Un policier tire une grenade lacrymogène sur des étudiants qui filment, depuis leur balcon une marche contre la réforme des retraites à Lyon. Un autre tire à bout portant sur un manifestant avec son LBD. En plein Paris, des policiers étranglent et tuent Cédric Chouviat, un livreur de 42 ans qui filmait son contrôle. Parmi le flot des vidéos de brutalités policières qui circulent sur les réseaux sociaux, parmi les matraquages de personnes vulnérables, les éborgnements ou les mains arrachées…des images récentes semblent avoir poussé le gouvernement français à reconnaître l’existence des violences policières. Mais peut-on parler d’une « bascule » ? Un article de Mathieu Rigouste publié en Anglais sur TheGuardian et en Français sur Acta.zone

Le sujet semblait jusqu’ici interdit par le chef de l’État lui-même. En mars 2019, lors de son « grand débat national », il avait exigé : « Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit ».

Confronté aux images d’un policier faisant un croche-pied à une manifestante, le premier ministre Edouard Philippe a nommé pour la première fois l’existence d’un problème, jugeant les images « violentes et inadmissibles ». Dans la foulée, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner s’est mis en scène rappelant la nécessaire « exemplarité » des forces de l’ordre, tandis que le chef de l’État prétend en attendre « la plus grande déontologie ». Ce changement de tactique discursive cache un protocole d’enfumage médiatico-politique. Tout comme l’annonce de l’arrêt de l’emploi des grenades de désencerclement GLIF4 masque la mise en service de sa remplaçante au moins aussi dangereuse.

L’histoire des violences policières en France, c’est aussi l’histoire des luttes pour leur mise en récit. Pendant des décennies, des collectifs et des mouvements se sont acharnés face à l’omerta politique et médiatique.

Dès le début des années 1970, des groupes comme le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) s’organisent pour dénoncer « les crimes racistes et sécuritaires ». Il s’agit déjà de résister à la criminalisation des victimes par les services de communication de la police. Principalement issues de classes populaires et non-blanches, les personnes tuées sont systématiquement décrites dans la presse comme des « délinquants récidivistes », des « usagers de drogues »…qui seraient responsables des violences subies.

Au milieu des années 1980, autour de la Marche pour l’égalité et contre le racisme puis dans les années 1990, notamment avec le Mouvement


Article publié le 20 Fév 2020 sur Rebellyon.info