Les Gilets jaunes comptent leurs mutilĂ©s et autres blessĂ©s graves. Il n’y a cependant pas besoin de manifester pour se faire assassiner par la police comme en tĂ©moignent les morts de Zineb Redouane Ă  Marseille et Steve Maia Caniço lors de la fĂȘte de la musique Ă  Nantes. Les bavures ne sont pas des incidents isolĂ©s, elles sont structurelles et se reproduisent inlassablement. La thĂ©matique des violences policiĂšres, autrefois cantonnĂ©e Ă  la sphĂšre militante et aux quartiers populaires, s’est imposĂ©e dans toutes les discussions.

Il n’y a plus aucune limite dans l’indĂ©cence. Le pouvoir et ses chiens de garde sont en roue libre et testent notre rĂ©signation.

Mais cette fois, c’est la goutte d’eau de trop, et des appels Ă  rassemblement se multiplient dans toute la France. Le pouvoir sent qu’il perd l’opinion. Devant le risque d’une juste vengeance populaire, le prĂ©fet de Nantes interdit les rassemblements, les “appels au calme” affluent de partout, “ce n’est pas le moment de polĂ©miquer”, “les proches de Steve se sentent trahis par les appels Ă  la violence”. Bref, le thĂ©Ăątre habituel… Mais le chantage est trop grossier et nous ne nous ferons pas avoir.

À Paris, le Samedi 3 AoĂ»t 2019, Ă  12h, nous irons au rassemblement Place de Clichy.

Nous rĂ©pondons ainsi Ă  l’appel de nombreux groupes qui se sont organisĂ©s sur Facebook, Demosphere et en particulier celui paru sur Cerveaux Non Disponibles que nous reproduisons ci dessous.

Il peut paraitre parfois vain de sortir dans la rue crier sa colùre et son indignation face à un drame, face à une injustice. Mais nous n’avons pas d’autres choix. Car ne pas sortir, ne pas manifester, ce serait laisser s’installer un peu plus l’inacceptable dans nos vies. Laisser la mort s’installer partout. Laisser l’injustice devenir la norme.

Steve Maia Caniço est mort noyĂ© dans la Loire le soir de la fĂȘte de la musique. Son crime ? Avoir dansĂ© au delĂ  de l’horaire “autorisĂ©â€ par la prĂ©fecture.

Zineb Redouane est morte dans son salon le 02 dĂ©cembre dernier. Son crime ? Avoir eu sa fenĂȘtre ouverte pendant une manifestation de Gilets Jaunes.

Ces morts sont une honte pour la RĂ©publique. Une tĂąche qui ne s’effacera jamais dans l’histoire de notre pays. Car au delĂ  des morts qu’ils ont causĂ©es, ce qui rend la chose encore plus affreuse et intolĂ©rable, c’est l’attitude du pouvoir et de toutes les structures capables Ă  un moment donnĂ© d’offrir justice aux proches des victimes.

Aujourd’hui, l’État persiste Ă  dĂ©douaner totalement et sans aucune mesure l’ensemble des forces de police, des chaĂźnes de commandement, de la prĂ©fecture et du ministĂšre de l’intĂ©rieur pour ces deux drames. L’affaire Legay nous a montrĂ© qu’un procureur a volontairement menti pour “protĂ©ger” le prĂ©sident de la RĂ©publique. l’IGPN enchaĂźne les rapports totalement ubuesques dignes de rĂ©gimes totalitaires n’acceptant pas la moindre remise en cause. 14 personnes sont tombĂ©es dans la Loire suite Ă  la charge policiĂšre du 21 juin Ă  Nantes. Comment accepter qu’un rapport de l’IGPN puisse conclure qu’aucun lien ne peut ĂȘtre Ă©tabli entre cette charge policiĂšre et la mort de Steve ?

Aujourd’hui, la police des polices n’est qu’une coquille vide. La sĂ©paration des pouvoirs, un lointain souvenir. Ce qui se passe actuellement en France est particuliĂšrement dangereux pour nous tous, et pourrait se rĂ©vĂ©ler totalement mortifĂšre Ă  moyen et long terme. Si nous acceptons aujourd’hui que la pouvoir musĂšle la justice et les instances censĂ©es contrĂŽler/punir les corps de l’État, que se passera-t-il quand ce pouvoir sera aux mains de personnes encore plus dangereuses ?

C’est pour cela qu’il ne peut y avoir qu’une rĂ©ponse samedi face Ă  cette situation : la mobilisation, la colĂšre et la rĂ©sistance. Pour honorer la mĂ©moire de Steve mais aussi pour refuser cette nouvelle dĂ©mocratie qui n’a plus rien de dĂ©mocratique. Si nous ne nous levons pas aujourd’hui, nous courrons le risque de rester Ă  genoux pendant des dĂ©cennies.

Les Gilets Jaune ont soutenu depuis le lendemain de la fĂȘte de la musique les recherches autour de Steve. Ils se sont mobilisĂ©s pour maintenir la pression. Aujourd’hui, ils appellent Ă  manifester pour que la vĂ©ritĂ© soit faite sur les conditions de la mort de Steve. Et que justice soit rendue.

Certains pourraient trouver que cette attitude relĂšve de la rĂ©cupĂ©ration puisque Steve n’était pas GJ et qu’il participait “simplement” Ă  la fĂȘte de la musique. Sauf que les GJ sont parmi ceux qui comprennent le mieux ce qui est en train de se jouer depuis plusieurs mois en France : le glissement totalitaire et ultra sĂ©curitaire. L’attitude ultra offensive des forces de l’ordre, qui attaquent pour mieux se dĂ©fendre. Le principe du prĂ©sumĂ© coupable par simple prĂ©sence sur un lieu.

Alors oui, les Gilets Jaunes sont rĂ©voltĂ©s par le drame de Steve. Et c’est tout Ă  fait normal. Non, ce qui pose question, ce qui n’est pas normal, c’est que si peu d’autres citoyens (non GJ), ne descendent dans la rue et s’opposent Ă  cette nouvelle France oĂč l’on peut mourir pour avoir Ă©tĂ© Ă  la fĂȘte de la musique. OĂč l’on peut mourir pour avoir ouvert sa fenĂȘtre.

C’est toute la sociĂ©tĂ© qui devrait ĂȘtre mobilisĂ©e et rĂ©voltĂ©e : les syndicats, les partis politiques, les ONG, les associations, le monde de la culture. Et tout un chacun.

Alors samedi, plus que jamais, soyons tous dans la rue, Ă  Nantes, Ă  Paris et partout ailleurs. Pour Steve, pour Zineb, pour la vie.


Article publié le 02 AoĂ»t 2019 sur Paris-luttes.info