Indépendantisme touareg, manipulations des services algériens et libyens, implantation du djihadisme, persécution des Peuls, extraction de l’uranium, quadrillage par l’armée française, corruption et crise économique… Les clivages au Sahel sont plus complexes qu’une « guerre du Bien contre le Mal ».

1960 : indépendances des colonies françaises d’Afrique subsaharienne.

1963-1964 : première rébellion touarègue au Mali, écrasée par l’armée.

1969 : Début de l’extraction de l’uranium à Arlit, au Niger, par la société française Cogema, qui deviendra Areva en 2006. Dans les années 1980, le site représentera 40% de la production mondiale d’uranium. Celui-ci alimente les centrales nucléaires françaises.

1990-1992 : deuxième rébellion touarègue,appuyée par l’Algérie et la Libye, pour l’« autodétermination de l’Azawad » (nord du Mali).

Années 2000 : implantation au Sahel des islamistes issus de la guerre civile algérienne.

2006 : troisième soulèvement touareg dans la région de Kidal, au Mali, appuyé par l’Algérie.

Septembre 2010 : Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) attaque les mines d’uranium d’Arlit, au Niger, et prend sept otages, dont cinq Français. Les derniers otages seront libérés en octobre 2013.

2011 : révolte en Libye, où Kadhafi est renversé avec l’appui de l’Occident. Des centaines de ses soldats rejoignent, avec armes et bagages, la rébellion touarègue et les groupes islamistes dans le Sahel.

Les indépendantistes touaregs du MNLA ont fait alliance avec des groupes djihadistes en 2012. Ils s’en sont vite mordu les doigts.
Magharebia.com

L’effondrement de l’armée malienne

Janvier à mars 2012 : offensive conjointe des indépendantistes du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et des djihadistes d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), du Mujao et d’Ansar Dine. L’armée malienne, sous-équipée et minée par la corruption, se disloque et abandonne les villes du nord les unes après les autres.

24 janvier 2012 : massacre d’Aguelhoc : les djihadistes massacrent des dizaines de soldats maliens prisonniers. Le pays est sous le choc.

31 janvier 2012 : marche des mères et épouses de soldats de Kati à Koulouba pour dénoncer le gouvernement et l’état-major, qui envoient les hommes mourir au front sans armes ni munitions.

22 mars : coup d’État du capitaine Sanogo. Suite à une mutinerie, le président Amadou Toumani Touré est chassé du pouvoir. Il est remplacé par un président intérimaire, Dioncounda Traoré.

6 avril 2012 : le MNLA proclame l’indépendance de l’Azawad.

A Tombouctou, les islamistes ont fait des autodafés des manuscrits précieux qui n’avaient pu être mis à l’abri.
Photo : Abdoulkadri Maiga/Unesco

Les islamistes imposent leur loi au nord

Mai-juin 2012 : le MNLA apparaît de plus en plus débordé par ses alliés djihadistes, qui finissent par le chasser des principales villes du nord manu militari. Localement, les islamistes se rendent impopulaires en imposant la terreur religieuse et en saccageant le patrimoine « impie », comme les mausolées de Tombouctou. Le gouvernement français réfléchit au scénario d’une intervention militaire, de sa validation par l’ONU, et en négocie les contours avec les gouvernements de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

24 septembre 2012 : pressé par la Cédéao, Bamako demande, à l’ONU, l’aide d’une force militaire étrangère.

20 décembre 2012 : à l’ONU, la résolution 2085 autorise le déploiement d’une force militaire africaine au Mali.

L’intervention française

Janvier 2013 : une colonne islamiste fait une incursion dans le sud du pays. L’armée malienne veut la stopper à Konna. Tout le pays croise les doigts. La ville tombe en deux jours.

10 janvier 2013 : Bamako demande officiellement, par le biais du conseil de sécurité de l’ONU, l’aide militaire de la France. Aussitôt acceptée. L’opération Serval, prête depuis longtemps, démarre illico.

17 janvier 2013 : La Cédéao constitue, dans le cadre de la résolution 2085, une coalition militaire africaine (la Misma) qui emboîte le pas de Serval.

Janvier-février 2013 : Serval chasse les islamistes des villes du nord, où l’armée malienne et la Misma prennent position… sauf à Kidal, où le MNLA s’installe sous la protection de l’armée française, provoquant un premier ressentiment à Bamako.

2 février 2013  : François Hollande visite Bamako et Tombouctou sous les vivats.
Avril 2013 : la militante altermondialiste malienne Aminata Traoré, pour ses critiques de Serval, est interdite d’entrée dans l’espace Schengen.



18 juin 2013 : accords de cessez-le-feu entre l’armée malienne et le MNLA.
Juillet : la Misma cède la place aux casques bleus de la Minusma : 6.000 militaires en 2013, 13.000 en 2020, 130 morts en sept ans.

Août 2013 : Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) devient président du Mali.

Février 2014 : création du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina, Niger, Tchad) pour coordonner la « guerre contre le terrorisme ». Ce G5 Sahel reste virtuel, sans réels moyens d’action.

La guerre sans fin

1er août 2014 : fin de Serval, début de l’opération Barkhane pour traquer les djihadistes dans le désert.

20 juin 2015 : accord d’Alger entre Bamako et les mouvements de l’Azawad (il mettra quatre ans à connaître un début d’application) pour le désarmement des combattants touaregs et le retour de l’armée malienne à Kidal.

Paris ferme les yeux sur les atrocités commises contre les populations civiles par ses alliés au nom de l’antiterrorisme.
Photo : état-major des armées.

2015-2019 : montée en puissance des groupes djihadistes au Mali, mais aussi désormais au Burkina Faso et au Niger. Évitant l’armée française, ils ciblent prioritairement les civils et les armées africaines, parfois la Minusma, faisant des centaines de victimes, et des centaines de milliers de déplacé·es. Avec l’assentiment des États malien et burkinabè, prolifération de milices d’autodéfense qui peu à peu s’ethnicisent et provoquent des tueries entre Peuls d’un côté, Mossis et Dogons de l’autre.

Les chefs djihadistes lors de la fondation du GSIM, en mars 2017. Au centre, la figure tutélaire : Iyad ag Ghali, formé par le régime libyen, puis chef rebelle touareg, puis homme de gouvernement à Bamako, puis rebelle djihadiste. A gauche : le prédicateur peul Ahmadou Koufa.

Mars 2017 : Unification de quatre formations djihadistes – Ansar Dine, AQMI-Sahel, Al-Mourabitoune et la Katiba Macina – au sein du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), qui s’affilie à Al-Qaeda.

25 novembre 2019 : un accident d’hélicoptères tue 13 soldats français, attirant l’attention de l’opinion française.

Décembre 2019 : les drones français sont désormais armés de missiles.

10 janvier 2020 : à Bamako, 1 000 manifestant·es pour le départ de Barkhane. Certains réclament une intervention impérialiste, plus «  efficace  », de l’armée russe.

12 janvier 2020 : sommet du G5 Sahel à Pau. Pressés par Macron, les 5 chefs d’État africains réaffirment que la France est une puissance invitée (et bienvenue) au Sahel.

L’opération Barkhane au premier semestre 2020. Cliquer pour agrandir
Source : ministère français de la Défense

Article publié le 03 Juin 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org