Octobre 20, 2020
Par Sans Nom
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Le 18 octobre au Chili se sont déroulées des manifestations dans de nombreuses villes à l’occasion du premier anniversaire de la révolte qui avait éclaté fin 2019 suite à l’augmentation du prix des transports à Santiago avant de se répandre à travers tout le pays en enflammant aussi bien des bâtiments d’État, des partis, de l’université ou des caisses de retraite, que des métros et bus, des antennes de téléphonie et de nombreux supermarchés (après avoir été pillés).

C’est dans ce contexte que ce dimanche à Santiago, 30 000 manifestants se sont réunis dès le début de la matinée dans le centre de la capitale sur Plaza Italia, non seulement pour célébrer l’anniversaire de la révolte, mais aussi en ce qui concerne toute la frange citoyenne et degôche, pour appeler à voter « oui » (« Apruebo») au référendum national du 25 octobre, initialement prévu en avril et reporté pour cause de coronavirus, qui se prononcera à la fois pour ou contre l’abandon de la Constitution héritée de la dictature de Pinochet, et sur la méthode pour en rédiger une nouvelle *. Rappelons que cette échéance électorale est l’aboutissement du processus de récupération du soulèvement de 2019 par les partis de gauche et de droite réunis dans une même crainte du potentiel insurrectionnel qui couvait au sein de la révolte (et appuyé par de nombreuses assemblées de base), afin de le ramener dans les rails institutionnels.

Mais c’était sans compter sur toutes celles et ceux qui n’entendaient pas clore la révolte sous forme de cérémonie d’enterrement à visée politicienne, mais au contraire la célébrer au présent en la prolongeant pour en raviver les braises. A partir de la fin de l’après-midi et jusque tard dans la nuit, et malgré le lourd déploiement policier (40 000 déployés au niveau national), de petits groupes mobiles ont ainsi entrepris au-delà de la masse pacifique, de piller des commerces, mais aussi d’incendier deux églises. Selon le bilan officiel des autorités, ce sont ainsi 15 supermarchés, pharmacies et boulangerie qui ont été pillés dans la capitale, et pas moins de 8 casernes de carabiniers qui ont été attaquées avec des affrontements et des barricades, notamment dans les zones de La Victoria, Cerro Navia, Melipilla, La Granja, La Pintana et Puente Alto. Il y a eu 580 arrestations à travers tout le pays, dont 287 dans la région de Santiago, et au moins 22 carabiniers blessés.

Santiago, 18 octobre : l’église San Francisco de Borja, consacrée aux carabiniers, est saccagée et incendiée,

Quant à la première des deux églises saccagées et incendiées, la première n’est pas n’importe laquelle : il s’agit de l’église historique San Francisco de Borja, située en plein centre et spécialement dédiée aux carabiniers, dont personne n’a oublié les assassinats, les tortures et les viols de masse qu’ils ont accompli pendant le soulèvement, mais aussi tout au long de l’année. C’est par l’arrière que les émeutiers se sont introduits dès 15h en son sein en enfonçant la porte, avant de la saccager et de la vider pour alimenter les barricades enflammées, puis d’y bouter le feu. Si cet incendie a pu être éteint par les pompiers, cela n’a pas empêché que les dégâts en son sein sont importants. Les police a annoncé cinq arrestations, une personne à l’intérieur et quatre devant.

Santiago/Providencia, 18 octobre : la Paroquia de la Asunción ploie sous les assauts iconoclastes des émeutiers

Quant à la seconde, puisque finalement il est bien connu que la seule église qui illumine est celle qui brûle au-delà même de ses liens historiques avec la dictature de Pinochet et de la démocratie des carabiniers, il s’agit de celle de Asunción, une des plus vieille du pays, située au croisement des avenues Barón Pierre de Coubertin/Vicuña Mackenna, à la limite des communes de Santiago et de Providencia. Dans ce cas, comme rien ne vaut une bonne démonstration pratique de ses capacités édifiantes au-delà de tout slogan, les flammes sont parvenues peu avant 20h à grimper jusqu’au sommet, puis à produire le genre de miracle tout sauf fortuit qui a provoqué une immense joie parmi les émeutiers. Aux cris de «Qu’elle tombe ! Qu’elle tombe !», ils ont pu voir leurs fureur iconoclaste être exaucée avec l’effondrement de son clocher. Cette fois, les quatorze compagnies de pompiers en uniforme dépêchées sur place n’ont rien pu faire pour briser les réjouissances, tandis que ceux de l’ordre social se sont bien entendu empressés de dénoncer cette attaque, comme Sergio Micco, le porte-parole de l’Instituto Nacional de Derechos Humanos (INDH), fustigeant que l’ « ordre public est essentiel pour que la démocratie fonctionne et puisse se concilier avec les droits de l’homme« . De son côté, Celestino Aós, archevêque dépité de Santiago par ces destructions en règle de temples du crapaud de Nazareth, a lâché un lapidaire « la violence c’est le mal« …

Rappelons enfin que le Chili est un des pays d’Amérique du Sud les plus touchés par le coronavirus et qu’un couvre-feu y est en vigueur depuis des mois de 23h à 5h, ce qui n’a pas empêché la révolte d’éclater à nouveau, tant il est bien connu que face à tout virus –de l’autorité religieuse, marchande ou étatique– le feu est un excellent remède…

* Note. C’est-à-dire techniquement soit pour la mise en place d’une «Convention mixte» composée à parts égales de citoyens élus à cette fin et de parlementaires en exercice, soit pour une «Convention constituante» intégralement composée de citoyens spécifiquement élus.

[synthèse de la presse chilienne, 19 octobre 2020]




Source: Sansnom.noblogs.org