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Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, le contrôle exercé par le gouvernement sur l’information en Russie s’est renforcé. Des voix font difficilement entendre leur opposition à la guerre.

Quand les troupes russes commencent à envahir l’Ukraine le 24 février 2022, l’opposition en Russie est déjà laminée. Les opposants officiels comme Alexeï Navalny sont emprisonnés, laissant leurs partisans dans l’attente d’un nouveau leader.

Depuis la fin des années 2010, les syndicats nationaux ont été repris en main par des fidèles du pouvoir. Le mouvement anarchiste, autour de collectifs comme Autodéfense populaire, a été totalement détruit par la répression et les exils forcés. Pourtant, suite à la révolution ukrainienne en 2013, il avait été moteur dans les grandes manifestations et les actions directes en Russie et en Ukraine.

Une opposition réelle mais férocement réprimée

L’écrasement de ces contre-pouvoirs rend beaucoup plus dangereuse l’opposition à la guerre : plus de 15 000 personnes ont été arrêtées suite aux grandes manifestations spontanées après l’invasion.

D’autres actions ont depuis été menées, comme la destruction de voitures portant le symbole « Z » de soutien à la guerre, ou le sabotage de voies de chemin de fer en direction de l’Ukraine. Il ne reste cependant que de rares espaces collectifs de lutte, comme le média étudiant de gauche Doxa.

L’action des Russes en exil est également compliquée. Il est en effet impossible de rentrer en Ukraine avec un passeport russe, le gouvernement craignant l’espionnage, et les pays d’Europe occidentale refusent toute aide, malgré la présence des services secrets russes aux frontières ukrainiennes pour arrêter les opposants et les opposantes.

Le mouvement d’exil politique est lui très massif, comme dans les années 1990. Les opposantes et opposants russes qui étaient déjà en exil en Ukraine sont par contre massivement mobilisés sur le terrain.

Plus encore que la répression, c’est la propagande qui empêche toute opposition massive de se structurer : son budget a triplé depuis le début de la guerre et l’omniprésence de la télévision officielle dans la vie des gens rend la propagande crédible, même quand elle se contredit avec absurdité du jour au lendemain.

Le premier travail mené par l’opposition au régime est donc d’effectuer une contre-propagande par la discussion individuelle, par la diffusion de médias indépendants ou sur les réseaux sociaux.

Priorité à la lutte contre la propagande

Mais la population n’est plus aussi réceptive qu’avant à cette propagande depuis l’envoi des premiers appelés du service militaire sur le front. Auparavant, aucun mouvement d’ampleur n’avait été remarqué dans l’armée, même si des cas de refus d’aller sur le front avaient été identifiés (démissions, refus de gendarmes d’être déployés à l’étranger…).


Performance contre la guerre devant le conseil municipal de Saint-Pétersbourg

DR

Mais depuis l’envoi des premiers conscrits parmi lesquels on compte de nombreux morts ou prisonniers, la situation a changé. On a ainsi pu voir des affiches avec des images de cadavres où était écrit le texte « Raconte ton père/frère/mari… ». Au Donbass, la situation est encore pire : l’armée séparatiste pro-russe a déclaré la conscription totale, et les hommes qui refusent d’aller au front doivent se cacher pour ne pas se faire arrêter.

Malgré ces quelques mobilisations, il ne semble pas y avoir d’espoir de désobéissance massive en Russie. Cependant, l’impossibilité à conquérir l’Ukraine risque de renforcer la crise du pays, en le satellisant au profit de la Chine.

On peut aussi s’attendre à des luttes de pouvoir autour de Poutine afin d’obtenir sa confiance et d’éviter les purges, comme celle qui a frappé il y a quelques jours son fidèle Vladislav Sourkov, chargé de la déstabilisation de l’Ukraine depuis 2013.

Il ne faut cependant pas se réjouir de ces guerres internes, qui risquent de profiter aux fascistes présents dans le gouvernement russe. La seule solution est donc de se battre contre Poutine et l’armée russe en Ukraine, afin de le mettre en échec par la force, et de l’empêcher de soutenir les mouvements fascistes ailleurs dans le monde, y compris en France.

Hugo (UCL Montreuil) avec le Comité Russophone contre la guerre, des anarchistes en exil en France




Source: Unioncommunistelibertaire.org