Juin 6, 2022
Par Lundi matin
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C’est cette vidéo qui montre l’impuissance face à la situation que nous vivons. C’est quoi le grand Paris ? Des travaux qui n’en finissent plus de gâcher notre quotidien depuis dix ans, et qui ont fini par nous faire partir, laissant la place aux plus aisées, et ces immeubles qui sortent de terre sans s’arrêter partout autour de nous. Dans quoi est-ce qu’on a grandi ? Des cités HLM, laissées à l’abandon par des bailleurs sociaux, composées de ces personnes qui n’ont trouvé comme responsabilité à la fin de leur étude que de nous avoir sur les bras, les pauvres ! Pendant longtemps j’ai subi ma vie, comme un état de fait, une normalité qui dit son nom dans les instants de vie et les seules choses que je pouvais voir et donc connaître. Les partis politiques qui nous avaient toujours méprisés ne m’ont jamais intéressé, et je les ai d’ailleurs toujours rejetés. Puis à 25 ans, alors que mon meilleur ami et ami d’enfance était en prison à Lille, j’ai découvert la politique, et donc les livres et les voyages partout où je pouvais ; j’avais compris ce pouvoir. Jusqu’à récemment, j’avais intégré qu’étant plus jeune, nous étions avec ma famille des « cas sociaux ». Puis j’ai vu cette vidéo, et là j’ai compris. Les situations que j’ai vécues, le mal-être avec lequel j’ai grandi, l’impossibilité de trouver les sorties de secours de cette vie qui n’était alors que souffrance, n’étaient que des constructions, je n’étais pas là par hasard. C’est parce que des techniciens auraient rêvé me voir conduire un transpalette ou coder le énième panier achat d’un site de vente en ligne que la nécessité de Tout est forcement à intégrer dans cette révolte que je traîne depuis trop jeune. Tout, c’est la vie qu’on rêve d’avoir, c’est la vie qui ne nous est plus imposée. C’est arrêter de croire que parce qu’on s’intéresse à nous, c’est pour notre bien. Tout, c’est personne au-delà de nous-mêmes. C’est la vie après la survie.

Qu’est-ce qu’on doit croire quand nos vies sont des prisons et que nos corps ne sont même pas en notre possession ? Combien d’entre nous ont été arrêtés, retrouvés dans les cellules du commissariat et celles du dépôt du tribunal, avant de finir la journée écroués et de passer sa première nuit en prison ? Faire découvrir la justice injuste du système dans lequel il vit à un proche quand le commissariat a la cordialité coloniale de le contacter et subir la comparution immédiate. C’est parce qu’ils croient avoir tous les pouvoir qu’ils n’en ont aucun. On n’oublie jamais les pleurs de sa mère au parloir, ou ceux de son père quand ils nous mettent dans un hôpital psychiatrique.

Quelques mois avant les élections présidentielles, les ascenseurs de la tour HLM dans laquelle je vis ont arrêté de fonctionner complètement. Sur les deux ascenseurs qui marchaient à tour de rôle jusque-là, plus aucun ne fonctionnait. C’est cette désolation-là. Celle qui fait que les personnes, après avoir travaillé toute leur vie, ne peuvent plus sortir de chez elles. Celle qui fait croire à des gestionnaires que par ce qu’on habite là où on habite on doit monter jusqu’à 17 étages à pied. Celle qui croit qu’on est tellement des machines, et qui l’a tellement intégré, que ce n’est pas un problème pour nos jambes de remplacer des ascenseurs, jusque dans des tours où en cas d’incendie les personnes qui y vivent admettent elles-mêmes ne pas pouvoir s’en sortir. Et là j’entends que ces problèmes d’ascenseur sont une réalité que nous seules connaissons. Que ce qui rythme notre vie est le bus, le RER, et les ascenseurs. Qu’ils ont construit pour nous une pseudo-vie, et qu’aujourd’hui ils continuent. Combien d’inondations dans ces nouveaux immeubles ? Dont ils ont réussi à nous faire croire que l’accession à la propriété nous avait enfin ouvert ses portes.

Avant ils construisaient des tours immenses avec le luxe de salle de bain afin de mieux nous parquer, et maintenant ils construisent des immeubles à la va-vite, mais surtout sans aucun respect pour nous, parce que nous sommes déjà parqués. Alors c’est ça la vie en banlieue ? Il manque quoi pour qu’on dise que les banlieues ne sont effectivement pas la France, parce que la France de la télévision et des journaux ne sont pas notre quotidien ? Il manque quoi pour que l’on comprenne que rien n’est à notre avantage, que nous ne sommes pas des faits divers et que ce n’est pas la énième formation pôle emploi qui va nous sortir de la galère ? Il manque quoi pour qu’on pense enfin à nos petits frères et nos petites sœurs qui subissent le même enfer qu’ils appellent l’école de la république ? Si ce n’est pas à nous qui avons grandi dans cet environnement de prendre la parole au nom des nôtres, et de la vie qui nous est imposée, non pas par la force des choses, mais par des techniques de manipulation de masse, en construisant et en prenant leur décision sans jamais nous prendre ni en compte ni en considération. Si ça, ce n’est pas du racisme, qu’est ce que c’est ? Il est fini le temps des colonies. Leur plus grande peur c’est qu’on parle. Non pas comme caution noire ou arabe d’un énième groupe politique, mais que la politique ce soit nous. Qu’on aille à l’université, non pas en économie gestion d’une fac de banlieue, avec la fausse promesse qu’on devienne riche, mais là où ils ne nous attendent pas, en philosophie, en science politique, en art plastique… Tout en arrêtant de croire qu’intégrer leur monde soit notre objectif, parce que nous ne leur plairons jamais assez pour être nous-mêmes, ces gens qui traînent un héritage venu d’ailleurs et plurimillénaire. Qu’on fasse éclater le monde qu’ils se sont construit pour eux et celui qu’ils auraient voulu construire pour nous. C’est ça que ça veut dire imploser. C’est faire état du système sur lui-même ! Qu’il se mange lui-même au lieu de nous manger nous.




Source: Lundi.am