ont fait le déplacement ensemble, pour la manifestation « contre l’islamisme » à Paris. Un pas de plus vers le rapprochement entre le mouvement flamand et Génération Identitaire au niveau national.

Les drapeaux flamingants présents en nombre dans le (maigre) cortège de la manif islamophobe de GI le 17 novembre 2019.

En août dernier, le chef de S&V a fait le trajet jusqu’en Auvergne pour rejoindre ses amis ; il est l’un des invités phares de l’université d’été de Génération Identitaire. Depuis cette apparition, le jeune flamand semble avoir conquis le cœur des identitaires, Schild & Vrienden se glisse de plus en plus dans leur communication.

Les deux groupes se rapprochent de plus en plus, les uns se faisant les représentants des autres au delà des frontières.

Thaïs d’Escufon, militante toulousaine de Génération Identitaire, portant un pull avec le logo de S&V. Sur la deuxième photo, Jérémie Piano, le responsable provençal de Génération Identitaire, exhibe ses chaussettes avec le drapeau flamingant vendues 29,90€ sur le site de Schild & Vrienden !

Les points de convergence ne manquent pas entre S&V et Génération Identitaire : mêmes vidéos mettant en scène les militants en action, même usage des réseaux sociaux, même communication, mêmes réponses aux journalistes quant à leur bord politique. Van Langenhove, tout comme Verhassel après la diffusion de Generation Hate par Al Jazeera, nie en bloc toute filiation à l’extrême droite et hurle à la manipulation médiatique.

Plus globalement, les fascistes français et flamands prétendent incarner une même jeunesse appelée à “libérer” son pays, tout en se faisant l’incarnation de valeurs traditionnelles, qui seraient, selon eux, tombées en désuétude. Ils motivent leurs actions par la promotion d’un roman national rétrograde et imaginaire qu’ils servent à toutes les sauces.

Tous se réclament d’une identité européenne commune, implicitement supérieure aux autres, qui serait, elle aussi, menacée d’extinction. Ils partagent l’idéologie selon laquelle, si l’Europe va mal, c’est qu’elle a perdu de son uniformité ethnique et culturelle. Ainsi se donnent-ils le rôle de rétablir l’ordre, et par la force s’il le faut.

Les similitudes sont nombreuses, mais il y a une chose qui pourrait rendre les militants français jaloux des flamands ; Génération Identitaire est, contrairement à Schild & Vrienden et son leader, une organisation sans tête. De plus, Van Langenhove a l’avantage d’être confortablement installé en politique et peut, en toute quiétude, diffuser ses idées fascistes en tant que député fédéral à la Chambre des représentants belges. Le récent succès du Vlaams Belang aux élections du 26 mai 2019 en Flandre n’a fait qu’accroître la popularité du parti. A cette occasion, il est devenu le deuxième parti de Flandre avec un score de presque 20%, et cela contre toute attente. De quoi donner le tournis aux Français qui peinent encore à trouver leur représentant au niveau national.

De leur côté, encouragés par cette inquiétante percée, Dries Van Langenhove et sa bande entendent bien continuer de forger l’image d’un parti jeune et audacieux, avec des soutiens au quatre coins de l’Europe. Leur nouvel objectif : remporter les élections législatives fédérales belges prévues pour 2024.

E.R, pour la Horde




Source: Lahorde.samizdat.net