Alors que les medias internationaux jettent une lumiĂšre crue sur les ignominies du rĂ©gime marocain qui se permet de mettre sous surveillance non seulement les militants et militantes qui s’opposent Ă  sa politique, des dĂ©fenseurs des droits humains, des journalistes, mais aussi des chefs d’Etat, des ministres, des parlementaires, etc. (50 000 personnes au total, au Maroc et Ă  travers le monde), une autre ignominie est en train de se perpĂ©trer, Ă  l’ombre d’une obscure cellule de la prison Oukacha, Ă  Casablanca.

Dans cette cellule, un homme, journaliste de son Ă©tat, clame depuis des mois son innocence d’un dĂ©lit d’agression sexuelle qu’il lui a Ă©tĂ© imputĂ©, alors mĂȘme qu’aucune plainte n’avait encore Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e. Cet homme, journaliste, a certes usĂ© d’une plume critique et acĂ©rĂ©e envers les responsables de son pays, et a hissĂ© le journal dans lequel il Ă©crivait aux premiers rangs des ventes. Il n’a fait qu’exercer son mĂ©tier de journaliste, activitĂ© en principe respectĂ©e dans toutes les dĂ©mocraties. Au Maroc, cela lui a valu d’ĂȘtre poursuivi sous couvert de dĂ©lit de droit commun et condamnĂ© Ă  5 ans de prison ferme Ă  l’issue d’un procĂšs inĂ©quitable oĂč cet homme, Soulaiman Raissouni, n’a mĂȘme pas pu ĂȘtre confrontĂ© Ă  celui qu’il aurait agressĂ©, ni eu la possibilitĂ© d’exposer sa version des faits et ses rĂ©ponses Ă  l’accusation. Il n’était mĂȘme pas prĂ©sent Ă  l’énoncĂ© du verdict.

Soulaiman Raissouni, aprĂšs 11 mois de dĂ©tention prĂ©ventive, a dĂ©marrĂ© le 8 avril dernier, une grĂšve de la faim illimitĂ©e. Le 8 avril : 108 jours de grĂšve de la faim ! Il n’a aujourd’hui plus que la peau sur les os, ne peut plus se dĂ©placer et parle avec un filet de voix. Le tribunal n’a eu aucune considĂ©ration pour cet accusĂ© qui n’a pas Ă©tĂ© autorisĂ© Ă  venir assister Ă  son procĂšs en fauteuil roulant, ne pouvant plus marcher, a refusĂ© de convoquer ses tĂ©moins et a multipliĂ© les irrĂ©gularitĂ©s tout au long du procĂšs. Le responsable de l’administration pĂ©nitentiaire a multipliĂ© les dĂ©clarations vengeresses contre cet homme – pour se venger de quoi ? –, continue Ă  refuser son transfert dans un hĂŽpital et l’on ment Ă  sa famille et Ă  ses avocats en leur refusant le droit de visite au prĂ©texte que le prisonnier ne souhaite pas les recevoir.

Cela fait maintenantdeux semaines que personne n’a pu le rencontrer, aprĂšs plus de 100 jours de grĂšve de la faim, et sa femme a mĂȘme Ă©tĂ© violentĂ©e face Ă  son insistance Ă  voir son mari.

L’inquiĂ©tude de ses proches, la nĂŽtre et celle de tous ses amis est immense ainsi que notre indignation face Ă  tant d’inhumanitĂ©.

Si Soulaiman Raissouni n’est pas transfĂ©rĂ© dans les plus brefs dĂ©lais dans un hĂŽpital pour recevoir les soins que son Ă©tat critique nĂ©cessite et que rien n’est fait pour lui permettre d’arrĂȘter avec dignitĂ© cette grĂšve de la faim qui a trop longtemps durĂ©, l’Etat marocain sera tenu pour responsable d’un vĂ©ritable assassinat qui rappellerait dramatiquement les annĂ©es de plomb.

Nous, ComitĂ© de soutien Ă  Maati Monjib, Omar Radi et Soulaiman Raissouni, assurons les proches de Soulaiman Raissouni, et tout particuliĂšrement sa femme, Khouloud Mokhtari de toute notre solidaritĂ© et de notre prĂ©sence active Ă  leurs cĂŽtĂ©s pour sauver la vie de Soulaiman et permettre Ă  son fils de quelque mois d’avoir un pĂšre.

Nous appelons les autoritĂ©s marocaines Ă  faire preuve d’une attitude tout simplement humaine en ordonnant l’hospitalisation de Soulaiman Raissouni et opportune en cassant un verdict prononcĂ© aprĂšs un procĂšs non Ă©quitable.

Nous appelons toutes les personnes Ă©prises de droit et de justice Ă  joindre leur voix Ă  la nĂŽtre afin d’empĂȘcher qu’une ignominie de plus ne soit commise par le pouvoir marocain et d’exiger la libĂ©ration de tous les journalistes et prisonniers d’opinion au Maroc.

Lundi 26 juillet 2021

Comité de soutien à Maati Monjib, Soulaiman Raissouni et Omar Radi




Source: Laboursolidarity.org