Aux alentours de 17h, une grappe d’une trentaine d’adultes et d’enfants convergent vers la place du bourg de St Rivoal, répondant à l’appel d’un tract qui a circulé ces derniers jours. Des banderoles, des cartonnades, des gilets jaunes et quelques brins de muguet, dans les paniers on aperçoit quelques victuailles.

30 personnes pour une commune d’un peu plus de 200 habitant-e-s, c’est un peu plus de 10%. Pas négligeable … n’est ce pas ?

Deux voitures de bleus comme le ciel des monts d’Ar, une couleur inhabituelle dans le coin, sont là aussi. Soit 5 agents qui tentent de faire entendre leur autorité. 17h c’est aussi l’ouverture de l’épicerie paysanne, ce qui ne facilite pas la tâche des flics pour jauger qui est là et pourquoi. La confusion s’installe. Quelques contrôles s’effectuent alors : identités et attestations, avec les contraventions qui s’en suivent. 6 personnes sont verbalisées et on en informe certaines qu’un décret de la préfecture serait tombé pour manifestation interdite. Le meilleur moyen de doubler la mise. Les menaces accompagnent les verbalisations, rien de neuf dans les combines des keufs. 6 amendes de 135 euros ça fait beaucoup de sous, on sait déjà qu’on s’organisera collectivement pour les payer. Le constat est évident : l’attestation ne sert à rien, ce sont encore les flics qui décident si oui ou non le motif est valable. Finalement une posture collective est adoptée : rester en mouvement pour ne pas se laisser contrôler et regagner la place du bourg par les ribines et les champs.

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Le petit jeu du chat et de la souris commence alors et ne manque pas de rebondissements. Après s’être éloigné-e-s de la place, le groupe se rassemble sous les chataîgners autour d’une table, pensant pouvoir entamer l’apéro, tout en toisant en contrebas l’ennemi qui gamberge face à son impuissance. Moment de courte durée car les flics, rejoints par du renfort, rappliquent rapidement et mettent fin à cette convivialité naissante en vidant la bonne bière locale, artisanale et bio sur l’herbe. La trentaine de manifestant-e-s déambulent vers un chemin toujours un verre à la main. Soudain une voiture de bleus déboule à toute allure, la maréchaussée sans doute en manque d’action fait du zèle et rentre sur une propriété privée. La locataire bien remontée s’oppose fermement à cette invasion. C’est parti pour une marche arrière.

Et la petite équipe continue son chemin prenant la clé des champs. A travers les ruelles et les ribines elle revient … place du bourg ! Tentative d’une nasse molle facilement esquivable par le cimetière où les flics s’engouffrent à la suite du groupe. La tension monte, une manifestante leur lance : « Vous nous suivez même jusque dans le cimetière, dans l’espace des morts là où en ce moment des vieux meurent de chagrin, de solitude, vous n’avez rien d’autre à faire » en réponse : « c’est la loi madame » … Suite à ce sens de la répartie incroyable le groupe poursuit son chemin par le jardin du presbytère puis s’en est allé par les vergers.

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Question innocente : “mais qu’est ce qu’on fait ?” “Bah on promène nos poulets”. Le bruit court qu’il n’y à plus de flics sur la place. Alors la fine équipe est de retour dans le centre et ressort l’apéro. Mais est-ce que la victoire n’a pas été fêtée trop vite ? Quelques minutes après les trois voitures reviennent simultanément de trois directions différentes. Et la troupe relève ses fesses pour un dernier tour et rejoint la table sous les chataigners. Alors est ce qu’on recommence ? Après quasiment deux heures de ballade les flics rentrent aux poulaillers. Ca y est on peu enfin se déconfiner peinard !

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Article publié le 11 Mai 2020 sur Brest.mediaslibres.org