Juin 9, 2022
Par Rapports De Force
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Entrée en application en octobre 2021, la réforme de l’assurance chômage va réduire considérablement le montant des allocations touchées par les travailleurs et travailleuses saisonniers. Voici quelques astuces pour tenter d’en atténuer le plus possible les effets.

Attention ! Si vous êtes travailleurs ou travailleuse saisonnier.ères, que vous avez travaillé en novembre, décembre et janvier, que vos droits au chômage sont épuisés et que vous vous apprêtez à prendre un emploi en juin, juillet et août, vous pourriez bien tomber de haut. Le montant des allocations que vous obtiendrez à l’issu de ces six mois travaillés sera bien plus bas que celui auquel vous auriez pu prétendre avant la réforme de l’assurance chômage.

Chômage : combien allez-vous perdre après le 1er octobre ?

Pour rappel, dans votre cas, depuis que la réforme mise en place par Elisabeth Borne est rentrée en application (1er octobre 2021) le montant de l’allocation de retour à l’emploi (ARE) n’est plus calculé sur la base de ces 6 mois où vous avez travaillé, mais en prenant en compte la totalité de la période allant de novembre à août, soit 10 mois. Vous ouvrirez donc des droits pour 10 mois, contre 6 auparavant, mais votre allocation mensuelle sera réduite.

Précisons au passage qu’il vous faut bien 6 mois de travail à temps complet désormais pour ouvrir des droits, contre 4 avant la réforme.

Les saisonniers, premières victimes de la réforme du chômage

C’est l’esprit même de cette réforme : l’ARE est désormais étalée sur une période plus longue et le montant touché mensuellement est donc moindre. L’objectif, d’ailleurs assumé par gouvernement, est de contraindre les « permittents » (travailleurs qui alternent entre des périodes de contrats courts et des périodes de chômage) à reprendre le travail au plus vite…en ne leur permettant plus de vivre de leur allocation. Il est aussi de faire des économies, car en allongeant la durée d’indemnisation, davantage de chômeurs retrouvent un travail avant d’épuiser leurs droits, ce qui fait toujours moins d’argent à sortir des caisses.

Une bonne opération pour le gouvernement, moins pour les chômeurs. Selon les projections de l’Unédic, la récente réforme pénaliserait 1,15 million de personnes lors de la première année d’application et leurs allocations baisseraient en moyenne de 17 %. Plus dangereux encore : 400 000 personnes subiraient une baisse de 40 %. Les plus touchés d’entre eux ? Les saisonniers : 1 million de personnes selon les chiffres du ministère du travail.

Dans le Morbihan (56), la CGT chômeur a ainsi décidé de prendre le problème bras le corps. Il faut dire que la Bretagne, région touristique, accueille nombre de  travailleurs et travailleuses saisonnier.ères. « Beaucoup d’entre eux n’ont pas encore été confrontés à la baisse de leur ARE. Tout le monde ne se rend pas encore compte des effets de la réforme et notre premier rôle est de les informer », soutient Vladimir Bizet-Guilleron, militant à la CGT chômeur 56.

Outre une campagne d’affichage massive pour prévenir de la bombe à retardement que constitue la réforme pour les saisonniers, le syndicat dispense de précieuses astuces pour tenter d’échapper à ce qu’il nomme la « décote Macron anti-précaire ». C’est-à-dire la réduction du montant de l’ARE dû à la dernière réforme de l’assurance chômage.

Viser les six mois d’emploi sans discontinuer

Comme, depuis la réforme, la période permettant d’ouvrir des droits est de 6 mois (et non plus 4), la meilleure stratégie pour celles et ceux qui n’ont pas encore de droits ouverts est de travailler au moins 6 mois consécutifs pour ouvrir des droits sans décote, résume le document.

Il ne s’agit pas de trouver un seul et même contrat de six mois, cela étant pratiquement impossible puisque les saisons touristiques ou agricoles durent rarement autant. Mais l’idée reste de limiter, (en enchaînant 2 ou 3 contrats?) pendant ces six mois, le nombre de jours chômés entre les différents contrats. Ainsi vous échapperez largement à la décote.

Pour ne pas être piégé par un patron toxique et/ou dans un emploi aux conditions de travail intenables et aux patrons CGT chômeur 56 a une autre astuce.

Avant votre embauche, il est possible, à l’initiative du salarié, de réaliser une période de mise en situation en milieu professionnel. C’est une convention Pôle emploi, pendant laquelle vous n’êtes pas salarié. Ce n’est donc pas une période qui peut créer de décote Macron anti-précaires.

La stratégie n’est toutefois pas infaillible, le syndicat prouve (en fin d’article) que même en alternant 6 mois de travail complet et six mois de chômage pendant toute une vie, la « décote Macron anti-précaire » finirait par vous tomber dessus au bout de 8 ans de travail. Cela est dû au mois de carence, mois non indemnisé entre votre contrat de travail et la réception de votre allocation, qui finit par faire coïncider le moment de calcule de vos nouveaux droits avec une période de chômage. Rendant inévitable un calcul défavorable.

Ecouler ses reliquats de chômage

Pour ceux qui ont des reliquats de chômage (droits ouverts mais non épuisés car vous avez enchaîné un autre contrat de travail avant de les écouler), la tache se complique. Et le mieux reste de les écouler avant d’accepter un nouveau contrat.

En effet Pôle emploi vous versera ces reliquats entre vos différents contrats saisonniers, dès que vous aurez une période chômée. Tant qu’ils ne seront pas épuisés ils vous empêcheront d’accéder au calcul des nouveaux droits.

A priori, ce n’est pas forcément un problème, puisque ces reliquats peuvent constituer une allocation tout à fait satisfaisante. Sauf que les soucis arrivent lorsque le reliquat est épuisé et que vient l’heure de calculer de nouveaux droits.

A ce moment là, Pole emploi prendra en compte les 24 derniers mois (36 pour les allocataires de 53 ans ou plus) dans le calcul de votre ARE ! Parmi eux, il y aura fatalement des périodes chômées – pendant lesquelles vous avez touché le fameux reliquat. Bilan : la période sur laquelle est calculée votre ARE excède à nouveau celle de vos seuls contrats de travail…et vous toucherez une allocation amoindrie.

« Concrètement, un saisonnier au SMIC aura à terme une allocation entre deux contrats qui passera de 950€ à 720€ par mois », estime la CGT chômeur 56. Ironie du sort, chercher à épuiser ses reliquats avant de commencer un nouveau contrat revient à rester volontairement au chômage…tout ce que semblait vouloir éviter Elisabeth Borne.

Malgré ces astuces, la réforme de l’assurance chômage contraint bel et les saisonniers à des contorsions intenables sur le long terme.

De nombreuses personnes travaillent en tant que saisonnier, non pas par choix mais par défaut. Ils ne choisissent pas leurs périodes travaillées. D’autres ont absolument besoin de périodes d’inactivité pour reconstituer leur force de travail, conclut le syndicat.




Source: Rapportsdeforce.fr