C’est avec un peu de retard qu’il est question de la mort de David Graeber. Oui, nous avons laissĂ© d’autres journaux libertaires annoncer la triste nouvelle avant nous : merci au Figaro, Ă  la Croix

Peut-ĂȘtre que l’annonce nous a tout simplement laissĂ©s K.O debout. Bullshit Death !

En 1869, un gĂ©nĂ©ral yankee aurait dit « Les seuls bons Indiens que j’ai jamais vus Ă©taient morts » et de cette phrase nous est restĂ© « Un bon Indien est un Indien mort ». Il semblerait que pour de nombreux mĂ©dias la phrase pourrait ĂȘtre adaptĂ©e aux anarchistes
 David Graeber mort, on reconnait alors le militant anarchiste. Inutile maintenant de ne parler que d’un anthropologue altermondialiste. David Graeber, pour le Figaro, Ă©tait « une figure de proue du mouvement de dĂ©nonciation des abus du capitalisme ». Peut-ĂȘtre que dans quelques mois ce journal osera Ă©crire que, militant anarchiste, David Graeber ne se contentait pas de dĂ©noncer les « abus du capitalisme » mais le capitalisme dans son intĂ©gralitĂ©. David Graeber est mort.

Dis, la grande faucheuse, tu ne crois pas que tu pourrais lĂącher un peu les anars : Maurice Rajfus, le tĂ©moin de la violence de la police, exit le 13 juin. Lucio Urtubia , un faussaire de gĂ©nie, nous a faussĂ© compagnie le 18 juillet. Comme, deux jours plus tard, a filĂ© volontairement Paolo Finzi un compagnon italien trĂšs actif. Le 15 aoĂ»t, c’est Stuart Christie, le refondateur de ABC (Anarchist Black Cross), qui est fauchĂ© Ă  son tour. Et lĂ , le 2 septembre, comme dans un sinistre remake de Visconti, mort Ă  Venise pour David Graeber.
Alors la grande faucheuse, je vais te proposer ce conseil macronien : Tu veux du boulot ? Vas donc voir dans le camp d’en face.

Plutît que de parler longuement de David Greaber, un article que l’on retrouve sur le web. Pour l’original en anglais, rendez-vous en cliquant ici

Il se peut que vous ayez dĂ©jĂ  entendu deux ou trois choses Ă  propos des anarchistes et de ce en quoi ils sont supposĂ©s croire. Mais il y a aussi de fortes chances pour que tout ce que vous ayez entendu soit un non-sens total. Beaucoup de gens semblent penser que les anarchistes sont des adeptes de la violence, du chaos et de la destruction, qu’ils sont contre toute forme d’ordre ou d’organisation ou encore que ce sont des nihilistes allumĂ©s qui veulent simplement tout faire exploser. En rĂ©alitĂ©, rien n’est plus Ă©loignĂ© de la vĂ©ritĂ©. Les anarchistes sont simplement des gens qui pensent que l’ĂȘtre humain est capable de se comporter de maniĂšre raisonnable sans avoir Ă  y ĂȘtre forcĂ©. C’est une notion trĂšs simple. Mais c’est aussi une notion que les riches et puissants ont toujours trouvĂ©e trĂšs dangereuse.

Au plus simple, les croyances de l’anarchiste se basent sur deux principes Ă©lĂ©mentaires. La premiĂšre est que les ĂȘtres humains sont, d’ordinaire, aussi raisonnables et dĂ©cents que possible et peuvent s’organiser eux et leurs communautĂ©s sans qu’on leur dise comment faire. La seconde est que le pouvoir corrompt. Mais avant tout, l’anarchisme est une façon d’avoir le courage de prendre les principes simples de la dĂ©cence commune selon laquelle nous vivons tous (NdT : fondĂ©e essentiellement sur le droit naturel, cf. Lysander Spooner) et de les suivre jusqu’à leurs conclusions logiques. Aussi Ă©trange que cela puisse paraĂźtre, dans les grandes lignes, vous ĂȘtes dĂ©jĂ  probablement un anarchiste qui s’ignore.

Commençons par quelques exemples de la vie de tous les jours :

S’il y a la queue pour prendre le bus, attendez-vous votre tour et vous rĂ©frĂ©nez-vous de jouer des coudes pour passer devant les autres mĂȘme s’il n’y a aucune forme d’autoritĂ© prĂ©sente ?
Si vous avez rĂ©pondu “oui”, alors vous agissez comme un anarchiste ! Le principe le plus basique de l’anarchisme est l’auto-organisation : la supposition selon laquelle les ĂȘtres humains n’ont pas besoin d’ĂȘtre menacĂ©s de poursuite judiciaire, ni d’aucune forme de coercition pour ĂȘtre capable de se comprendre raisonnablement les uns les autres ou de se traiter mutuellement avec respect et dignitĂ©.
Tout le monde pense ĂȘtre capable de se comporter raisonnablement. Si l’on pense que la loi et la police sont nĂ©cessaires, c’est parce qu’on considĂšre que les autres n’en sont pas capables. Mais en y rĂ©flĂ©chissant, ne pensez-vous pas que tous ces gens pensent la mĂȘme chose de vous ? Les anarchistes argumentent sur le fait que presque toute l’attitude antisociale qui nous fait penser que les armĂ©es, polices, prisons et gouvernements sont nĂ©cessaires, provient en fait des inĂ©galitĂ©s et des injustices systĂ©matiquement causĂ©es par ces mĂȘmes institutions – armĂ©es, polices, et prisons. Il s’agit d’un cercle vicieux. Si les gens sont habituĂ©s Ă  ĂȘtre traitĂ©s comme si leurs avis n’avaient aucune importance, alors ils seront plus enclins Ă  devenir colĂ©reux, cyniques voire violents – ce qui, par consĂ©quent, permet Ă  ceux au pouvoir de dĂ©crĂ©ter que leurs avis importent peu. Une fois qu’ils comprennent que leur opinion a vraiment de l’importance comme celle de tous les autres, alors les gens deviennent vraiment comprĂ©hensifs. Pour faire court : Les anarchistes pensent que c’est le pouvoir en lui-mĂȘme et les rĂ©percussions de ce pouvoir, qui rendent les gens stupides et irresponsables.

Êtes-vous un membre d’un club ou d’une Ă©quipe de sport ou de toute autre organisation de volontaires oĂč les dĂ©cisions ne sont pas imposĂ©es par un leader mais prises sur la base du consentement gĂ©nĂ©ral ?

Si vous avez rĂ©pondu “oui”, alors vous appartenez Ă  une organisation qui fonctionne selon des principes anarchistes ! Un autre principe de base de l’anarchie est l’association volontaire. Il s’agit simplement de l’application de principes vĂ©ritablement dĂ©mocratiques Ă  la vie de tous les jours. La seule diffĂ©rence c’est que les anarchistes pensent qu’il est possible d’avoir une sociĂ©tĂ© dans laquelle tout est organisĂ© selon cette ligne de conduite, avec des groupes fonctionnant sur la base du consentement libre de leurs membres et que, par consĂ©quent, tout type d’organisation pyramidale (du haut vers le bas) — de style militaire et bureaucratique, ou comme les grandes corporations — fondĂ© sur une chaĂźne de commandement, un principe hiĂ©rarchique, ne serait plus du tout nĂ©cessaire. Peut-ĂȘtre ne pensez- vous pas que cela soit possible. Peut-ĂȘtre le pensez-vous. Mais Ă  chaque fois que vous parvenez Ă  un accord consensuel, plutĂŽt que coercitif, chaque fois que vous passez un accord volontaire avec une ou plusieurs personnes, parvenez Ă  un accord comprĂ©hensif ou Ă  un compromis en prenant en considĂ©ration la situation particuliĂšre de l’autre ou ses besoins, vous ĂȘtes un anarchiste – mĂȘme si vous n’en avez pas conscience.
L’anarchisme c’est juste la façon dont les gens agissent lorsqu’ils sont libres de suivre leur volontĂ©, et quand ils interagissent avec d’autres qui sont Ă©galement libres et donc conscients de la responsabilitĂ© que cela implique pour les autres. Ceci mĂšne Ă  un autre point crucial : alors que les gens peuvent ĂȘtre raisonnables et bienveillants quand ils interagissent avec leurs Ă©gaux, la nature humaine est telle qu’on ne peut leur faire confiance lorsqu’ils sont investis d’une autoritĂ© sur les autres. Donnez Ă  quelqu’un un tel pouvoir et il en abusera d’une maniĂšre ou d’une autre.

Pensez-vous que les politiciens soient des ordures Ă©goĂŻstes ne se prĂ©occupant pas de l’intĂ©rĂȘt public ? Pensez-vous que nous vivions dans un systĂšme Ă©conomique injuste et stupide ?
Si vous avez rĂ©pondu “oui”, alors vous souscrivez Ă  la critique anarchiste de la sociĂ©tĂ© d’aujourd’hui – du moins dans ses grandes lignes. Les anarchistes pensent que le pouvoir corrompt et que ceux qui passent leur vie entiĂšre Ă  le rechercher sont les derniers qui devraient en ĂȘtre investis. Les anarchistes pensent que notre systĂšme Ă©conomique actuel a plus tendance Ă  rĂ©compenser les gens pour leur attitude Ă©goĂŻste et sans scrupule que pour leur dĂ©cence et leur attention. La plupart des gens ont ce sentiment. La seule diffĂ©rence c’est que la plupart des gens pensent qu’on ne peut rien faire Ă  ce sujet, ou, de toute façon – et c’est ce sur quoi les serviteurs des puissants vont toujours avoir tendance Ă  insister – rien qui ne ferait empirer les choses.

Et si c’était faux ?

Y a‑t-il vraiment une seule bonne raison de croire ça ? Quand vous les analysez, la plupart des prĂ©dictions sur ce qu’il se passerait sans l’État ou le capitalisme s’avĂšrent complĂštement fausses. Pendant des milliers d’annĂ©es, les gens ont vĂ©cu sans gouvernement. Dans bien des endroits du monde, aujourd’hui encore, des gens vivent en dehors de tout contrĂŽle gouvernemental. Ils ne s’entretuent pas. Ils vaquent Ă  leurs occupations, comme tout un chacun. Bien sĂ»r dans une sociĂ©tĂ© moderne, urbaine et complexe, ça serait un peu plus compliquĂ©, mais la technologie peut Ă©galement servir Ă  rĂ©soudre ces problĂšmes.

En fait, nous n’avons mĂȘme pas encore commencĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  ce Ă  quoi ressembleraient nos vies si la technologie Ă©tait vraiment mise au service des besoins fondamentaux de l’humanitĂ©. Combien d’heures devrions-nous vraiment travailler pour maintenir une sociĂ©tĂ© fonctionnelle – cela s’entend, si nous Ă©liminions tous les boulots inutiles comme, par exemple, les dĂ©marcheurs tĂ©lĂ©phoniques, les huissiers de justice, les gardiens de prisons, les analystes financiers, les “experts” en relations publiques, les bureaucrates et les politiciens et si nous dĂ©tournions nos esprits scientifiques les plus brillants de leurs recherches actuelles en armement spatial ou en analyses de marchĂ©, pour qu’ils s’emploient Ă  mĂ©caniser les tĂąches dangereuses ou ennuyeuses comme l’extraction de charbon et le nettoyage de salle de bain, tout en redistribuant le travail restant de maniĂšre Ă©quitable ? 5 heures par jours ? 4 heures ? 3 ? 2 ? Personne ne sait, parce que personne ne pose ce genre de question. Les anarchistes pensent que ce sont LES questions qui doivent ĂȘtre posĂ©es.

Croyez-vous vraiment en toutes ces choses que vous dites Ă  vos enfants (ou que vos parents vous ont dites) ?
“Peu importe qui a commencĂ©â€. “ On ne guĂ©rit pas le mal par le mal”, “nettoie ton propre bordel”. “Ne fais pas aux autres
”. “Ne sois pas mĂ©chant avec les autres juste parce qu’ils sont diffĂ©rents”. Nous devrions peut-ĂȘtre chercher Ă  savoir si nous mentons Ă  nos enfants lorsque nous leur parlons du bien et du mal, ou si nous sommes prĂȘts Ă  prendre au sĂ©rieux nos propres injonctions. Parce que si vous suivez ces principes moraux jusqu’à leurs conclusions logiques, vous arrivez Ă  l’anarchisme.

Prenez le principe « on ne guĂ©rit pas le mal par le mal ». Si nous prenions cela au sĂ©rieux, ça invaliderait entiĂšrement le fondement des guerres et du systĂšme judiciaire. Il en va de mĂȘme pour le partage : nous disons toujours aux enfants qu’ils doivent apprendre Ă  partager, Ă  prendre en considĂ©ration les besoins des autres, Ă  s’entraider, quand, dans nos rĂ©alitĂ©s de tous les jours, nous supposons que tout le monde est naturellement Ă©goĂŻste et compĂ©titif. Un anarchiste ferait remarquer : en fait ce que nous disons Ă  nos enfants est exact. La quasi-totalitĂ© des plus remarquables prouesses de l’histoire de l’humanitĂ©, des dĂ©couvertes et des accomplissements qui ont amĂ©liorĂ© nos vies, ont vu le jour grĂące Ă  l’entraide et Ă  la coopĂ©ration ; aujourd’hui encore, nous dĂ©pensons plus d’argent pour nos amis et notre famille que pour nous-mĂȘmes ; et bien qu’il risque de toujours y avoir des gens compĂ©titifs dans le monde, il n’y a aucune raison de fonder la sociĂ©tĂ© sur l’encouragement de ce type d’attitude, et encore moins d’encourager la compĂ©tition pour la satisfaction des besoins fondamentaux. Cela sert uniquement les intĂ©rĂȘts de ceux au pouvoir, qui souhaitent que nous vivions dans la peur de l’autre. C’est pourquoi les anarchistes imaginent une sociĂ©tĂ© fondĂ©e non seulement sur l’association libre mais aussi sur l’entraide mutuelle. Le fait est que la plupart des enfants grandissent en croyant en une morale anarchiste, puis, au fur et Ă  mesure, se rendent compte que le monde des adultes ne fonctionne pas vraiment de cette façon. C’est pourquoi bien des adolescents deviennent rebelles, aliĂ©nĂ©s, voire parfois suicidaires, et finissent en adultes amers et rĂ©signĂ©s. Leur seul rĂ©confort Ă©tant souvent d’éduquer des enfants eux-mĂȘmes en prĂ©tendant avec eux que le monde est un endroit juste. Qu’en serait-il si nous pouvions commencer Ă  bĂątir un monde vĂ©ritablement fondĂ© sur, au moins, le principe de justice ? Ne serait-ce pas le plus beau cadeau qu’on puisse offrir Ă  nos enfants ?

Pensez-vous que les ĂȘtres humains soient fondamentalement corrompus et mauvais, ou que certaines sortes de gens (les femmes, les personnes de couleur, les gens ordinaires ni riches ni hautement Ă©duquĂ©s) soient des spĂ©cimens infĂ©rieurs, destinĂ©s Ă  ĂȘtre dominĂ©s par ceux qui leurs sont supĂ©rieurs ?

Si vous avez rĂ©pondu “oui”, eh bien, il se pourrait bien que vous ne soyez pas un anarchiste aprĂšs tout. Mais si vous avez rĂ©pondu “non”, alors il y a des chances pour que vous souscriviez Ă  90% des principes anarchistes, et pour que vous viviez d’ores et dĂ©jĂ  votre vie en accord avec. A chaque fois que vous traitez un autre ĂȘtre humain avec considĂ©ration et respect, vous ĂȘtes un anarchiste. A chaque fois que vous rĂ©glez vos diffĂ©rends avec les autres en arrivant Ă  un compromis raisonnable, en Ă©coutant ce que chacun a Ă  dire plutĂŽt qu’en laissant une personne dĂ©cider pour tout le monde, vous ĂȘtes un anarchiste. A chaque fois qu’ayant l’opportunitĂ© de forcer quelqu’un Ă  faire quelque chose, vous dĂ©cidez plutĂŽt de faire appel Ă  sa raison et Ă  son sens de la justice, vous ĂȘtes un anarchiste. MĂȘme chose pour toutes les fois oĂč vous partagez quelque chose avec un ami, ou dĂ©cidez ensemble qui va faire la vaisselle ou faites quoi que ce soit en gardant l’équitĂ© Ă  l’esprit.

Vous pourriez maintenant objecter que tout cela est bien et valable pour de petits groupes de personnes, mais que gĂ©rer une ville, une rĂ©gion ou un pays est une autre paire de manches. Bien sĂ»r il y a du vrai lĂ -dedans. MĂȘme en dĂ©centralisant au maximum la sociĂ©tĂ© et en mettant autant que faire se peut le pouvoir entre les mains des petites communautĂ©s, il y aura toujours beaucoup de choses qui devront ĂȘtre coordonnĂ©es, de la gestion des chemins de fer aux orientations de la recherche mĂ©dicale. Mais parce qu’une chose est compliquĂ©e ne signifie en rien qu’il ne soit pas possible de l’accomplir dĂ©mocratiquement. Ça sera simplement compliquĂ©. D’ailleurs, les anarchistes ont toutes sortes d’idĂ©es et de visions sur la maniĂšre dont une sociĂ©tĂ© complexe puisse se gĂ©rer elle-mĂȘme. Les expliquer en dĂ©tails ici serait s’éloigner de l’intention originale ayant motivĂ© l’écriture d’un petit texte d’introduction comme celui-ci. Il suffit de rappeler, en premier lieu, qu’ils sont nombreux Ă  avoir dĂ©diĂ© beaucoup de temps Ă  l’élaboration de modĂšles de sociĂ©tĂ©s vĂ©ritablement dĂ©mocratiques et saines ; et ensuite, et c’est tout aussi important, qu’aucun anarchiste ne prĂ©tend dĂ©tenir le plan parfait. La derniĂšre chose que nous voulons c’est imposer des modĂšles prĂ©fabriquĂ©s Ă  la sociĂ©tĂ©. En vĂ©ritĂ©, on n’imagine probablement pas la moitiĂ© des problĂšmes qui se prĂ©senteront lorsqu’on tentera de crĂ©er une sociĂ©tĂ© vĂ©ritablement dĂ©mocratique ; cependant, nous sommes confiants, l’ingĂ©niositĂ© humaine Ă©tant ce qu’elle est, de tels problĂšmes pourront ĂȘtre rĂ©solus, tant que l’on respecte nos principes Ă©lĂ©mentaires – qui sont, en fin de compte, les principes de la dĂ©cence humaine la plus Ă©lĂ©mentaire.
David Graeber (Traduction : Nicolas CASAUX)


Article publié le 06 Sep 2020 sur Monde-libertaire.fr