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Alors que jeudi 5 décembre a été marqué par une mobilisation historique et une grève générale massive paralysant le pays, vendredi a été ponctué d’actions diffuses de blocages.

Samedi 7 décembre devait inscrire ce mouvement naissant dans la durée. Selon les médias, Macron craignait beaucoup un « samedi noir » marqué par un grand retour des Gilets Jaunes.

A Nantes, le premier rendez-vous est fixé à midi.

A l’appel de deux collectifs de femmes – « Nantaises en lutte » et « Putain de guerrières » – une marche s’élance de la Place Bretagne.

L’enjeu est notamment de dénoncer la précarité qui frappe d’abord les femmes. En plus des violences, les femmes sont les plus concernés par la casse des retraites et les reculs sociaux en général. Après avoir déambulé dans le centre, les 300 manifestantes reprennent la danse des révolutionnaires chiliennes devant la préfecture, pour dénoncer les violences sexistes et policières. La chorégraphie sera répétée plusieurs fois. Sur le parcours, beaucoup de slogans rythmés par des percussions et quelques collages. Alors qu’elle rejoint le rendez-vous de la CGT contre la précarité au miroir d’eau, une compagnie de CRS agresse la manifestation féministe sans raison. Plusieurs manifestantes sont frappées rue de Strasbourg. L’une d’entre elles est arrêtée, peut-être parce qu’elle se masquait le visage. La situation se tend brutalement. A la croisée des trams, les Gilets Jaunes partent donc soutenir les personnes agressées par la police.

Sur place, tout le monde réclame la libération de la manifestante arrêtée. En réponse : des tirs de grenades et une charge. Des camions de CRS et une voiture de la préfecture sont repeints dans la confusion.

Avant même le début de la grande manifestation, alors que la foule n’a même pas eu le temps de se réunir, tout le monde est déjà dans les gaz et doit subir la terreur d’État. Les autorités organisent l’escalade. La colère est évidemment très forte d’entrée de jeu. Peu à peu, la foule s’agrège. Il y aura 5000 manifestants au plus fort de l’après-midi : une sorte de cortège de tête géant, où se mêlent des syndicalistes, des grévistes de tous les secteurs, des Kways noirs et des Gilets Jaunes.

Une tentative d’entrer sur la place de la Cathédrale est repoussée par une charge très violente. Devant la préfecture, la tension monte comme d’habitude. Le speaker de la CGT qui appelle à rester grouper est visé par une grenade policière. Deux manifestants en noir amènent un parapluie pour le protéger, pendant que d’autres escaladent la muraille du préfet. Le dispositif policier est très lourd, et encadre tout le cortège. A chaque intersection, des salves de gaz, le cortège s’arrête, se reforme, et repart. Un clarinettiste tient bon et continue à jouer malgré les lacrymos. Des camions de police sont pris en chasse et doivent décamper le long du cours des 50 Otages. Les manifestants sont de plus en plus nombreux à se protéger. Un comité « anti-pub » détruit les annonces le long des rues. Beaucoup de tags. Un engin de chantier prend feu. Une banderole renforcée haut de gamme, est équipée de hublots transparents.

Retour à Bouffay, quartier bouclé par les forces de l’ordre. Lorsque des CRS tentent (encore) de charger, ils subissent une contre charge qui les fait reculer de quelques mètres. Puis une énergie collective s’empare d’un grand nombre de manifestants. En quelques minutes, avec des chaises, des pavés et des parasols, les forces de l’ordre sont repoussées sur plusieurs centaines de mètres. La rue de la Paix est entièrement libérée. Le climat anxiogène disparaît pour quelques instants, au profit d’une ambiance presque joyeuse. La BAC doit fuir en courant peu après. La peur semble avoir changé de camp un bref moment.

Mais rapidement, le dispositif de répression se reforme, attaque, sépare plusieurs morceaux de manifestation. Une partie reste à la croisée des trams sous les gaz, une autre part dans Bouffay, certains seraient même remontés jusqu’à la Place Bretagne. En fin d’après-midi, la police a repris les barricades de fortune le long de tram et repoussé les manifestants jusqu’au Tribunal, et mène la chasse sur l’ile de Nantes. Des violences policières ont lieu au Marché de Noël, avec plusieurs blessés.

Alors que la nuit tombe des grappes se reforment. Bloquent à nouveau les lignes de tram. Résistent aux charges. Cela dure des heures. Esprit Gilet Jaune. Les dernières salves de lacrymogènes sont tirées après 22H. 5 personnes ont été arrêtées, et beaucoup d’autres blessées, notamment par les tirs tendus des lanceurs « multicoups » des CRS.

Aujourd’hui, la presse aux ordres se déchaîne, et tente de semer la division.

Ouest-France titre que les « radicaux ont réduit au silence » les revendications. Manipulation grossière : c’est la répression lancée avant même la manifestation qui a suscité la colère. Par ailleurs, tous les ans, un maigre rassemblement syndical contre la précarité est organisé à cette date, sans que personne n’en parle. Ce samedi, ce sont des milliers de manifestants, bien au delà des cercles habituels, qui ont exprimé leur colère contre la précarité, en posant des actes.

Plutôt que de « réduire au silence » le message ils l’ont fait exister plus que jamais.

A l’échelle du pays, il semble que cette journée ait été moins « explosive » que ne le craignait Macron.

Il faudra pourtant multiplier les initiatives sur tout le territoire pour rendre la situation ingérable pour le gouvernement, et le faire céder.


Article publié le 08 Déc 2019 sur Nantes.indymedia.org