Avril 29, 2016
Par Brest Media Libre
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Depuis 8 mois maintenant, à Brest, une vingtaine de personnes en demande d’asile survivent dans des conditions de vie plus que précaires. Malgré leur statut de demandeur-euse-s d’asile censé leur apporter certains droits (en matière de logement, aide financière, accès aux soins, scolarisation des enfants : voir le texte de loi) ils/elles sont actuellement à la rue, avec de grandes difficultés pour accéder aux soins ( le samu refusant de se déplacer pour une personne en détresse, une enfant galérant à avoir un suivi correct d’un asthme sévère…) et de nombreux retards dans le versement de leurs aides financières (Ada). Voici les protagonistes de ce jeu sordide, qui se renvoient la balle et refusent de prendre leurs responsabilités depuis maintenant des mois voire des années :

Coallia et le Cada (centre d’accueil pour demandeurs d’asile), organismes mandatés par l’état pour appliquer les « droits » des demandeur-euse-s d’asile, mènent un jeu étrange depuis l’arrivée de ce groupe à Brest. En effet, aucun logement n’a été attribué à ces personnes depuis leur arrivée (il y a 8 mois pour certain-e-s) alors qu’elles y ont le droit. Ces personnes se sont donc retrouvées obligées dans un premier temps de squatter les couloirs de la résidence sociale de Coallia (et devrons d’ailleurs répondre de cet acte lors d’un procès engagé par Coallia le 21 avril), devant les portes closes de nombreux logements vides, l’accès aux toilettes leur étant également interdit. Actuellement sans autres solutions, les personnes vivent dans deux maisons qu’elles ont réquisitionnées. Par ailleurs, Coallia est censé accompagner lors de leurs démarches les demandeur-euse-s d’asile, pourtant, aucun des courriers reçus ne sont traduits, ni expliqués aux personnes. Pire, d’après le témoignage de plusieurs personnes il y aurait de la rétention et de la destruction de courrier. En effet, il semble que la direction de Coallia se soit lancée dans une vendetta contre certain-e-s demandeur-euse-s d’asile qui osent dénoncer les trop nombreuses irrégularités dans le fonctionnement de l’organisme. Lors d’un rendez-vous obtenu avec le directeur de Coallia Finistère, celui-ci avait d’ailleurs l’air de trouver ces irrégularités absolument normales. Les personnes ont alors exigé que les papiers soient traduits avant d’être signés, suite à quoi le directeur s’est engagé à ce que cela soit fait. Les personnes attendent toujours leurs traducteurs… D’autre part, la délégation reçue par ce dernier lui a demandé de communiquer le nombre de places CADA actuellement vacantes à Brest : la réponse fut on ne peut plus évasive, assurant qu’il ne savait pas et faisant semblant de chercher dans son ordinateur pour finalement ne rien dire.

L’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration)

Toujours sans solutions et face au mépris généralisé, les personnes ont décidé de se rendre à l’OFII de Rennes, chargée d’attribuer les logements en CADA et les aides financières aux personnes en demande d’asile. Lors du rendez-vous obtenu à l’OFII, la personne représentante de l’organisme tentant d’expliquer le fonctionnement de la bureaucratie française à ses interlocuteur-trice-s leur conseillera de leur faire parvenir la liste des noms des personnes à loger afin de faire remonter celle-ci au niveau national. La représentante de l’OFII précisant par ailleurs que certaines personnes étaient dans de pires situations et ne venaient pas s’en plaindre (facile à dire de la part d’une petite bureaucrate bourgeoise confortablement installée derrière son bureau). La semaine suivante, non contente de bafouer allègrement les lois qu’elle est censée faire appliquer, l’OFII se permet en plus de séparer les familles en envoyant une personne à plus de 400 km (distance entre Pontivy et Dreux) du reste de sa famille sous des prétextes administratifs fallacieux (il s’agit ici en effet probablement d’une pathétique punition à l’encontre d’une personne s’étant mise en avant à de nombreuses reprises lors de manifestations publiques visant à dénoncer la situation). Ce sont en effet une mère et sa fille qui se voient proposées (imposées ?) un logement à Pontivy. Dans la foulée, son autre fille majeure, qui assurait jusque-là toutes les traductions lors des démarches administratives et rendez-vous médicaux de sa petite sœur (étant la seule de la famille à parler anglais), est orientée vers le CADA de Dreux. Bien entendu comme la loi est bien faite, si une personne en demande d’asile refuse une proposition d’hébergement, celle-ci n’aura par la suite le droit à aucune proposition annexe et se verra couper les vivres (suppression de l’ADA). Cela laisse imaginer la situation de vulnérabilité dans laquelle ces personnes se trouvent, et les moyens de pression employés par l’État pour régenter la vie d’autrui.

La sous préfecture, la mairie de Brest, Isabelle Montanari et Brest Métropole Habitat (BMH)

Face au mépris de Coallia et à l’absence de réponses apportées par ces derniers, les personnes et leurs soutiens ont engagé plusieurs actions. Notamment plusieurs occupations de la mairie, afin de demander au maire de prendre ses responsabilités (cf metz- rennes) et de faire valoir le droit de ces personnes à un hébergement. Le maire garde en effet le silence sur cette situation alors qu’elle se reproduit chaque année depuis 5 ans à Brest.

Ces actions ont permis aux personnes d’obtenir un rendez-vous avec le sous-préfet, à défaut d’en obtenir un avec le maire. Ce rendez-vous n’aura donné, de la part du sous-préfet, qu’un discours xénophobe, celui-ci refusant de répondre aux personnes qui parlaient anglais et les informant clairement qu’elles n’avaient rien à faire ici, qu’elles devaient rentrer dans leur pays. Le maire et le sous-préfet s’accordent d’ailleurs pour parler « d’appel d’air » et d’invasion si on se mettait à loger ces personnes, les assimilant de façon arbitraire et grotesque à de présumé-e-s délinquant-e-s. Discours ouvertement raciste peu étonnant aujourd’hui de la part d’un gouvernement et d’une mairie socialiste qui se complaisent à calquer des discours de type Front national pour conquérir un électorat de plus en plus large.

Par la suite, les demandeur-euse-s d’asile et un groupe de personnes solidaires se sont rendues au conseil municipal afin d’interpeller l’ensemble des élu-e-s brestois-es sur la situation et exiger des solutions immédiates. Il est bon de savoir qu’il y a actuellement à Brest pas loin de 6500 logements vacants. Le maire -également président de BMH- aurait le pouvoir d’en réquisitionner certains. L’intervention des personnes en début de conseil fut suivie par un silence chargé de mépris pendant 4 heures, durant lesquelles aucun-e élu-e n’a ouvert la parole ou le dialogue. Mépris couronné le lendemain par un article clairement orienté et mensonger dans la presse locale, dénonçant la violence des demandeur-euse-s d’asile et de leurs soutiens qui auraient osé renverser de rage une carafe après 4 heures de silence. La démission de la seule élue ayant proposé un verre d’eau à ces personnes fut également demandé par le maire. Non, vous ne rêvez pas.

Quelques semaines plus tard, la réquisition d’une maison est décidée par les demandeur-euse-s d’asile et les personnes solidaires. L’emplacement n’est pas choisi par hasard, il s’agit d’un groupement d’une dizaine de maisons, anciennement propriété de la SNCF, vides depuis maintenant plusieurs années. L’idée ici étant d’occuper une première maison avant d’ouvrir les maisons attenantes les jours suivants afin de pouvoir loger l’ensemble des personnes à la rue. L’ouverture le jour J se passe tant bien que mal, mis à part un imposant dispositif policier goguenard, provocateur et grossier. Mais c’était sans compter sur l’opiniâtreté de BMH, nouveau propriétaire des lieux, qui dans l’heure suivant l’officialisation de la réquisition envoie des brigades de salariés pour dévitaliser l’ensemble des maisons que nous avions espoir de réquisitionner.

Pour continuer dans les crasses faites par la mairie, on notera l’intervention de l’adjointe à l’action « sociale » Isabelle Montanari pour empêcher le CCAS d’aider d’une quelconque manière une demandeuse d’asile privée de son droit à l’ADA (cf chapitre sur l’Ofii). En effet le CCAS n’a à priori pas la compétence pour s’occuper des demandeur-euse-s d’asiles, y compris si ils/elles sont privés de l’ADA, pourtant le directeur de ce même CCAS aurait aimé pouvoir réorienter la personne vers des associations type secours populaire, etc. mais madame Montanari lui a interdit de venir en aide à cette personne. Toujours aussi classe, la mairie socialiste de Brest.

Il est atterrant de constater qu’ici et partout en France la volonté de l’État est de rendre les conditions de vie des demandeur-euse-s d’asile les plus difficiles possible, quitte à bafouer les règles et les lois que ces institutions ont elles-mêmes édictées, dans le seul but de dissuader les personnes de circuler librement à la recherche de sécurité et d’une vie plus sereine. Personne ne migre par plaisir du voyage ou pour faire du tourisme étant donné le parcours du -de la- combattant-e que cela représente.

Le parcours administratif incompréhensible et de plus en plus complexifié permet à chacun de se renvoyer la balle dans ce grand football humain. Coallia, CADA, OFII, sous-préfecture, préfecture, DDCS, etc … sont autant de facteurs qui peuvent décider ou non de la survie des personnes exilées. Chacun disposant de tous les moyens pour rendre la vie de ces « indésirables » impossible lorsque bon leur semble. La situation décrite dans cet article est loin d’être un cas isolé, elle est même toute représentative de la politique migratoire xénophobe organisée par l’État français. Plus largement il est clair qu’ici et ailleurs en Europe, sous couvert d’une présumée préservation de notre mode de vie (sécurité de l’emploi, préservation de cultures locales, etc.) il est surtout question ici d’une opposition organisée par l’État entre précaires (français contre migrants).

De Calais à Brest, en passant par la Pologne ou la Turquie, les intérêts politiques occidentaux se font au détriment de vies humaines, les personnes en détresse pouvant bien aller crever.




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