Novembre 26, 2020
Par Le Poing
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Le rassemblement se fera à 11 heures sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Montpellier. Au-delà des articles contestés de la nouvelle loi, les organisateurs insistent sur les orientations effrayantes de la globalité des politiques sécuritaires.

Ragaillardis par le formidable succès de la manifestation du samedi 21 novembre contre la Loi de Sécurité Globale, les représentants du collectif organisateur (plus de quarante entités, désormais), ont su tenir une conférence de presse percutante et efficace ce jeudi en fin de matinée. Cela se passait devant les portes de l’Hôtel de Ville, pour des raisons sur lesquels on reviendra ci-dessous. Et c’est de ce même endroit que s’ébranlera le cortège à nouveau annoncé pour samedi prochain, à 11 heures.

D’entrée de jeu, les orateurs ont brandi une couverture de presse entièrement dédiée à une photographie de la scandaleuse évacuation du campement de migrants lundi soir sur la Place de la République à Paris. Il va sans dire que c’est exactement l’empêchement de ce type d’images que vise l’article 24 de la nouvelle loi – au point qu’on frise l’absurde, puisque c’est à leur vue que Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a fait mine de s’inquiéter de l’ensauvagement de sa police.

La dimension proprement journalistique a été développée par Benjamin Téoule, le représentant du Club de la Presse. Rappelons que l’article 24 de la loi renvoie à une décision de justice très tardive le soin de déterminer les intentions, malveillantes ou pas, d’une publication d’image de policiers en action. Autant dire qu’une autocensure, et un prétexte à pressions, s’abattront dès le stade de la prise de vue, dans le doute quant à ses suites. Et que dire des notions de protection de l’intégrité physique et psychique des malheureux policiers ? Elles ne peuvent qu’ouvrir un boulevard aux manipulations interprétatives.

Mais le journaliste a insisté sur d’autres points, qui ne relèvent pas de la loi de Sécurité globale, mais du nouveau schéma des pratiques de maintien de l’ordre, déjà en vigueur, ou du Livre blanc qui projette les formes à venir de la politique sécuritaire. Ainsi les journalistes interpellés près de l’Assemblée nationale la semaine dernière l’ont été parce que les nouvelles dispositions en vigueur leur impose de s’éloigner dès que les forces de l’ordre ont donné ordre de dispersion aux manifestants. En vrai, les journalistes sont interdits d’observer le déroulement d’une dispersion, ce moment si propice au déchaînement de violences policières. Et que dire de la disposition ahurissante qui exigerait des journalistes qu’ils s’accréditent auprès des autorités avant de couvrir une manifestation de rue.

Il y a donc toute une globalité entre ces divers textes, auxquels il faut rajouter encore la future Loi traitant du « séparatisme ». La représentante de Stop Armes mutilantes a expliqué ce qu’est « le continuum de sécurité » que les autorités mettent en place, très officiellement. Il s’agit de décloisonner ce qui pouvait rester encore à peu près étanche entre les pratiques de la Justice, de la Police nationale, des polices municipales, et même dorénavant les sociétés de sécurité privées.

Brassage des informations, interconnexion des fichiers, et quant aux dernières évoquées, dotation en armes telles que les LBD ! Quiconque a fréquenté un parking de discothèque sait ce qu’il faut attendre de clairvoyance républicaine et précautions déontologique de la part des agents privés, légitimement amenés à penser qu’ils agissent hors tout cadre et toute formation – lesquels n’offrent déjà plus que très peu de protection quand c’est la police officielle qui est en action.

L’avocat Jean-Jacques Gandini, de la Ligue des Droits de l’homme, n’a pas hésité à parler d’un phénomène de « concrétisation de la dystopie de 1984, de Georges Orwell », orchestrée par les autorités. Il a cité une tribune parue le jour même dans le quotidien Le Monde, signée par Patrice Spinosi, avocat au Conseil d’État et à la Cour de Cassation. Lequel estime qu’on en est arrivé à « un point de basculement » dans les logiques sécuritaires, où sont méthodiquement mis en place « les outils de notre asservissement de demain ». Il avertit que « tous les outils juridiques » seront immédiatement à disposition de n’importe quel nouveau gouvernement, sous une présidence de Marine Le Pen par exemple, qui voudrait rompre avec tout souci de respect des droits accordé aux opposants.

Pourquoi venir dire tout cela sous les fenêtres de Michaël Delafosse en mairie de Montpellier ? Parce que très peu de parlementaires du Languedoc-Roussillon ont daigné répondre aux interpellations du Club de la Presse de Montpellier à propos de la loi en cours d’adoption. « Certains se réveillent alors que cette loi a déjà été votée à l’Assemblée ». Formidable ! Oui mais le maire de Montpellier, qui n’est pas un parlementaire ?

L’avocat Gandini a alors rappelé un héritage de la précédente municipalité : soit la mise en place d’un « observatoire local de la tranquillité publique », qui entend élaborer des « outils d’aide à la prise de décision dans le cadre du management sécuritaire ». Voilà qui consiste en la mise en œuvre des logiciels les plus sophistiqués en matière de recueil et de croisement de données concernant tout ce qui peut toucher à l’insécurité ; depuis l’absentéisme scolaire jusqu’aux formes de l’action associative. 1984, disait-on. La Ligue des droits de l’homme demande à l’actuel héritier de Philippe Saurel de mettre une croix sur ce dispositif.

Reste les systèmes de vidéo-surveillance à reconnaissance faciale. Là encore, le top actuel de la technologie de contrôle et de surveillance. Interpellé en cours de campagne pour les municipales, Michaël Delafosse avait rappelé qu’il avait apposé sa signature au bas d’une lettre ouverte dénonçant les dangers de ces dispositifs technologiques. Fort bien. Et il avait annoncé que, lui maire, il mettrait en place une « charte déontologique » destinée à encadrer l’usage de ces technologies, doublée d’un « comité éthique » indépendant, chargé de veiller au dit usage.

Promesses, promesses. Depuis lors, on n’a vu venir qu’une « Charte de la laïcité », dont l’agressivité normative détruit le principe même de concorde apaisée que contient le pacte laïc républicain. C’est à ce compte que Michaël Delafosse, l’ancien soutien du gentil Benoît Hamon, parade désormais dans les cercles où grouillent les Manuel Valls, les Darmanin, les experts fascistoïdes de C-News, sans que le RN n’ait même plus à s’exprimer pour que partout ses idées – partout sa stratégie – s’impose. Au moins Michaël Delafosse paye-t-il un peu son calcul, quand, entre deux tweets anti-quartiers de son inénarrable M. Sécurité tout droit venu de la droite dure, le premier magistrat montpelliérain reste inaudible s’il tente de faire valoir quelques mesurettes supposées de gauche (l’aide scolaire, l’encadrement des loyers).

Puisse la loi Darmanin, qui veut masquer les images, devenir celle qui lève toute cécité.




Source: Lepoing.net